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Garder l’œil sur les voitures privées
Les grandes villes ont l’intention de réglementer
l’augmentation des autos afin d’alléger le fardeau
de l’environnement, de l’énergie et de la congestion
routière.
Feng Jianhua
Le 31 mars, Pei Chenghu, directeur adjoint du Bureau de protection
de l’environnement de Beijing (BPEB), a parlé de la croissance
de l’usage de voitures dans la ville au congrès Asie-Pacifique
de l’Association de transport public.
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En 2004, Beijing comptait 1,3 million de voitures
privées. Photo: Zhang Xu
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« Nous ne pourrons ni contrôler ni limiter l’augmentation
des voitures privées, mais nous pouvons garder l’œil
sur la situation afin de protéger la qualité de l’air
», a-t-il dit.
Dans ce but, Beijing se prépare à adopter cette
année les critères d’évacuation européens
pour les véhicules à moteur, et des critères plus
rigoureux même pour les voitures privées en 2008. De plus,
le Bureau de l’environnement de Beijing ne permettra pas la circulation
des véhicules qui ne répondent pas aux critères dans
certaines zones de la capitale.
Pei a ajouté que le Comité municipal de transport
de Beijing (CMTB) est en train d’élaborer un plan de stationnement
dans le centre-ville qui vise à diminuer le nombre de voitures
privées par l’augmentation des frais de stationnement.
Des observateurs disent que les foyers qui peuvent actuellement
se payer une voiture pourraient alors remettre en question leur achat.
Outre le prix de l’essence, les frais de stationnement, d’assurance,
de lavage, tout augmente. Si l’on achète une Jetta de Volkswagen,
il faut ajouter 3 000 yuans par année pour l’entretien, soit
le double du salaire moyen à Beijing.
Le gouvernement devrait-il limiter la croissance des voitures
privées ? C’est une question délicate. En 1994, Shanghai
a pris les devants dans la régulation des voitures en vendant à
l’encan des plaques d’immatriculation pour voitures privées,
expliquant qu’il s’agissait d’une « ressource
rare orientée vers le marché ». La méthode
a été critiquée, mais est toujours en vigueur. Le
prix d’une plaque est passé de quelques centaines de yuans
à 45 000 yuans l’an dernier, soit plus que le prix d’une
mini-voiture comme la QQ, la mieux vendue de Chery Automobile.
Guangzhou, Hangzhou et Chengdu entre autres ont dit qu’elles
ne limiteraient pas la croissance de la voiture privée. À
Beijing, le débat se poursuit.
Le 11 décembre 2004, le directeur adjoint du CMTB,
Liu Xiaoming, a dit : « Pour le moment, Beijing n’interviendra
pas. » Alors, quand Pei a dit que l’on projetait d’établir
des critères d’évacuation des gaz d'échappement
beaucoup plus sévères, les médias ont interprété
ses mots comme un changement subtil de Beijing en faveur de l’achat
de voitures privées.
Conscient de l’impression que laissaient ses paroles,
Pei a soigneusement choisi trois synonymes: kongzhi (contrôle),
xianzhi (limite) et yizhi (surveillance), et a ensuite
été accusé de « jouer sur les mots ».
Lors d’une entrevue par téléphone avec
Beijing Information, Pei n’a pas explicité davantage
le sens de ses mots, ni n’en a trouvé la nécessité.
« Laissons les gens comprendre par eux-mêmes.
Après tout, la gestion d’une ville est ouverte à la
discussion et aux suggestions des habitants », a dit Pei.
Certains se demandant si les paroles de Pei peuvent influencer
le marché. Lu Jinhua, directeur de l’Association de circulation
automobile de la municipalité de Beijing, ne le pense pas, du moins
pour l’instant.
« Il faut du temps pour appliquer à fond les
critères d’évacuation Euro III et IV et il n’est
pas évident que le BPEB pourrait surveiller à lui seul la
croissance de l’automobile », a conclu Lu.
Un encan justifié ?
