Zheng He a parcouru le monde

Le 11 juillet il y a six siècles, le plus grand explorateur maritime chinois, Zheng He, lançait son expédition vers les mers occidentales.

Pour commémorer le 600e anniversaire de voyage de Zheng He, une réplique du bateau de bois “Lu Mei Mao” a reparcouru la Route maritime de la soie en mars cette année à partir de Qingdao dans la province du Shangdong Photo : CHEN YINGJIE

L’amiral Zheng He a conduit sept flottes chinoises, un total de 27 000 hommes, vers plus de trente pays et régions d’Asie et d’Afrique au XVe siècle.

Cette année marque le 600e anniversaire du premier voyage de Zheng He en 1405. Avec l’approbation du Conseil des affaires d’État, le 11 juillet a été désigné au pays comme Journée de la navigation, ainsi que date d’implantation de la Journée maritime mondiale en Chine.

Le voyage de Zheng He n’a pas seulement établi la Route maritime de la soie mais aussi approfondi les échanges entre pays tout en contribuant à la civilisation de l’humanité.

Toutefois, pendant les 600 ans qui ont suivi, le sens de ces réalisations dans les domaines de l’histoire et de la culture a été fort négligé. Cette année, de grandes célébrations entendent redorer le blason de Zheng He et développer davantage la tradition de paix de la Chine avec son voisinage et son amitié avec le monde en vue du progrès commun.

Le sens du voyage de Zheng He

Les expéditions de Zheng He vers les océans occidentaux avaient pour but de mettre en valeur la puissance de la Chine à l’époque et de développer des relations amicales avec d’autres pays. Le commerce et les échanges de produits étaient d’autres buts de ces voyages.

Messager de paix

Yao Mingde, fonctionnaire chargé des activités de commémoration de Zheng He, a déclaré que les flottes importantes de Zheng n’avaient aucun but d’agression. Zheng et ses hommes ont même changé leurs plans de route pour résoudre des conflits entre des peuples, dit Yao.

Li Jinming, professeur à l’Institut de recherche de l’Asie du sud-Est relevant de l’Université de Xiamen, a souligné que malgré les 28 années de voyages de Zheng He dans trente pays et régions entre 1405 et 1433, aucun pays n’a jamais été colonisé par la Chine, qui était pourtant la plus grande puissance du monde à l’époque de la dynastie des Ming. Contrairement à d’autres navigateurs, Zheng He n’a jamais considéré les endroits qu’il visitait comme « de grandes découvertes ». Son attitude prouve qu’il n’est pas dans la nature de la Chine de coloniser d’autres pays.

James C. Hsiung, des États-Unis, a louangé la sincérité de Zheng He.

Durant les expéditions de Zheng He sur les mers de l’ouest, 318 messagers d’Asie ou d’Afrique ont visité la Chine, soit une moyenne de 15 par année, grâce aux efforts de Zheng He. Neuf rois d’Asie du Sud-Est ont été du nombre ; certains sont morts de maladie et ont été inhumés en Chine. Encore aujourd’hui leurs tombeaux sont un témoignage historique des échanges amicaux entre la Chine et l’extérieur.

L’éminent chercheur Joseph Needham a indiqué que les navigateurs de Chine à cette époque-là étaient bons et généreux et n’avaient aucune intention de menacer la vie des autres.

Un des principaux ministres de Malacca a dit un jour qu’avec l’aide du grand explorateur des Ming, la petite région de Malacca a pu établir des relations diplomatiques stables avec la grande puissance qu’était la Chine et maintenir ces relations significatives pendant des siècles. Il a ajouté que l’arrivée de Zheng He à Malacca a fort influencé la population locale dans les domaines de la religion, de la littérature, du commerce et de la diplomatie.

Envoyé culturel

Selon Yao Mingde, Zheng He a contribué à déployer la culture et la civilisation chinoise vers le monde extérieur. À son époque, plusieurs pays et régions de l’Asie du Sud-Est, du Sud, et de l’Afrique tiraient de la patte loin derrière la Chine sous plusieurs aspects. Les connaissances et le savoir-faire chinois en navigation, construction navale, agriculture, fabrication, construction et météorologie, ainsi que la pensée confucéenne, ont été partagés avec d’autres pays.

