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La recherche prend la mer
Le premier bateau de recherche de Chine se lance dans
l’exploration des dépôts minéraux et des sites
hydrothermaux.
Xiao Liu
Vent en poupe, le bateau d’exploration scientifique
Dayang Yihao (Océan no 1) s’est éloigné de
la foule enthousiaste au port de Qingdao, dans la province orientale du
Shandong, le 2 avril, une première pour la Chine. Cette mission
réalisait un vieux rêve de voyage transocéanique et
ouvrait un nouveau chapitre de l’histoire de l’exploration
maritime de la Chine.
Le but principal de cette expédition consiste à
chercher des dépôts minéraux de valeur économique
comme le pétrole, le gaz et le manganèse, ainsi que de nouvelles
espèces vivantes dans les profondeurs de la mer, surtout autour
des sites hydrothermaux.
Les scientifiques étudieront la façon dont la
vie s’adapte aux hautes températures sous-marines, à
la pression et aux liquides toxiques de ces endroits chauds. Le voyage
devrait durer 300 jours pendant lesquels on parcourra le Pacifique, l’Atlantique
et l’océan Indien. Selon Lu Huisheng, le capitaine du vaisseau,
les chercheurs lanceront leurs quatre premières expéditions
dans le Pacifique pour étudier les fonds marins riches en dépôts
de cobalt, leurs caractéristiques physiques et les niveaux de sulfure.
Deux autres voyages seront entrepris dans les océans Atlantique
et Indien respectivement pour le sulfure et les gènes des espèces
vivantes du fond des mers.
La recherche avant tout
Chen Bingxin, président de l’Association de recherche
et développement des ressources minérales océaniques
de Chine, attend beaucoup de cette mission.
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Départ du Dayang Yihao du port de Qingdao.
Photo: Xinhua
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En 1991, l’Autorité des fonds marins internationaux
des Nations unies (ci-après Autorité) a accordé à
la Chine le droit de mener l’exploration de 150 000 km2 de fonds
du Pacifique en accord avec la Convention des Nations unies sur la loi
de la mer. Après huit années de dur labeur, un contrat a
été signé entre le gouvernement chinois et l’Autorité,
et la Chine a acquis une zone de 75 000 km2 pour exploration prioritaire
et exclusive en 2001. On estime qu’environ 49 % de la surface de
la Terre, soit plus ou moins 250 millions de km2, est un territoire international
qui contient des ressources comme le pétrole et le gaz naturel.
Chen a indiqué que le Dayang Yihao mettra l’accent
sur l’exploration des dépôts précieux dans la
zone accordée par l’Autorité. Les scientifiques chinois
dresseront la carte des fonds marins en vue d’éventuelles
opérations et mèneront aussi une recherche biologique comprenant
l’investigation, la collecte et la classification de spécimens.
L’enquête scientifique verra à obtenir
des spécimens de sulphure, de roches et de sédiments à
proximité des champs hydrothermaux. Une étude de la répartition
du sulphure chaud liquide sur le plancher océanique sera entreprise
de façon à recueillir des données pour le développement
et l’exploitation futurs.
De plus, la mission vise à obtenir des données
de première main sur les composants minéraux, les propriétés
des fluides chimiques et les formations vivantes afin de mieux comprendre
les éléments minéraux, géographiques et biologiques
des sites hydrothermaux.
Le voyage constitue le premier pas des scientifiques chinois
pour étendre leur recherche à tous les grands océans
et pour faire passer leur exploration des champs minéraux et de
ressources biologiques à l’étude générale
de manière à accélérer l’observation
chinoise des bas-fonds marins, la cueillette d’échantillons
et l’analyse.
L’économie océanique
Selon la Convention des Nations unies sur la loi de la mer,
la Chine exerce sa juridiction sur 3 millions de km2 de mer. Bien qu’une
série de mesures aient été promulguées pour
promouvoir le développement de l’économie océanique
en Chine, le potentiel reste encore loin d’être exploité.
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L'équipage et le personnel de recherche lancent
solennellement des bouteilles porteuses d'un message à
la mer. Photo: Xinhua
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Les statistiques de l’Administration nationale des océans
(ANO) montrent que la valeur de production de la Chine basée sur
l’océan dépassait un peu 1,28 billion de yuans (155
milliards de USD) en 2004, plaçant le pays au-dessus de la moyenne
mondiale. Les principales industries marines étaient la production
de sel, la pêche et la construction navale dans le delta du Yangtse
et dans les régions bordant la mer Bohai, et la valeur de production
l’an dernier était de 400 milliards de yuans (48,13 milliards
de USD).
Par ailleurs, de nouvelles industries marines comme l’exploration
des ressources pétrolières, le tourisme côtier et
la pharmacologie océanique se développent rapidement. On
estime les réserves de pétrole maritime de la Chine à
24 milliards de tonnes, environ le dixième du total mondial, et
les réserves de gaz naturel à 14 billions de m3. Le tiers
du pétrole et du gaz de la Chine se situe au large, ce qui facilite
beaucoup l’exploitation.
