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L’envie des collectionneurs, l’orgueil des propriétaires
Tang Yuankai
Comme Wang Chunming mettait le pied à la Cité
des antiquités de Beijing, il fut accosté par plusieurs
vendeurs : « Avez-vous des bibelots? Si oui, je suis intéressé.
» Wang était autrefois vendeur à la Cité des
Antiquités. Il a maintenant ouvert son propre magasin de curiosités
dans le quartier Liulichang, au sud de la ville.
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Malgré ses 19 ans, Hao Di possède déjà
150 000 pièces de porcelaine, bronze et jade ainsi que
des monnaies qu'il a commencé à collectionner il
y a dix ans. Photo Liu Haifeng
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En Chine, le terme « curiosités » désigne
souvent les vestiges culturels entre les mains d’individus autorisés
à en faire le commerce.
Il y a quelques années, un ami de Wang lui a demandé
s’il était intéressé à aller dans des
maisons privées acheter des horloges, de la porcelaine et des meubles
antiques. Depuis lors, Wang et son ami enfourchent quotidiennement leur
bicyclette et font du porte-à- porte avec des centaines de yuans
dans leurs poches, à la recherche de pièces intéressantes.
Ils ont parcouru presque toutes les rues et ruelles de Beijing et de la
banlieue. Et ils sont convenus de partager les profits des ventes aux
collectionneurs.
« Quand nous rencontrons des gens aimables prêts
à nous vendre quelque chose, nous sommes si heureux que les mots
nous manquent, dit Wang. Nous nous sentons pleins d’énergie
même si nous n’avons rien avalé de la journée.
Mais nous rencontrons aussi des gens froids qui nous renvoient sur le
coup. »
Depuis sept ans, Wang a collectionné tellement de choses
qu’il a changé son vélo pour une moto. Maintenant,
il n’a plus à faire du porte-à-porte. « Si quelqu’un
a un objet valable, il prend contact avec moi lui-même. Certains
m’envoient même les objets », explique-t-il.
Wang ne pourrait plus compter les objets qui sont passés
entre ses mains. Il est triste d’avoir dû en laisser partir
plusieurs, mais il se console de les avoir au moins contemplés.
« Notre économie connaît une croissance régulière.
Les gens disposent de plus d’argent, ce qui facilite nos affaires
», ajoute-t-il.
Le 15 mai, l’encan de printemps de China Guardian s’est
achevé à l’hôtel Kunlun de Beijing. Pendant
les trois jours d’activité, 5 000 articles ont été
vendus pour un total de 600 millions de yuans (72,46 millions de USD),
un record de Guardian en Chine.
Parallèlement, l’intérêt populaire
s’accentue pour les antiquités et la composition des collections
change. Les gens du milieu et les entreprises d’État font
maintenant une place aux entrepreneurs privés.
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Un expert vérifie l'authenticité d'une
horloge ancienne à Harbin. Photo Zhang Qingyun
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Selon Song Jianwen, président de la Chambre de commerce
des antiquités relevant de la Fédération nationale
de l’industrie et du commerce, un groupe de collectionneurs émerge
rapidement au sein des gens d’affaires. « Le montant qu’ils
dépensent et la rapidité avec laquelle ils font leurs mises
coupe les ailes à ceux qui dominaient le marché précédemment
», dit Song.
Au fur et à mesure que des magnats du monde des affaires
entraient dans les rangs des collectionneurs, la circulation des pièces
connaissait un véritable élan. D’une certaine façon,
leurs collections représentent une façon de rembourser la
société et aide à conserver des œuvres d’art
rares et raffinées.
Des gens moins riches sont aussi devenus collectionneurs.
L’Association des collectionneurs de Chine dépasse 70 millions
de membres. Les fanatiques s’intéressent à la porcelaine,
au bronze, au jade, aux bijoux et pierreries, à la calligraphie
et à la peinture, à l’ivoire, au bambou, aux livres
anciens, aux monnaies et aux meubles. Ils courent les encans et les marchés.
Plusieurs villes du pays ont organisé des expositions
et des foires d’antiquités ces dernières années.
L’exposition de la Chambre de commerce qui a eu lieu déjà
huit fois s’est fait remarquer tant pour le volume et la variété
des objets d’art exposés que pour leur qualité. Toutes
les expositions attirent des foules selon les médias, mais on ne
connaît pas exactement la valeur des transactions. Les organisateurs
parlent de dizaines de milliers à des millions de yuans.
« Collectionner des antiquités, c’est préserver
l’histoire et la culture », dit Han Litang, un maître
d’école de 52 ans qui avoue dépenser une bonne partie
de ses revenus en antiquités.
Plusieurs voient dans les antiquités des marchandises
qui ne se déprécient jamais. En fait, vu les risques du
secteur immobilier et de la Bourse, le marché d’antiquités
attire toujours davantage l’attention des investisseurs. Selon Qi
Xueming, de Jilin, le potentiel des curiosités est élevé
et ne perdra jamais sa valeur. « En autant que vous ne commettiez
pas d’erreur, c’est un investissement sûr et qui apportera
des profits », indique l’expert.