Wang Tianyou, professeur d’histoire à l’Université de Beijing, a dit que Zheng a aidé les peuples des océans occidentaux à améliorer leur vie par la religion, la construction de routes, le creusage de puits, et qu’il avait eu une importance influence culturelle sur les côtes de l’Asie du Sud-Est et de l’Afrique. La tendance était aux connaissances chinoises à ce moment-là.

Zheng He et ses hommes étaient bien accueillis partout où ils allaient. Zheng était appelé Sanbao, le surnom de sa famille. Certains endroits qu’il a visités ont conservé le souvenir et des récits légendaires de ses exploits, par exemple, le port Sanbao en Thaïlande, le mont Sanbao en Malaysia, la statue de Zheng He en Inde et les villages de Zheng He en Somalie et au Kenya.

Commerce extérieur

Les expéditions maritimes de Zheng He illustrent le plus haut niveau de l’ancienne Chine en matière de commerce extérieur, selon Wang Tianyou. Subjectivement, les voyages de Zheng ont stimulé et inspiré le développement du commerce outre-mer. On estime à 100 000 le nombre de personnes qui ont voyagé vers les océans de l’ouest pendant la période des sept expéditions de Zheng He. Ces voyages ont eu une double influence, car les voyageurs rapportaient leurs expériences positives d’autres pays, ce qui aidait à améliorer la vie des gens de leur pays, particulièrement dans les provinces du Fujian et du Zhejiang. Inspirée par Zheng He, la population locale s’est lancée peu à peu dans le commerce extérieur. Toutefois, quand la cour des Ming a officiellement mis fin aux expéditions, le commerce individuel s’est poursuivi dans les régions côtières. Des groupes de marchands surtout du Fujian et du Guangdong se sont risqués vers le continent américain, et des pays d’Amérique latine comme le Mexique sont devenus des postes de commerce très actifs du marché mondial.

Zheng He avait donc catalysé le commerce outre-mer en région côtière où le commerce par bateau était des plus prospère. On peut dire que les activités commerciales autour de l’océan Pacifique menées par les marchands des Ming et les gens d’affaires d’Europe ont indiscutablement contribué à la montée du capitalisme européen au XVIIe siècle.

Contribution à la navigation mondiale

Le Pr. Li Jinming croit que le premier navigateur international et premier conquérant de l’océan a élargi l’histoire de la navigation du continent à l’océan. Zheng He a précédé Christophe Colomb, Vasco De Gama et Magellan dans l’histoire de la navigation et a beaucoup contribué à l’amélioration des connaissances dans ce domaine.

Activités de commémoration organisées par le Bureau du tourisme de Singapour. Photo : ZHANG YONGXING

Le nombre de bateaux et la capacité de chargement des flottes de Zheng dépassaient largement ceux de ses successeurs plusieurs décennies plus tard. Les navires de Zheng étaient équipés de boussoles, compas, gouvernails arrière et voiles dirigeables. Des compartiments étanches sous les ponts empêchaient les bateaux de couler. L’art de la navigation aux instruments de même que les prévisions météorologiques atteignait un haut niveau.

Les expéditions de Zheng enrichirent les connaissances géographiques et élargirent l'horizon du peuple chinois. Des membres d’équipage rédigèrent le récit de leurs aventures, décrivant en détail les lieux visités, la situation locale, les croyances religieuses et les coutumes folkloriques et jusqu’au climat. Grâce à eux, les Chinois découvrirent les peuples et la culture autour du nord de l’océan Indien, de la mer d’Arabie, et la mer Rouge et de la côte orientale africaine. La carte de navigation de Zheng He était tracée selon la méthode traditionnelle, marquant chaque endroit d’abordage y compris les monts et rivières, les îles et ports, les villes et temples.

Tout le trajet à partir de Nanjing était enregistré sur la carte qui devenait ainsi un manuel. Dans son livre L’année où la Chine découvrit l'Amérique, le professeur Gavin Menzies de Grande-Bretagne fait un point clé du fait que l’astronomie chinoise calculait la latitude à partir de l’étoile polaire, Polaris, au-dessus du pôle Nord, et de certaines observations lunaires. Cela montre que les voyages de Zheng ont non seulement élargi l’horizon des Chinois mais aussi enrichi les connaissances en navigation de l’ancienne Chine.

