Des députés s’engagent dans « l’éducation »

Les députés d’ethnies minoritaires à l’Assemblée nationale mettent les problèmes du peuple sur la table.

Feng Jianhua

À la réunion annuelle de l’Assemblée populaire nationale (APN) assistaient 2 901 députés cette année. Ils ont présenté 991 propositions, une hausse de plus du double (54,6%) depuis l’an dernier. Les députés d’ethnies minoritaires, en costume traditionnel qu’ils portent lors des grandes occasions, étaient comme toujours les favoris des médias.

Le 11 mars, Beijing Information en a interviewé trois de la province occidentale du Qinghai. Les députés sentent la terrible pression de convoyer les opinions de leur communauté au gouvernement central mais ne manquent pas de s’acquitter de cette tâche.

Un médecin déterminé

Nyangmoxian est médecin chef du département de gynécologie et obstétrique de l’hôpital du Peuple dans la préfecture autonome tibétaine Huangnan au Qinghai. Cette Tibétaine qui pratique la médecine depuis trente ans est la seule de son hôpital qui puisse procéder à une intervention chirurgicale importante. La plupart de ses patients sont des fermiers ou éleveurs de familles nécessiteuses.

Un médecin rural de la préfecture autonome tibétaine de Huangnan au Qinghai en pleine action. Photo: Gama

L’hôpital du Peuple manque de personnel qualifié. Seulement 5 % des travailleurs ont une formation supérieure au cours collégial de deux ans, et encore, la majorité viennent d’écoles techniques. Malgré tout, cet hôpital est un des meilleurs de la région où les illettrés ou presque illettrés atteignent 40 % du personnel de certains hôpitaux de campagne.

« Quand je me suis vue élue députée, j’ai senti une forte pression. J’ai toujours fait du travail clinique et n’ai pas vraiment été en contact avec les problèmes sociaux », dit Nyangmoxian, élue par des fermiers et éleveurs.

Sa première élection remonte à 2003. Cette année-là, au lieu de présenter des propositions, elle a essayé de s’adapter à son nouveau rôle, « un honneur et un défi », dit-elle. À la première session, elle a assisté muette de timidité.

L’année suivante, elle a commencé à mener des enquêtes sur le terrain pour déterminer la cause de certains problèmes. Ceux qui ne pouvaient être résolus par les départements locaux, elle les a transmis au gouvernement central. « Je viens du peuple, donc je dois tout faire pour aider mes semblables », dit-elle.

En 2004, plusieurs habitants ont fait appel à Nyangmoxian pour qu’elle demande à l’État de construire un réservoir, ce qu’ils attendaient depuis quatorze ans.

Après une investigation minutieuse, Nyangmoxian a rédigé une proposition détaillée qui devait attirer l’attention des départements concernés et être mise en délibération. « J’étais si heureuse, et pour la première fois, j’ai compris la valeur d’un député à l’APN », dit-elle avec excitation.

Récemment, Nyangmoxian a commencé à s’intéresser à la salubrité des régions agricoles et pastorales. Ce qu’elle a vu et entendu lors de sa visite dans ces régions l’a troublée. Dans une petite clinique locale, sauf un stéthoscope et un sphygmomanomètre, il n’y avait aucun autre appareil. Des médicaments et produits chimiques étaient éparpillés sur des tablettes poussiéreuses. Dans certains villages, il n’y a qu’un seul médecin, à temps partiel.

À la session de l’APN de cette année, Nyangmoxian a donc demandé à l’État d’améliorer les services médicaux et la formation du personnel dans régions reculées, et d’offrir des mesures qui attirent du personnel qualifié.

Cette fois, Nyangmoxian n’était aucunement timide et s’est fait un devoir de prendre la parole parmi les premiers intervenants. « Je ne dois pas décevoir ceux qui placent leur confiance en moi », dit-elle. Elle se tient au courant de l’actualité en lisant beaucoup de journaux et revues et en communiquant avec les gens, et se promet d’en faire encore davantage.

Écouter avant tout

« Ma famille est très pauvre et bien que mes sœurs et moi fréquentions l’école actuellement, ma mère veut nous en retirer parce que nous n’avons plus d’argent. S’il vous plaît, aidez-nous ; nous voulons aller à l’école ! »

Les élèves d'une école du district autonome tu de Huzhou s'assoient dehors, où il fait plus chaud, pour lire. Photo: Hou Deqiang

Ce n’est qu’une lettre d’écolière parmi tant d’autres, et qui a amené la députée Bai Xiuhua d’ethnie hui à plaider en faveur d’une réduction ou même d’une exemption des frais de scolarité. Quand Bai, adjointe au principal d’une école secondaire hui de Xining, au Qinghai, a lu ces lettres, elle s’est sentie triste et émue et a décidé de demander à l’État d’étendre la mesure de « deux exemptions, une subvention » (exemption des frais de scolarité et de manuels et subvention de logement) des familles pauvres des régions rurales à la population migrante des villes et aux familles à faible revenu.

Bai a œuvré 29 ans dans l’éducation, a mérité des prix nationaux, et est passée d’enseignante de petite école à son poste de direction actuel. Elle est enthousiaste, compétente et déterminée à faire bouger les choses.

