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La charité est un plaisir pour tout le monde
Tang Yuankai
Zhai Meiqing, maintenant dans la quarantaine, a vécu
une expérience légendaire dans le monde des affaires. Il
lui a fallu seulement deux ans pour gagner son premier million de yuans
à l’âge de 22 ans. Fondatrice d’un empire commercial
nommé « Groupe Xiangjiang du Guangdong », elle dit
avoir pourtant abandonné le but de faire fortune pour son propre
bonheur. Parmi les nombreux titres qu’on lui accorde, elle préfère
celui de « philanthrope pour les enfants » et d’«
entreprise sociale ». Le premier titre lui a été décerné
par la Fédération nationale des femmes de Chine; le deuxième
par elle-même, qui préconise qu’une entreprise doit
non seulement réaliser des profits, mais aussi assumer des devoirs
sociaux. Armée de ce principe, elle a donc pris une part active
à l’assistance aux sinistrés et aux pauvres, établi
plusieurs fondations, financé de nombreuses œuvres d’intérêt
public et des dizaines de milliers d’élèves pauvres.
Sa contribution cumulative a dépassé 250 millions de yuans.
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La chanteuse Ai Jing à la Soirée de
charité Bazaar. Photo: Shi Chunyang
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En Chine, les philanthropes comme Zhai Meiqing sont nombreux.
Ils gèrent leurs affaires avec diligence, ce qui ne les empêche
pas de se montrer généreux. En créant de la fortune,
ils pensent aussi à aider la société. C’est
justement ce caractère qui distingue la nouvelle génération
de riches chinois.
Projetée et organisée par Su Mang, éditrice
de la revue Bazaar mode, la « Soirée de charité
Bazaar » s’est tenue deux fois depuis 2003 au milieu de célébrités.
Vingt objets de luxe en quantité limitée de grandes marques
comme Chanel, Dior, Versace se sont vendus à la criée sur
place. Chaque pièce est lancée à un minimum de 10
000 yuans. La dernière fois, des représentants de grandes
sociétés y étaient. Zhang Chaoyang, P.-D.G. de Sohu,
a acheté un bon d’achat de Dior à 20 000 yuans et
un bracelet Tiffany à 50 000 yuans. Zhao Xinyu, investisseuse du
club Palmier d’Or, s’est procuré pour 60 000 yuans
un parfum Dior. « D’un prix de départ de 20 000 yuans
jusqu’à l’offre finale de 60 000, c’est totalement
inattendu. Si ce n’était pas pour une fin charitable, je
n’aurais jamais acheté ce parfum », a-t-elle avoué.
Sur l’invitation d’un ami, Zhao avait participé
à une autre soirée charitable à l’hôtel
Kempinski dans le but de collecter des fonds pour les orphelins du sida.
« La soirée s’est déroulée
tranquillement dans une ambiance solennelle. Je n’ai pas proposé
d’offre, seulement déposé 5 000 yuans dans le coffre
porté par l’acteur Hu Bing » a-t-elle évoqué.
Auparavant, Zhao s’informait des besoins d’aide
à travers les émissions de télévision et envoyait
de l’argent aux adresses fournies. En découvrant des activités
de charité comme la Soirée Bazaar, elle a été
attirée par les objectifs précis, le processus pratique,
l’ambiance agréable et l’élégance des
invités. « Je pensais que cela n’existait qu’au
cinéma », précise-t-elle.
Selon Yang Tuan, directeur adjoint du centre d’étude
politique de l’Académie des sciences sociales de Chine et
ancien secrétaire général de la Fédération
de Charité de Chine, les activités de charité sous
forme de banquet, bal et enchères sont à la mode en Chine.
Zhao ne nie pas que les riches aient le monopole de ces activités
de charité divertissantes. Le progrès social a conduit à
la naissance de milieux riches avec leur propre mode de vie. D’après
Su Mang, sa vie est devenue gracieuse en faisant la charité. Elle
témoigne avec grande satisfaction du mariage entre la mode et la
charité depuis la première Soirée Bazaar qu’elle
a organisée en 2003, et elle n’est aucunement gênée
que l’on clone son initiative. Elle espère seulement que
la charité se popularise.
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Le célèbre peintre Yao Shaohua (à
droite) offre ses œuvres à la Fédération
de charité de Chine. Photo: Wang Yongji
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Su n’aime pas que la charité soit faite anonymement
et dans une ambiance triste. « La charité est un grand plaisir
pour le bienfaiteur, qui n’a rien à cacher. Dans un proche
avenir, la charité sera considérée comme une valeur.
Un jour, ceux qui recherchent le luxe reconnaîtront que seule la
bienveillance peut les rendre élégants ».
En fait, les activités charitables sont devenues la
coqueluche mondaine. À titre d’exemple, le dîner d’inauguration
du Grand Prix de Chine à Shanghai du Championnat du monde de F1
a été suivi par une vente aux enchères charitable
où des uniformes et masques portant la signature des principales
équipes de F1 étaient à vendre. La première
du film Tianxia wu zei (Un monde sans voleurs) a aussi revêtu une
nature charitable. Le protagoniste Liu Dehua a interprété
une chanson sur place en recueillant un don de 120 000 yuans, soit la
plus haute enchère de la soirée. De plus, un pantalon de
cuir qu’il portait dans le film et dont le prix de départ
était de 888 yuans a été remporté par Wang
Zhonglei, P.-D.G de Huayi Brothers & Films Co. Ltd., et un des bailleurs
de fonds de cette production, au prix de 68 000 yuans. On a recueilli
plus de deux millions de yuans pendant cette soirée. Une fois les
coûts de 350 000 yuans déduits, le profit servira à
aider des élèves pauvres de Beijing. « Le dîner
de charité est pour moi un grand plaisir qui m’a permis non
seulement de présenter mon film, mais aussi d’apporter ma
contribution aux œuvres charitables », a dit le metteur en
scène Feng Xiaogang.
