|
La roue de la fortune
Ding Bian
Le rideau vient de tomber sur le Forum mondial Fortune 2005.
 |
Un banquet de bienvenue est donné au temple
du Ciel où les empereurs d'autrefois allaient prier pour
la prospérité du pays. Photocome
|
Zhao Qizheng, chef du Bureau d’information du Conseil
des affaires d’État, et Richard Parsons, P.-D.G. de Time
Warner Inc., propriétaire du magazine Fortune, ont tenu
le discours de clôture le 18 mai après-midi. Ce forum de
haut niveau, inauguré en 1995, se tenait en Chine pour la troisième
fois en sept ans en Chine. En 1999, il avait eu lieu à Shanghai
et en 2001 à Hongkong. La Chine est le seul pays jusqu’ici
à avoir été l’hôte du Forum plus d’une
fois.
Cette année, le forum était particulièrement
« excitant », dit Robert Bierman, président de la section
des conférences de Fortune, car les multinationales présentes
étaient beaucoup plus nombreuses. Les chiffres parlent par eux-mêmes
: 57 des 500 plus grandes entreprises, soit citées par Fortune
Global, soit par American business, avaient participé au Forum
à Shanghai, 60 à Hongkong, et 77 à Beijing.
Par respect pour les hôtes chinois, le logo traditionnellement
bleu a été changé pour un rouge, « couleur
de la Chine ». Toutefois, l’inauguration prévue au
temple du Ciel (Tiantan), où les empereurs priaient pour la prospérité
du pays, a été perturbée par la pluie. Mais pour
les quarante directeurs de multinationales, qui avaient payé 5
000 dollars pour participer au forum, plus importante qu’une cérémonie
d’ouverture grandiose était l’occasion de débattre
des sujets chers à leur cœur et d’apprendre dans quelle
direction la Chine s’achemine.
Le charme chinois
Un point de vue répandu parmi ces multinationales est
que l’Asie et plus particulièrement la Chine émergent
rapidement comme nouvelle locomotive du monde, et que la poussée
mondiale aussi engendre de plus en plus d’occasions pour la Chine
et l’Asie.
 |
Richard Parsons, président du Time Waner, salue
le président Hu Jintao. CNSPHOTO
|
En seulement vingt-six ans, de 1978 à 2004, le PIB
de la Chine est passé de 147,3 milliards de USD à 1,6494
billion, une croissance moyenne annuelle de 9,4 %. Son commerce extérieur
s’est accru de 20,6 milliards de dollars à 1,1548 billion,
soit une croissance de plus de 16 % par année. Les réserves
de devises étrangères ont augmenté de 167 millions
de USD à 609,9 milliards. Le nombre de citoyens ruraux vivant sous
le seuil de la pauvreté a dégringolé de 250 à
26 millions.
« Quiconque est venu ici il y a dix ans, par exemple,
sera frappé par les changements et le progrès accomplis
», dit Bierman.
Comme le pense Rick Wagoner, P.-D.G. de General Motors, l’attrait
de la Chine réside dans le fait qu’« aucune compagnie
ne peut réussir sans compter sur le potentiel de marché
de la Chine et de l’Asie. »
Troublé par son piètre taux de vente récemment,
Wagoner a cherché auprès du Forum Fortune un remède
pour revitaliser le marché asiatique de la voiture.
La Chine a clairement manifesté ses intentions. Elle
va continuer d’ouvrir son marché et de travailler fort pour
les investisseurs étrangers et même créer un meilleur
milieu de commerce et de coopération économique, a promis
le président Hu Jintao dans son discours d’inauguration.
« La croissance économique de la Chine a apporté
et continuera d’apporter des occasions ‘‘gagnant-gagnant’’
à l’Asie et au monde », a déclaré Hu
devant 800 auditeurs.
À la fin de 2004, la Chine avait attiré 562,1
milliards de USD d’investissements étrangers directs, approuvé
l’établissement de plus de 500 000 entreprises à capitaux
étrangers et créé un énorme marché
d’importation de quelque 560 milliards de dollars annuellement.
Actuellement, la plupart des pays et régions ont des investissements
en Chine, et plus de 400 des 500 entreprises de « Fortune »
y ont investi. Le nombre de centres de recherche et développement
(R&D) établis par des investisseurs étrangers en Chine
dépasse 700.