On connaît au moins 65 ressources minérales sur
le territoire marin de la Chine, une réserve totale de 160 millions
de tonnes. Les scientifiques chercheront les métaux lourds, les
métaux rares, et même les éléments radioactifs
et les métaux nobles dans les profondeurs marines au cours de cette
expédition.
On compte environ 2 566 espèces de poissons dans les
eaux territoriales de la Chine, et seulement 5 % des 2,81 millions de
km2 des eaux de pêche chinoises ont été exploitées.
De 2002 à 2004, la croissance annuelle moyenne des industries maritimes
chinoises a été de 16,9 %, dépassant le niveau de
croissance économique national pour la même période.
L’avenir de l’océan
Selon Wang Fei, directeur général adjoint de
l’ANO, le premier voyage de recherche océanique de la Chine
vise à contribuer l’exploration mondiale du lit de la mer.
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Première escale aux îles Micronésiennes
où l'on procédera à l'entretien et au réapprovisionnement.
Photo: Xinhua
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« Le 11 juillet a été déterminé
comme journée annuelle de la navigation chinoise », dit Wang,
pour marquer le 600e anniversaire des sept voyages dans l’océan
Indien du célèbre navigateur Zheng He. Le XXIe siècle
sera celui de la mer pour tous les pays. L’exploration des ressources
maritimes pour une meilleure connaissance, l’utilisation et la protection
des océans est une des nécessités du développement
scientifique mondial. Le gouvernement chinois se fait une obligation de
répondre aux besoins de la société en développement
océanique.”
Toutefois, Wang admet que la mission du Dayang Yihao fait
face à de nombreux défis et pourrait rencontrer des facteurs
inconnus étant donné qu’il s’agit d’une
première pour la Chine et que les projets requièrent aussi
un personnel et de l’équipement de haute qualité.
« Comme la mission est de longue durée, le réapprovisionnement,
la sécurité et la conservation des échantillons ou
même l’organisation et la coordination sont compliqués
», ajoute Wang.
Voyage en cours
Le Dayang Yihao visite d’abord le Pacifique puis
l’Atlantique par le canal de Panama. Il passe ensuite à
l’océan Indien, croise le cap de Bonne-Espérance
avant de poursuivre vers le Pacifique de nouveau par le détroit
de Malacca. L’itinéraire comprend six voyages de travail
et cinq escales de quatre jours de repos pendant lesquels on procède
au réapprovisionnement en carburant, eau potable et légumes
frais.
À bord se trouvent 30 membres d’équipage
et 40 scientifiques surtout de l’Académie des sciences
de Chine. Le voyage de 300 jours environ s’achèvera
à Qingdao en janvier prochain.
Une certaine rotation de l’équipage et
du personnel de recherche aura lieu.
5 avril : entrée dans le Pacifique.
10 avril : arrivée au premier lieu de travail.
13 avril : récolte des premiers échantillons
de cobalt dans le Pacifique.
16 avril : mise à la mer d’une série
de bouteilles contenant chacune un « nœud chinois »,
un petit bateau à voile, une peinture en couleurs et une
lettre d’invitation du sous-comité de Qingdao du Comité
d’organisation des Jeux olympiques de Beijing.
30 avril : arrivée du Dayang Yihao à sa
première escale aux îles Micronésiennes.
Mai : concentration sur la recherche géographique,
mesure du magnétisme et de l’activité sismique.
Début juin : fin de la première étape
du second voyage. En route pour une série de sondages avant
la deuxième escale à Hawaii à la fin du mois. |
| Le bateau d’exploration
Fabriqué en ex-URSS en 1994, le Dayang Yihao
de 5 600 tonnes est conçu pour la recherche géophysique
et la géologie marine.
Avant le grand départ, le bateau a été
vérifié de fond en comble à Shanghai pendant
près d’un an et modifié selon les besoins.
Il comprend une dizaine de laboratoires pour la recherche
sur la gravité, les courants océaniques, le magnétisme,
la sismologie, la géologie, les gênes biologiques,
etc.
Une partie de l’équipement est du plus
haut niveau mondial », dit Li Jiabiao, directeur adjoint de
l’Institut d’océanographie no 2 relevant de l’ANO.
Par exemple, le système d’observation des fonds peut
transmettre des photos topographiques de 6 000 m de profondeur vers
la surface. La perceuse peut creuser un trou de 66 mm de diamètre
et 500 mm de longueur à une profondeur de 3 000 m. Le bateau
est aussi muni de satellites de communication et d’accès
sans fils à l’internet afin de rester en contact étroit
avec la terre.
Il porte aussi de l’équipement récréatif
dont une bibliothèque, une petite salle de cinéma
et une salle de jeu pour aider l’équipage à
rester en bonne forme physique et mentale. |
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