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À la recherche des descendants des marins chinois
Louise Levathes, journaliste au New York Times,
a publié en 1994 Lorsque la Chine prétendait à
l’hégémonie sur la mer. Elle y raconte avoir
rencontré une personne de cent ans dans une petite île du
Kenya. Le vieillard a dit avoir appris de son grand-père qu’un
navire chinois avait échoué sur un écueil près
de l’île. Des survivants sont restés dans les villages,
et leurs descendants forment aujourd’hui la population locale.
Le navire qui a heurté l’écueil faisait
partie de la flotte chinoise conduite par le navigateur Zheng He vers
l’océan Indien et les mers occidentales. Cette exploration
maritime constitue une page importante de l’histoire de l’humanité.
Des historiens et des archéologues ont confirmé que la flotte
de quelques centaines de navires était allée plusieurs fois
sur le littoral occidental du continent africain. Le récit de Louise
Levathes a suscité notre intérêt, et nous avons décidé
de faire enquête sur place.
Li Xinfeng
Après une heure en mer, nous sommes arrivés
à l’île de Pate. Un archéologue anglais a indiqué
de la main la plage de Shanga où les marins chinois avaient débarqué,
et où ils s’étaient installés.
Shanga et Shanghai
Le guide de l’île de Pate du musée national
du Kenya nous a fait visiter d’abord les vestiges du village de
Shanga. Au moment où les marins chinois ont mis pied à terre,
ils m’ont pas été acceptés immédiatement
par les habitants du village. Mais dès qu’un marin chinois
a tué un grand boa qui faisait du tort à la population depuis
plusieurs années, les marins chinois ont été considérés
d’un œil tout à fait différent et ont commencé
à s’installer. Le village de Shanga a été détruit
au milieu du XVe siècle ; il n’en reste que des ruines.
L’archéologue a expliqué que « Shanga
» a deux sens en swahili soit l’ « endroit où
il y a des abeilles » et « Shanghai ». Jusqu’à
maintenant, on n’y a pas trouvé d’abeilles, par conséquent
« Shanga » signifie probablement Shanghai. Bien sûr,
l’un n’exclut pas l’autre. En swahili, la prononciation
de Shanga est la même que celle de Shanghai. Shanghai est devenue
un district en 1291 ; le premier voyage de la flotte de Zheng He remonte
à 1405.
Le guide nous a ensuite conduits dans le village de Siyu situé
au nord-ouest de l’île de Pate. C’est là que
la majorité des habitants de Shanga se sont déplacés
lorsque le village a été détruit.
Les pierres tombales donnent sur le nord-est
Le village de Siyu a un cimetière de style chinois,
il compte 320 tombes. On dit qu’il y avait des porcelaines de Chine
dans chaque tombe, mais elles ont été pillées.
Le guide croit tout à fait possible que les marins
chinois aient été enterrés dans ce cimetière,
car selon les coutumes locales, lorsque la personne née au village
décède, on l’enterre à l’intérieur
du village, tandis que les gens venus d’ailleurs sont inhumés
à l’extérieur du village.
Une stèle est installée devant le tertre funéraire
mais aucun mot n’aide à identifier le défunt. Une
stèle gravée de caractères chinois a maintenant disparu,
peut-être volée par des marchands de pièces archéologiques.
Depuis le début du IXe siècle, les îles de Lamu sont
un port de transit commercial important. Plusieurs pièces archéologiques
précieuses étaient aux mains de la population, ce qui a
attiré un grand nombre de marchands avides.
J’ai remarqué soudainement que les pierres tombales
sans inscription faisaient toutes face au nord-est, en direction de la
Chine.
Des descendants de Chinois
Dans le village de Siyu, nous sommes frappés par une
femme d’âge mûr. On aurait dit une femme du sud de la
Chine. Elle s’appelle Barakabadi-Shee, une personne de Washanga,
a dit le guide.
Une « personne de Washanga » ? En swahili, wa
signifie : lieu d’où l’on vient. Donc une personne
Washanga vient du Shanga, ce qui signifie qu’elle est d’ascendance
chinoise.
Barakabadi-Shee nous a dit avec enthousiasme : « Mes
ancêtres venaient de Chine ; au début ils habitaient le village
de Shanga, puis le village de Siyu. »
Nous lui avons demandé si elle connaissait quelque
peu la Chine.
« Je ne la connais pas, a-t-elle dit en secouant la
tête, mais j’ai un trésor de famille : une porcelaine
de Chine. » Barakabadi-Shee a cinq enfants. Mwamaka Shariff, sa
fille cadette, fréquente l’école secondaire du bourg
Lamu ; elle passera bientôt les examens d’admission à
l’université.
Pour vérifier l’ascendance chinoise de Barakabadi-Shee,
nous avons rendu visite à l’ex-chef du village de Siyu. Dans
cette région où il n’y a aucun registre, l’histoire
du village est transmise de vive voix par les chefs de village successifs.
L’histoire des Washanga a aussi été transmise
par les survivants d’un navire en détresse venu de Chine.
Ces survivants se sont fusionnés aux habitants locaux et se sont
convertis à l’islam. Les Washanga avaient des beaux cheveux
et de grandes oreilles. Ils étaient peu nombreux et appartenaient
tous au clan familial de Mohammed Shee.
Le village de Siyu compte actuellement trente personnes de
quatre familles Washanga. Selon l’ex-chef du village, Barakabadi-Shee
a six frères et sœurs qui habitent encore Siyu, les autres
habitent Lamu, Mombasa et Malindi.
À Lamu, nous avons rencontré une sœur de
Barakabadi Shee. Lorsque nous parlions avec animation, deux femmes sont
arrivées avec leurs filles. « Êtes-vous des reporters
chinois ? Nous avons appris votre arrivée, nous venons vous voir.
Nous sommes des Washanga, anciennement de Siyu, des descendantes de Chinois
», disaient-elles.
Elles continuent de fréquenter les autres Washanga,
surtout lors des événements familiaux importants.
Elles ont ajouté que outre le village de Siyu et le
bourg Lamu, Mombasa compte plus de cent Washanga. Certains sont allés
vers l’intérieur du Kenya.
(à suivre)
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