Les trésors de Panjiayuan
Chaque week-end, Han Litang s’achemine vers le marché
culturel de Panjiayuan à la recherche de « trésors
». Au sud-est de Beijing, ce marché a la dimension de six
terrains de football. C’est le plus grand du pays pour les objets
de seconde main, l’artisanat et les objets de collection et aussi
le plus grand marché aux puces d’Asie.
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Chaque week-end, Panjiayuan est assailli par des collectionneurs
chinois et étrangers à la recherche de la pièce
rare. Photo Xinhua
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Un grand bazar fort achalandé, le marché compte
plus de trois mille étals, et les vendeurs viennent de diverses
régions. Plusieurs parlent non seulement le dialecte de Beijing
mais aussi anglais ou japonais avec leurs clients étrangers.
Zheng Tong, de Tianjin, ne peut oublier le jour où
Bora Milutinovic, ex-entraîneur de l’équipe masculine
de football de Chine s’est présenté à son stand.
Un autre propriétaire de stand est fier que Hillary Clinton, alors
première dame des États-Unis, ait acheté un pot en
étain de lui.
Panjiayuan est bien connu à Beijing. Même des
chefs de gouvernement comme les premiers ministres de Roumanie et de Grèce
y sont allés; le marché connaît un afflux continuel
de touristes étrangers.
L’histoire de ce marché remonte à 1992
dans les travailleurs du quartier, mis à pied, ont installé
des kiosques improvisés le long des rues pour vendre leurs horloges
brisées, leurs meubles usagés, des porcelaines encroûtées
et de vieilles pièces d’artisanat. Le nombre d’étals
a rapidement atteint la centaine, et le marché était né.
Pendant longtemps, la loi chinoise interdisait la vente de
vestiges culturels sur le marché. La Loi sur la protection des
vestiges culturels promulguée en 1982 stipulait que les vestiges
ne pouvaient être achetés que par des unités désignées
par l’État, comme les musées et des boutiques d’État
spécialisées. Non reconnu et protégé par cette
loi, le marché de Panjiayuan a dû demeurer « clandestin
» au début.
À ce moment-là, l’endroit était
plutôt désert et isolé, et la supervision des biens
culturels assez relâchée. Les marchands agissaient en groupe,
et bientôt le marché aux puces est-il devenu un marché
d’objets de seconde main et d’antiquités. En 1994,
il avait atteint un millier d’étals, mais toujours le long
de la rue, causant des ennuis aux automobilistes aussi bien qu’aux
piétons.
Le gouvernement local est donc intervenu. Depuis 1995, on
a investi 3,5 millions de yuans dans le développement du marché
de Panjiayuan comme on le connaît aujourd’hui. Les vendeurs
ambulants ont maintenant une structure protégée.
En 1989, l’Administration municipale des biens culturels
de Beijing a cessé de confisquer les vestiges culturels et en a
légalisé la vente en ouvrant le marché de Jinsong,
près de Panjiayuan.
Le 8 août 1993, Jinsong agrandi était renommé
Cité des antiquités de Beijing. Une nouvelle industrie s’y
est implantée, qui marquait la fin du monopole d’État
dans le commerce des biens culturels.
Une vague de changement
« Nous avons attendu des années la promulgation
d’une loi sur la protection des vestiges culturels », dit
He Xiaodao, autrefois fermier dans l’est de la province du Zhejiang.
Il y a dix ans, He a quitté son village pour vendre des curiosités
à Shanghai. Quatre ans plus tard, il est retourné chez lui
ramasser des meubles dans les campagnes.
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Les visiteurs s'intéressent à la collection
privée de Xie Zhifeng, une association culturelle à
but non lucratif. Photo Chen Xuesi
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Le 28 octobre 2002, la décision de réviser les
lois a été prise par le Comité permanent de l’Assemblée
populaire nationale. La loi révisée stipule que les biens
culturels peuvent faire l’objet de transactions s’ils ont
été acquis par des moyens légaux comme l’héritage
ou le transfert légal, l’achat auprès de magasins
ou d’entreprises qui s’occupent d’encans ou d’autres
façons déterminées par l’État.
« Les vestiges culturels peuvent être efficacement
protégés par la circulation », dit He Xiaodao. La
nouvelle loi devrait aider à protéger autant les intérêts
nationaux que les collections privées. « Ne plus interdire
le commerce des vestiges culturels favorisera la maturité et la
santé de ce marché et l’établissement de procédures
d’identification, d’évaluation et d’appréciation
des vestiges et des œuvres d’art », dit He. Maintenant,
on peut même ouvrir un musée privé.
« Jusqu’à maintenant, seuls les vestiges
culturels hérités de la famille peuvent être vendus,
tandis que les pièces découvertes dans la terre appartiennent
à l’Etat », explique Xie Chengsheng, président
honoraire octogénaire de la Société des vestiges
culturels de Chine. Xie a voué plus de soixante années à
la recherche et est l’un des auteurs du chapitre sur les vestiges
culturels de l’Encyclopédie de Chine. Il était
autrefois conseiller auprès de l’Administration nationale
de l’héritage culturel et a été chargé
de l’élaboration de la Loi sur la protection des vestiges
culturels. Xie a beaucoup insisté sur le fait que les vestiges
culturels ne sont pas une source toute prête de profits. «
Ils ne sont pas là pour créer la richesse mais, venus de
nos prédécesseurs, pour nourrir l’esprit »,
dit l’expert vétéran.
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