Un autre dîner de charité a été
organisé le 9 janvier à Shenyang où ce genre d’activités
est encore rare. Liu Xicheng, vice-président de la Croix-Rouge
de Shenyang, en avait l’idée depuis longtemps. Cependant,
l’occasion lui manquait jusqu’avant le tsunami de la fin de
2004. Le billet se vendait 300 yuans, ce qui a donné une chance
égale aux entrepreneurs comme aux salariés d’exprimer
leur bon cœur. Su Mang est optimiste face à l’avenir
de ces activités non luxueuses qui se propageraient des grandes
aux moyennes villes dans un ou deux ans.
En fait, quel que soit le niveau et le sujet, ces activités
menées par les ONG sont déjà fréquentes en
Chine.
« La contribution des étrangers dans la popularisation
de la charité en Chine est non négligeable », a constaté
Luo Xuehui, journaliste de Chinanews. Le bazar de charité organisé
par les épouses des consuls étrangers à Shanghai
a déjà neuf ans d’existence. Un marché aux
puces expose des articles des différents pays, et l’on vend
des billets de loterie. Jusqu’à aujourd’hui, la souscription
cumulative a dépassé 2,6 millions de yuans. Depuis 1997,
l’hôtel Ritz-Carlton de Shanghai organise un dîner de
charité annuel spécialement voué au projet de familles
d’accueil pour les orphelins, relevant de la Fondation de charité
de Shanghai. À Beijing, des établissements charitables internationaux
ont été les premiers initiateurs des activités de
charité divertissantes.
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La vente de chartié "Allumer l'espoir"
est organisée par la Fondation de charité de Shanghai.
Dans les cinq dernières années, elle a permis à
plus de 1 100 personnes souffrant de cataracte de recouvrer la
vue. Photo: Zhang Yaozhi
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En quinze jours suivant le 28 novembre 2004, Shanghai a vu
se dérouler trois importantes organisations charitables dont une
conçue par un Anglais, Hu Run de son nom chinois. Fondateur des
« tableaux de la richesse et de la charité » de Chine,
il appelle son concept « les Oscars de la vie », dans le sens
de donner aux entrepreneurs les meilleures choses de la vie dont la musique,
le bon vin, le désir et le plaisir de faire du bien.
Puisqu’il est plus difficile de faire la charité
que de gérer une entreprise, Hu Run a dressé un bon exemple
pour les Chinois riches et en a défini trois étapes. D’abord,
il a rédigé la liste des cent plus riches Chinois afin de
connaître leur façon de faire fortune; ensuite, il a enquêté
sur leurs préférences de consommation; enfin, il a mis au
jour les Oscars de la vie pour leur apprendre à bien utiliser leur
fortune. Suivant le succès de Shanghai, cette fête s’est
propagée à Shenzhen et Hangzhou.
La Campagne de charité de Beijing est une organisation
populaire fondée conjointement par la Campagne de bienfaisance
internationale et la Fédération de charité de Chine.
Depuis 2002, elle organise chaque année un dîner de charité
en faveur des orphelins, avec la coopération du Programme sino-européen
de formation des jeunes gestionnaires. Selon Dong Wen, directeur de la
section d’exploitation de cette organisation, on a recueilli plus
de 600 000 yuans en 2004. La plupart des souscripteurs sont des sociétés,
et des sociétés transnationales en particulier, qui consacrent
par tradition une partie de leur budget aux œuvres d’intérêt
public.
En 2004, tout le secteur de l’assurance a subi une grande
pression à cause des calamités fréquentes. Si la
plupart des compagnies d’assurance se dérobent aux catastrophes,
Taiping Life de Shenyang les suit de très près. Préoccupée
par la souffrance des sinistrés, cette compagnie a fait don de
plus de 260 000 yuans. D’après Zhang Xiaodong, directeur
général de la compagnie, les entreprises nationales doivent
profiter de toutes les occasions de charité pour dresser leur propre
réputation.
Vu la popularité des mondanités charitables,
des agences de promotion ont élargi leurs services dans ce domaine.
Inhere est une telle agence qui a conçu la magnifique soirée
de charité avec le célèbre slogan Un rêve
soulevé par la bienfaisance. Cette rencontre organisée
par Beijing Youth Daily, Phénix TV, Beijing TV et Radio Beijing
a réuni plus de 500 célébrités des milieux
diplomatique, industriel, commercial et artistique et est ainsi devenue
la plus importante fête mondaine de Beijing en 2004. La célèbre
chanteuse Cai Qin a offert ses albums commémoratifs; Pu Cunxin,
acteur populaire de Beijing, a donné le costume qu’il portait
au dernier relais du flambeau olympique; la Fondation de tennis de Chine
a fait don de plusieurs objets utilisés par des vedettes de tennis
internationales.
Il était traditionnel en Chine de faire la charité
anonymement de peur de trahir sa fortune et d’être considéré
comme quêteur de compliments. Par conséquent, la bonté
est demeurée longtemps modérée. Aujourd’hui,
certains riches souhaitent étaler leur fortune et leurs sentiments
à travers des actions de charité et s’en réjouissent.
Emballée par la mode, la charité pourrait se transformer
d’un sentiment individuel à une habitude collective, ce qui
fait sentir la chaleur dans une société où l’écart
entre les riches et les pauvres s’élargit.
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