Clefs du développement soutenu
Le Forum 2005 sur le thème « La Chine et le
nouveau siècle de l’Asie » comprenait deux tables rondes
sur les sports et la culture le premier jour, de même que onze conférences
et quinze séminaires les jours suivants.
 |
Le ministre de l'Industrie de l'information, Wang
Xudong (à gauche), annonce que la Chine lancera sa 3e génération
de téléphone cellulaire avant 2008. Photo: Li Mingfang
|
Pendant les trois jours du forum, les participants ont vivement
échangé sur des points chauds comme la réforme de
la gestion d’entreprise, les droits de propriété intellectuelle,
les marchés de capitaux, le développement de l’industrie
automobile, l’innovation technologique, l’économie
d’énergie et les Jeux olympiques de 2008 à Beijing.
Le vice-premier ministre Zeng Peiyan et une bonne douzaine
de ministres ont prononcé un discours ou une allocution sur les
derniers développement et stratégies dans les secteurs de
l’énergie, de la finance, du commerce ou de la technologie
de l’information.
La créativité technologique en tant qu’élément
crucial du développement soutenu d’un pays a tenu le haut
du palier dans plusieurs conférences et séminaires.
Xu Guanhua, ministre des Sciences et Technologies, a confiance
dans l’avenir de l’innovation technologique en Chine. Il en
a donné quatre fondements.
Le premier est la forte volonté du gouvernement d’implanter
« le rajeunissement du pays par la science et l’éducation
» depuis 1995, mesure qui a gagné l’approbation universelle.
Le second réside dans le besoin de rapide développement
économique. Xu a insisté sur les problèmes environnementaux
liés à l’énergie, qui entravent la haute croissance
de la Chine et qu’on ne peut résoudre qu’en s’appuyant
sur l’innovation technologique.
Le troisième veut que durant la longue histoire de
l’innovation, les familles chinoises, riches ou pauvres, aient toujours
hautement valorisé l’instruction et accordé de l’importance
à une structure de connaissance intégrale et équilibrée,
« d’importance vitale », pour l’avancement des
sciences modernes, selon Xu.
Le quatrième consiste dans l’importante augmentation
de l’investissement gouvernemental dans la recherche et le développement
des sciences et techniques.
 |
Le légendaire Deng Yaping, étoile du
tennis de table, semble une naine à côté de
Clyde Drexler de la NBA à la table ronde sur les sports.
Photo: Li Mingfang
|
Pour accélérer l’innovation technologique,
Xu pense que le gouvernement devrait accorder aux scientifiques davantage
d’autonomie pour explorer les sujets qui les intéressent.
Les entreprises pourraient aussi jouer un rôle dans le développement
des technologies dont le marché a un besoin pressant. Ellen J.
Kullman, vice-présidente de Sécurité et Protection
DuPont, a remarqué que la Chine a fait du bon travail en innovation
technologique, la part de sa valeur de production de haute technologie
dans la production mondiale, soit 9 %, ayant doublé en douze ans.
Les États-Unis se maintiennent à 36 % et le Japon à
moins de 14 %.
Elle a ajouté que de plus en plus de multinationales
établissent des centres de recherche et développement en
Chine et ailleurs en Asie. En mars, DuPont a ouvert un laboratoire à
Shanghai.
Derek Williams, vice-président du c.a. de Oracle Corp.
(Asie-Pacifique et Japon), dit que le travail de R&D est alimenté
par la demande. « On fait de l’argent s’il existe un
marché, et quand on utilise l’argent dans la recherche, on
produit le développement. » Williams a cité en exemple
la prospérité des affaires de jeux en ligne en Chine. «
La Chine est en tête de ce domaine puisque aucun autre pays n’a
une population de joueurs cybernétiques de 200 millions. »
Il a aussi mentionné un concept populaire au sein des compagnies
désireuses d’exporter la technologie de l’information
outre-mer. « Quand vous avez des programmeurs aptes à travailler
dans différents fuseaux horaires, vous pouvez développer
un produit un an avant vos rivaux. Un tel réseau innovateur redéfinit
l’efficacité.
Quant aux défis, Stan Shih, président du groupe
Acer de Taiwan, a souligné que la Chine n’a pas encore de
mécanisme de motivation solide. « La Chine pourrait se substituer
aux États-Unis comme centre d’innovation mondial si un tel
mécanisme est établi dans une ou deux décennies pour
attirer les compétences de partout au monde. »
Un autre problème réside dans le fait que la
recherche appliquée dans les universités et instituts ne
reflète généralement pas les véritables besoins
du marché, a dit le ministre Xu. Il propose que les entreprises
jouent un rôle plus important dans le processus d’innovation
technologique.