Pourquoi les voyages prirent-ils fin?

Malgré ce que les voyages de Zheng apportèrent au monde et à la Chine, vu l’interdiction des dirigeants d’alors, l’époque de Zheng ne causa pas de changement révolutionnaire dans le système social de la Chine ni dans aucun aspect de la vie sociale.

À la fin de la dynastie des Ming et sous les Qing, la Chine connut une période de fermeture de 400 ans qui la jetèrent dans l’humiliation de la guerre de l’Opium. Au contraire, l’Occident entreprit un siècle de révolution industrielle après les voyages de Zheng et dépassa la Chine dans tous les aspects du développement.

Mais on se demande toujours pourquoi Zheng He fut empêché de poursuivre ses expéditions.

Le Pr. Li Jinming a expliqué que la première cause réside dans les manipulations du pouvoir féodal de l’empereur et de sa clique. Ainsi, un siècle plus tard, les Européens « découvriraient » la Chine au lieu que la Chine « découvre » l’Europe.

Li Jinming explique ainsi la fin des voyages. D’abord, le principe chinois d’ « être généreux envers les autres pays tout en leur demandant peu » avait finalement épuisé les coffres de l’État. On sait que le développement n’est soutenu que lorsque les revenus excèdent les dépenses. Les flottes de Zheng comprenaient un grand nombre de marins et navigateurs mais aussi des médecins, scribes et cuisiniers, et coûtaient cher. Le gouvernement des Ming ne pouvait plus assumer la dépense. Les expéditions allaient contre le principe de développement économique et personne ne pouvait se permettre de perdre de l’argent.

Deuxièmement, une fois que le gouvernement des Qing eût atteint son but politique, de nouvelles expéditions perdaient leur valeur. Au début des Ming, les pirates exerçaient une mauvaise influence sur l’amitié entre la Chine et les autres pays du Sud-Est asiatique. Un des buts premiers de Zheng avait été de « nettoyer la mer ». Un autre but consistait à maintenir des relations stables avec les autres pays. Après sept expéditions, ces objectifs étaient réalisés, et selon les dirigeants il n’y avait pas lieu de poursuivre les voyages.

Troisièmement, les autorités des Ming monopolisèrent le commerce et écrasèrent l’entreprise privée sous peine de mort. En fait, l’affaiblissement de la puissance nationale et la vie minable menée par le peuple avaient amené plusieurs paysans vers le commerce maritime. Ces pauvres gagnaient beaucoup et devinrent ce que les autorités appelaient des « bandits de la mer ». Par ailleurs, le revenu du pays féodal se réduisait et la stabilité politique subissait un coup. C’est une autre des raisons qui empêchèrent Zheng de poursuivre ses tentatives, et par conséquent les autorités planifièrent des restrictions plus sévères du commerce maritime dans les régions côtières du pays.

Quatrièmement, les flottes de Zheng He avaient beaucoup trop d’ampleur, ce qui engendrait des critiques parmi les fonctionnaires. Quelqu’un a estimé que sous le règne de l’empereur Yongle, environ 2 000 bateaux furent construits ou restaurés, ce qui coûta le revenu total de treize provinces. Par conséquent, la cour poussait le gouvernement à abandonner le financement.

Enfin, comme les marchandises et les matériaux nécessaires au voyage étaient fabriqués gratuitement par des travailleurs, ces ouvriers n’avaient aucune envie de travailler, et l’on finit par manquer d’approvisionnement. Sans base matérielle, Zheng ne pouvait plus poursuivre ses expéditions.

De plus, la corruption politique de la cour des Ming engendra diverses crises sociales. Autant de raisons à multiples facettes comme le système autocratique féodal basé sur l’économie paysanne, le changement de la politique maritime du gouvernement des Ming et l’affaiblissement de la force navale du pays contribuèrent à l’arrêt des voyages de Zheng.

Wang Chunyu, chercheur en histoire de l’Académie des sciences sociales de Chine, Xu Kai, professeur d’histoire à l’Université de Beijing et Wang Tianyou ont exprimé les mêmes opinions.


 
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