Avec le Protocole de Kyoto entré en vigueur en février
et le nouvel index de « PIB vert » à l’essai
en dix endroits pour encourager la croissance de haute qualité,
la « protection de l’environnement » et l’«
efficacité de l’énergie » sont devenues les
principales raisons de certains gouvernements locaux pour limiter l’usage
des voitures privées.
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Vue du Deuxième périphérique
ouest de Beijing. Photo: Zhang Xu
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Le PIB vert cherche à harmoniser la croissance économique
et la protection environnementale afin qu’elles reflètent
les accomplissements et les coûts de l’économie nationale,
car le PIB vert se calcule en soustrayant du PIB brut traditionnel le
coût des dommages écologiques et humains.
Les dernières statistiques du Bureau des statistiques
de Beijing montrent que la capitale comptait près de 1,3 million
de voitures privées à la fin de 2004, ou onze par cent personnes.
Beijing a actuellement le taux le plus élevé de croissance
automobile annuelle, qui ne devrait décliner dans un proche avenir.
En même temps, les gaz d'échappement, avec la poussière
due à la construction et la pollution industrielle, sont maintenant
considérées comme les principaux facteurs qui affectent
la qualité de l’air de la capitale.
Vu la vitesse du développement de la ville ces dernières
années, l’amélioration de l’environnement demeure
une tâche ardue pour Beijing ; le nombre de jours de ciel bleu augmente
de un ou deux points par année. Selon Du Shaozhong, un autre directeur
adjoint du BPEB, la qualité de l’air enregistrée comme
« excellente » ou « très bonne » a atteint
229 jours l’an dernier (62 %), soit deux jours de plus que le but
établi, tandis qu’en 2001, seulement 183 jours avaient une
qualité enregistrée comme « excellente » ou
« très bonne ».
Le BPEB fait tout son possible pour améliorer davantage
la qualité de l’air de la ville. Les nouveaux critères
ont pour but d’apporter des changements dans l’utilisation
des voitures privées et la consommation de l’énergie,
selon Zhao Ying, chercheur supérieur à l’Institut
d’économie industrielle relevant de l’Académie
des sciences sociales de Chine (ASSC).
« C’est facile à comprendre maintenant
que le Protocole de Kyoto est en vigueur en Chine. Je crois que d’autres
grandes villes adopteront des mesures similaires », a-t-il ajouté.
Toutefois, Qie Xiaogang, directeur du centre d’affaires
de Yayuncun Auto Fair, n’est pas d’accord avec Zhao. Selon
lui, les critères d’évacuation que le BPEB s’apprête
à adopter sont incompatibles avec le statut de l’économie
et de la technologie chinoises, et seront difficiles d’application.
Son principal argument est que le moteur chinois de recherche et développement
est faible. Si la Chine en arrive à reposer complètement
sur les importations du Japon, de l’Allemagne et d’autres
pays, les coûts de production grimperont, rendant les voitures encore
plus chères pour les consommateurs chinois. Aussi, Qie pense que
la stabilité et la fiabilité de l’essence de haute
qualité sur le marché intérieur ne répondront
bientôt plus aux critères internationaux.
Zhou Dadi, directeur de l’Institut de recherche sur
l’énergie de la Commission nationale pour la réforme
et le développement (CNRD), a dit à Beijing Information
que selon la convention internationale, la consommation d’énergie
pour le transport d’un pays est environ le tiers de la consommation
totale d’énergie. Par conséquent, dans les pays qui
souffrent de pénurie d’énergie, le secteur de la voiture
privée est surtout responsable de la situation.
La CNRD a publié, en novembre dernier, un programme
à long terme d’énergie efficace et un plan de limitation
du nombre de voitures privées dans les villes de population non
agricole dépassant 1 million d’habitants, et qui décourage
la croissance des voitures privées dans les villes de population
non agricole de 500 000 à 1 million d’habitants.
« Si le gouvernement limite l’enregistrement et
l’utilisation des voitures, c’est comme s’il rejetait
la responsabilité de protéger l’environnement et d’assurer
la suffisance de l’énergie sur les épaules des propriétaires
de véhicules, », a dit Jia Xinguang, analyste en chef chez
Chinese National Automotive Industry Consulting and Development Corp.