En janvier 2003, Bai quelque peu timide a été élue députée à l’APN. Elle a concentré son attention sur l’éducation, travaillant en temps ordinaire et menant sa recherche sur les problèmes de son milieu durant le week-end.

En 2004, Bai a parcouru les régions agricoles et pastorales orientales de sa province, à haute altitude. Elle a compté très peu d’écoles. Les enfants doivent marcher cinq kilomètres et parfois dix pour se rendre à l’école. De plus, les écoles ne sont pas chauffées et les enfants gèlent en classe.

Munie de ces renseignements, Bai a présenté une proposition à l’APN demandant que le gouvernement augmente les investissements dans l’éducation afin de résoudre les problèmes des familles pauvres dans ces régions. Elle ne pensait jamais que sa proposition serait transmise si rapidement aux départements concernés. Les allocations de l’État ont déjà beaucoup amélioré la situation.

« Être députée à l’APN reflète mes valeurs, car je peux véhiculer l’opinion des gens ordinaires au gouvernement central pour les aider à solutionner leurs problèmes », dit Bai avec un sourire cordial. Pour elle, la principale responsabilité d’un député consiste à comprendre la situation sociale dans laquelle il vit et à écouter l’opinion publique.

C’est pour le peuple

« Les finances de notre district sont plutôt restreintes, et plusieurs départements ne peuvent compter que sur l’appui financier de l’État. En tant que chef de district autonome salar de Xunhua au Qinghai, mon plus grand défi consiste à augmenter les revenus des gens », dit Ma Fengsheng.

Une femme d'ethnie salar vérifie les produits dans une usine de Xunhua. Photo: Hou Deqiang

Les Salar sont un des 22 groupes ethniques relativement peu nombreux en Chine. Ma est le premier chef d’ethnie salar de Xunhua, qui compte 120 000 habitants dont 78 000 Salar. Les 100 000 fermiers du district représentent 83 % de la population.

En 2004, le revenu par personne était en moyenne de 2 936 yuans (355 USD) au pays mais de 2 004 yuans au Qinghai, dépassant les 2 000 yuans (242 USD) pour la première fois, mais seulement de 1 768 à Xunhua (214 USD).

Avec les mesures préférentielles offertes par l’État aux étudiants d’ethnies minoritaires, Ma, alors âgé de 17 ans, a pu entrer à l’université nationale des Ethnies (Beijing) en 1980 où il a étudié l’économie politique. Quatre ans plus tard, diplôme en main, il aurait pu obtenir un poste auprès du gouvernement provincial mais il a choisi de retourner vivre au sein de sa communauté afin de l’aider.

Ma connaît très bien son district. Il a apporté des brochures sur les sites locaux intéressants à distribuer aux journalistes qui vont le voir. Il a une idée claire sur la façon de sortir son district des griffes de la pauvreté. Outre la situation géographique de Xunhua, le bas niveau d’instruction de ses habitants est une cause directe de la pauvreté.

Actuellement, l’instruction obligatoire de neuf ans a été popularisée presque partout au pays, mais au Qinghai, le niveau moyen n’est encore que de six ans, et plus bas à Xunhua (5,6 ans).

« Avec si peu d’instruction, comment les gens peuvent-ils développer des techniques de marché et s’engager avec succès dans l’économie ? », demande Ma.

Une des mesures principales pour augmenter les revenus des habitants consiste à réduire le nombre de fermiers, selon Ma. Cela implique le transfert de fermiers vers d’autres secteurs. Le district compte actuellement 56 000 travailleurs, dont 34 000 excédentaires (60 %).

Ces dernières années, des séances de formation ont été données à cette main-d’œuvre supplémentaire, principalement dirigée vers l’industrie de restauration, et les fermiers ont été encouragés à chercher de nouveaux emplois à l’extérieur du district.

Ma était fort heureux d’annoncer que des Salar avaient ouvert des restaurants dans de grandes villes comme Beijing, Shanghai et Shenzhen. Dans la capitale seulement, 341 établissements appartiennent à des Salar et emploient 3 800 personnes. Ma en a visité 21 pendant son séjour à Beijing pour la session annuelle de l’APN dans le but de s’enquérir de la scolarisation des enfants. « En voyant qu’ils se débrouillaient bien, j’ai été soulagé », de dire Ma.

Ma songe maintenant à établir une association, « Famille salar de Chine », qui non seulement apporterait des bénéfices économiques aux gens d’affaires mais ferait aussi connaître Xunhua à davantage de personnes.

Avec l’investissement toujours croissant du gouvernement central dans les régions d’ethnies minoritaires, Xunhua a construit plusieurs routes. La moitié des villages sont maintenant reliés par une route pavée et les autres devraient l’être avant la fin de l’année.

« Comme député à l’APN, mon rôle consiste à chercher les occasions précieuses de faire connaître les problèmes de mon district au gouvernement central pour gagner son appui », affirme Ma dont l’objectif à long terme consiste à voir les gens de son district prendre la tête du peloton de développement du Qinghai.


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.