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Shougang va quitter Beijing
Tang Yuankai
Shougang, un des géants sidérurgiques de Chine,
déménagera de la capitale. Le 18 février dernier,
la Commission d’État pour le développement et la réforme
a approuvé en principe le projet du groupe Shougang sur le déménagement
d’usines, la réduction de la production, le réajustement
de la structure et l’aménagement de l’environnement.
Le 4 mars, elle a convoqué une réunion spéciale avec
la participation des autorités compétentes des finances,
de la fiscalité, du territoire, des chemins de fer, de l’électricité,
de la protection de l’environnement et du contrôle et de la
gestion des biens publics pour discuter du déménagement
de Shougang. Le déménagement devra être achevé
avant 2010. Le nouvel emplacement est à Caofeidian, près
de Tangshan, au Hebei, à 225 km de Beijing.
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Ouvriers devant un four de Shougang. Photo: He Junchang
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Fondé en 1919, Shougang, en 86 ans, est passé
de simple usine de fonte à grosse entreprise sidérurgique.
Puisqu’il se trouve dans la capitale, il est considéré
comme l’étendard des entreprises de la Chine nouvelle et
un symbole de l’industrie de Beijing. Ses produits ont été
utilisés en priorité dans les ouvrages clés de l’État
et les installations de défense nationale, et exportés vers
quelques dizaines de pays et régions.
Selon les porte-parole de Shougang, le déménagement
est devenu dans les années 1990 un de leurs sujets de conversation.
Au début de 1999, une dizaine de députés de l’Assemblée
populaire municipale ont indiqué que l’arrondissement Shijingshan
où se trouve Shougang avait connu l’année précédente
un environnement de mauvaise qualité à cause de la pollution
atmosphérique. En 2001, Qian Weichang, vice-président du
Comité national de la Conférence consultative politique
du peuple chinois, a signalé, dans sa lettre adressée au
gouvernement municipal de Beijing, que les eaux usées toxiques
évacuées par Shougang lors de la cokéfaction se sont
infiltrées dans la terre, polluant gravement la nappe souterraine.
« L’unique solution consiste à sortir de la capitale
toutes les entreprises polluantes de Shougang », a-t-il proposé.
Dans un sens, le déménagement de Shougang permettra
d’augmenter la « capacité de l’environnement
» de Beijing, a indiqué Wang Jirong, directeur adjoint de
l’Administration nationale de l’environnement, lors d’une
conférence de presse le mois dernier. Par capacité de l’environnement,
on entend la quantité de matières polluantes qu’un
certain volume d’atmosphère peut contenir. Shougang exhale
chaque année environ 18 000 tonnes de matières granuleuses
absorbables dans l’atmosphère, soit à peu près
la moitié du total des évacuations du genre de la ville.
Donc, Shougang doit sortir de Beijing.
Cependant, une si grande entreprise, qui comptent 120 000
ouvriers (un sixième de ceux de Beijing), affrontera une série
de problèmes complexes comme la réorganisation de l’entreprise
ayant une production annuelle d’acier de 8 millions de tonnes et
la réinsertion des ouvriers. En réalité, des débats
acharnés autour du déménagement de l’entreprise
ne se sont jamais interrompus. Les opinions favorables mettent l’accent
sur la protection de l’environnement et la tenue des Jeux olympiques
de 2008 en particulier, tandis que les voix de d’opposition se préoccupent
de l’influence du déménagement sur l’économie
locale et l’emploi des ouvriers, estimant que sans le soutien de
Shougang, Beijing aura du mal à poursuivre son développement.
À la fin de 2003, l’agrégat des avoirs de Shougang
a atteint 47,7 milliards de yuans dont les avoirs nets, 24,1 milliards
de yuans. En 2004, ses revenus de vente se sont accrus à 61,9 milliards
de yuans (+39,9 %), et ses profits, à 1,25 milliard (+21,6 %),
deux records.
Devant la protection de l’environnement écologique
et la création de la richesse matérielle, le choix est vraiment
difficile pour Shougang. Pour résoudre le problème de pollution,
Shougang a investi chaque année depuis 1995 environ 200 millions
de yuans dans la protection de l’environnement et suspendu plusieurs
projets de construction polluants ; en 2002, il a commencé à
développer des industries de hautes technologies non polluantes.
En tant qu’entreprise sidérurgique, tout en procédant
à la rénovation technique, Shougang a appliqué la
réduction de la production d’acier, qui avait, à la
fin de 2003, baissé de 8 à 6 millions de tonnes (-25 %),
ce qui implique la réduction proportionnelle du revenu annuel de
4 milliards de yuans. Vu cette restriction, l’aciérie nº1
a été fermée en février 2003.
Comment replacer les ouvriers et utiliser l’ancien
emplacement ?
Selon Zhu Jimin, président du conseil d’administration
de Shougang, la méthode sera la suivante : une partie des ouvriers
seront transférés à la nouvelle entreprise ; d’autres
devront prendre leur retraite avant 2010 et jouiront de l’assurance
sociale ; les autres seront transférés à la nouvelle
usine.