Selon Jia, ce sont les fabricants d’autos et le gouvernement qui
sont responsables de voir à ce que les voitures répondent
aux critères.
« Ils peuvent trouver des solutions technologiques et
politiques au problème, vu les conditions économiques, a-t-il
poursuivi. Certains pays développés ont déjà
réalisé des percées dans le domaine, et il y a encore
place à l’amélioration en Chine. »
Jia croit que les mesures de « limitation » sont
sans fondement, étant donné que les transports publics de
la ville sont « loin d’être développés
». Selon lui, c’est l’administration, dans une large
mesure, qui est à blâmer pour les maux de tête causés
par les transports, pas le nombre de voitures ou l’état des
routes.
Dilemme
À la suite de la rapide croissance économique,
la société chinoise repose davantage sur la voiture privée.
Selon des dernières statistiques de Ernst & Young des États-Unis,
le volume total des ventes de voitures en Chine a atteint 2,4 millions
en 2004, de 377 000 qu’il était en 1996, soit plus de 2 millions
en huit ans. Les économistes estiment que le marché chinois
de l’automobile va tripler d’ici 2015, atteignant 6,9 millions.
En 2010, la production atteindre 9,4 millions, et en 2020, la Chine sera
le premier fabricant du monde.
Par ailleurs, la demande est un facteur puissant de la croissance
économique. Les statistiques montrent que l’industrie automobile
représente actuellement 1,5 % du PIB total en Chine.
« Sans le développement de l’industrie
automobile, la Chine n’aurait pas eu d’appui à la croissance
de son PIB », a dit Liu Shijin, directeur adjoint du Centre de recherche
et développement du Conseil des affaires d’État. Donc,
la troisième session plénière du XVIe Congrès
du Parti, en octobre 2003, a encouragé « chaque foyer à
se procurer une voiture » comme un des éléments d’une
« société d’aisance générale ».
Dans certaines grandes villes, l’industrie automobile
n’est pas seulement un facteur de croissance économique mais
d’emploi. Cette industrie a donné un élan à
38 autres. Chaque personne employée par l’industrie automobile
engendre onze autres emplois ailleurs.
Vu ces contradictions de la croissance économique et
de l’augmentation de l’emploi d’une part, et de la pollution
de l’air, du manque d’énergie et de la congestion routière
d’autre part, plusieurs villes sont prises dans un dilemme.
« Le développement de l’industrie automobile
stimule la demande intérieure et répond aux besoins de la
croissance économique du pays, dit Qie Xiaogang. Du point de vue
d’un développement équilibré de toute la société,
le BPEB n’a pas le droit de prendre lui-même la décision
de limiter la croissance de l’automobile. »
Li Shufu, président du conseil de Geely Holding Group
Corp., au Zhejiang, a même déclaré cette procédure
comme une infraction au droit des consommateurs de posséder une
voiture.
L’expérience internationale a montré que
la contradiction entre la voiture, la société et l’environnement
n’est pas insoluble. Le nombre de voitures peut augmenter et l’environnement
s’améliorer. Par exemple, les États-Unis possèdent
200 millions de voitures tandis que la Chine n’en a que 20 millions,
mais les États-Unis ne souffrent pas de pollution due aux gaz d'échappement,
vu les critères stricts qu’ils ont adoptés pour protéger
l’environnement. Par conséquent, en fournissant des solutions
de protection de l’environnement, ils ont développé
des technologies efficaces.
Jia a dit que plusieurs pays développés connaissent
des problèmes de réseaux de transports surchargés,
mais que peu ont trouvé une solution dans la limitation. Dans le
développement de l’industrie automobile, les problèmes
liés à l’administration des transports, à l’efficacité
de l’énergie, à la protection de l’environnement,
à la sécurité et d’autres se règlent
peu à peu à mesure que l’expérience s’accumule.
« La solution ultime devrait consister à construire
un réseau de transports publics convenable et efficace dans les
zones urbaines, au lieu d’empêcher le nombre de voitures d’augmenter
», selon Jia.
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