Les économistes sont d’accord pour dire que l’écart
grandissant entre la richesse et le savoir chez les riches et les pauvres
constitue un problème majeur du monde et que les pays développés
et les pays en développement devraient travailler ensemble à
le régler.
Cheng Siwei, vice-président du Comité permanent
de l’Assemblée populaire nationale de Chine, a clarifié
trois aspects de la répartition des richesses. L’efficacité
est le mot-clé au premier niveau, permettant aux gens qui sont
intelligentes et osent créer du nouveau de s’enrichir. Le
second niveau devrait porter attention à l’égalité,
le gouvernement aidant les groupes démunis au moyen des revenus
de l’impôt et établissant un système de sécurité
sociale efficace, global et juste dans les villes comme les campagnes
et qui couvre la retraite, le chômage, les soins médicaux
et les accidents, a dit Cheng.
 |
Ouverture du Forum Fortune 2005 au Grand Palais du
peuple de Beijing le 16 mai. Photo: Li Mingfang
|
Il a noté que le troisième niveau devrait considérer
en priorité la responsabilité sociale, et que les riches
devraient aider les pauvres à améliorer le niveau de vie,
l’éducation et les soins médicaux.
Le Pr. C. K. Prahalad de l’Université du Michigan
a avancé un mécanisme d’égalité pour
réduire la disparité entre riches et pauvres, mécanisme
à quatre volets soit l’égalité d’accès
au marché, l’égalité de salaire, de créativité
et de protection de la propriété.
Cheng a aussi parlé d’écart du savoir
entre les pays développés et en développement, disant
que la Chine exporte des marchandises vers les États-Unis et paie
des frais de brevet aux compagnies étatsuniennes tandis que les
États-Unis expédient des services de consultation, des technologies
et des logiciels en Chine.
« L’époque du savoir arrive, et cela veut
dire que la connaissance représente une large part du coût
des produits et services, dit Cheng. Il nous faut améliorer notre
créativité et promouvoir l’éducation si nous
ne voulons pas devenir des pays sans ‘‘cerveaux’’
».
Pour éviter de n’être qu’un importateur
de savoir dans l’avenir, suggère Cheng, le pays devrait vigoureusement
hausser son potentiel d’initiative et de recherche et mettre l’accent
sur l’instruction.
Le Forum en valait-il la peine ?
Malgré tout le bourdonnement autour du Forum Fortune,
des magnats chinois du monde des affaires ont décliné l’invitation
disant que leur agenda était rempli, y compris les deux plus riches
personnes de Chine, Chen Tianqiao, P.-D.G. de Shanda Networking, et Huang
Guangyu, fondateur du plus grand détaillant de produits électroniques
du pays, GoMe.
 |
Vue nocturne du temple du Ciel à Beijing. Xinhua
|
Certains ont interprété leur absence comme «
une attitude pratique », tandis que d’autres ont pensé
que c’était à cause des 5 000 dollars de frais d’inscription,
soit plus de 40 000 yuans.
Bierman croit que le coût de participation puisse marquer
un seuil pour certains délégués chinois, mais il
ajoute que « c’est le même prix pour tous. Le forum
donne une chance de rencontrer les plus hauts décideurs du milieu
des affaires du monde. »
Pourtant, plusieurs entrepreneurs chinois se demandaient si
le jeu en valait la chandelle.
« Le forum fournit une plateforme de communication entre
les entreprises du pays et de l’extérieur, mais c’est
loin d’être suffisant », dit Ma Yu, chercheur supérieur
à l’Institut de recherche du ministère du Commerce.
« Il devrait promouvoir ou augmenter des occasions de coopération,
mais il n’y réussit pas. Ceux qui ont vraiment l’intention
de capter le marché se réfèrent généralement
à d’autres sources plus efficaces, tandis que ceux qui n’y
tiennent pas ne changeront pas d’idée à cause d’un
forum de trois jours. »
Il suggère que des efforts soient dirigés vers
l’attrait d’investissements étrangers, la connaissance
d’entreprises privées et de ce qu’elles ont à
offrir, et l’information sur mesure.
|