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La nouvelle aciérie de Shougang est en consturction
à Caofeidian. Photocome
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Le déménagement aboutira au licenciement et
à la répartition d’une partie d’ouvriers, estime
Zhu. Shougang prendra des mesures pour y faire face, entre autres, réemployer
des ouvriers tout en développant et restructurant l’entreprise,
développer des industries corrélatives pour créer
de nouveaux emplois, et organiser des stages de formation technique pour
les licenciés afin qu’ils puissent trouver un nouvel emploi.
Tout en construisant une nouvelle aciérie à
Caofeidian, on y bâtira des logements et des dortoirs pour les employés
et ouvriers. « On fournira un logement aux personnes qui voudront
s’y installer et un dortoir à ceux qui rentreront chez eux
à Beijing le week-end », a dit Wang Qinghai, directeur général
du groupe Shougang. Pour assurer à la fois le fonctionnement normal
de l’entreprise et la vie courante des employés et ouvriers,
le Groupe adopterait la méthode du « travail consécutif
et du repos consécutif », à savoir travailler une
semaine complète suivie de deux ou trois jours de suite de repos
à Beijing, ou travailler deux semaines de suite et se reposer quatre
ou cinq jours de suite, a expliqué Zhu Jimin. Le Groupe recrutera
aussi des techniciens supérieurs à l’échelle
nationale en vue de satisfaire la demande de hautes technologies de l’entreprise.
Le déménagement impliquera principalement les
aciéries, mais le siège du groupe Shougang ne quittera pas
Beijing. En plus de la direction générale, il procède
aux recherches techniques et s’occupe de la rotation des capitaux.
Les entreprises qui concernent la construction électro-mécanqiue,
la fabrication de produits électroniques, l’industrie de
bâtiment et d’autres demeureront aussi à Beijing.
La nouvelle usine adoptera la technologie toute nouvelle et
plus de 90 % des machines existantes seront délaissées.
« Nous chercherons diverses solutions de traitement de ces machines
afin de réduire autant que possible les pertes », dit Zhu.
Selon les exigences de la Commission d’État pour
le développement et la réforme, avant le déménagement
complet des aciéries, la capacité de production d’acier
à Beijing devra être réduite par étapes, à
savoir, d’ici la fin de 2007, une limite de 4 millions de tonnes
; et de 2008 à 2010, le reste des aciéries à Beijing
seront complètement fermées. Pendant les Jeux olympiques,
il faut suspendre la production et renforcer davantage la protection de
l’environnement.
La pollution sera-t-elle transférée aussi ?
Caofeidian, nouvel emplacement de Shougang, est un îlot
à 18 km du continent, qui possède des conditions naturelles
favorables au mouillage de bateaux de 250 000 tonnes. Une route reliera
l’îlot et le continent. La construction d’usines n’occupera
pas la terre arable.
Zhu Jimin est très satisfait de ce nouvel emplacement.
Il a donné trois raisons du choix de Caofeidian : premièrement,
la nouvelle usine et le futur port sont distants de 500 m seulement ;
deuxièmement, Caofeidian se trouve au centre de la région
économique côtière de la mer Bohai ; et troisièmement,
l’îlot est près de la houillère de Kailuan,
un important centre de ressources énergétiques.
« Caofeidian est très facile d’accès
», dit Zhu. Cela permettra non seulement de réduire considérablement
les coûts de transport, mais aussi de faire rayonner largement les
produits. « Ce site est meilleur que celui de Baogang de Shanghai.
Jusqu’ici, c’est l’unique entreprise sidérurgique
chinoise construite dans un port naturel », dit Zhu non sans fierté.
Ce nouvel emplacement fournira de nouvelles occasions d’internationalisation
à Shougang.
Cependant, une partie de l’opinion publique estime que
le déménagement de Shougang pourra rendre le ciel de Beijing
plus bleu en apportant la pollution ailleurs. À cet égard,
Zhu Jimin a déclaré que le déménagement de
Shougang ne signifiait absolument pas un clone de l’aciérie
ni le « déménagement » de la pollution, mais
que la nouvelle aciérie réalisera la pollution zéro.
Les matériaux résiduaires seront réutilisés
entièrement, la technique de consommation de ressources énergétiques
et d’eau atteindra un haut niveau, la valeur ajoutée des
produits d’acier s’élèvera, et même des
déchets produits par l’aciérie seront traités
sur place.
« La nouvelle aciérie sera une usine sidérurgique
de nouvelles et hautes technologies au niveau du XXIe siècle »,
dit Zhu. Shougang économisera le volume de transport de 10 millions
de tonnes de minerai par an, la consommation d’eau équivaudra
au tiers du niveau moyen des entreprises sidérurgiques du pays,
celle de ressources énergétiques se réduira de 30
%, et les résidus seront recyclés. Les experts estiment
que Shougang pourra non seulement assurer l’utilisation circulaire
des résidus à cent pour cent, mais encore fournir une technique
de protection environnementale à la société.
Shougang se développera sur une base scientifique.
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