La Chine : une menace pour l’énergie du monde ?

Tong Lixia (Chercheuse adjointe de l’Institut de recherche sur le commerce international et la coopération économique relevant du ministère du Commerce)

Ces dernières années, l’augmentation rapide de la consommation d’énergie et de l’importation d’énergie par la Chine a attiré une attention particulière mondiale. Après l’adhésion de la Chine à l’OMC, le niveau de son industrialisation s’est élevé rapidement, ce qui a entraîné une très importante consommation d’énergie et de ressources. C’est non seulement imprévu pour les Chinois, mais aussi étonnant pour la communauté internationale.

À présent, certaines opinions internationales reprochent à la Chine l’augmentation de sa demande en énergie, l’accroissement rapide de son importation de pétrole en particulier, qui menacent d’autres pays. D’après elles, la Chine a consommé excessivement des ressources non renouvelables que possède en commun l’humanité, et l’augmentation de la demande chinoise en énergie a fait hausser le prix du marché international de l’énergie, surtout le prix du pétrole. Ces propos sont vraiment partiaux.

Les causes de l’augmentation

Il est indéniable que ces dix dernières années, l’économie chinoise a vraiment connu un développement rapide et soutenu, la croissance annuelle moyenne du PIB est de 9,7 %, la consommation de ressources énergétiques non renouvelables augmente de 4,6 % en moyenne chaque année et l’importation du pétrole tend à un accroissement rapide. Toutefois, il faut voir que tout en devenant un grand consommateur d’énergie, la Chine est aussi un grand pays producteur d’énergie. La Chine est riche de ressources de charbon ; l’approvisionnement en pétrole compte principalement sur la production du pays lui-même et seulement 40 % sur l’importation ; et l’énergie hydroélectrique et nucléaire a aussi un grand potentiel d’exploitation. Quant à la structure des ressources énergétiques chinoises, le charbon représente deux tiers, et le pétrole et l’énergie hydroélectrique, un tiers. Cela diffère tout à fait de la structure de consommation des autres pays qui comptent principalement sur le pétrole. Dans l’ensemble, la Chine est toujours un pays autosuffisant. Il est impossible qu’elle constitue une menace pour le monde. Même sur le plan de la consommation du pétrole, bien que la Chine soit au deuxième rang mondial en 2004, son volume d’importation représentait seulement 7 % du commerce mondial du pétrole, tandis que celui des États-Unis était de 27 %, et celui du Japon de 11 %. L’influence de la Chine sur le marché international du pétrole est beaucoup plus faible que celle de ces deux pays.

Une centrale éolienne dans la province du Henan. Photo: Wang Song

En outre, un facteur important a été négligé : l’augmentation rapide de la demande chinoise en énergie ces dernières années est due dans une certaine mesure à une nouvelle division du travail internationale. Après l’adhésion de la Chine à l’OMC, les pays développés n’ont cessé de transférer leurs industries manufacturières en Chine, telles que l’industrie électronique, la fabrication d’équipement de transport, de produits électriques et mécaniques et l’industrie pétrochimique, tous des secteurs à haute consommation d’énergie et à pollution élevée. En 2003 et en 2004, une pénurie d’électricité, de charbon et de pétrole apparue soudainement dans beaucoup de villes chinoises a été causée à un fort degré par le développement rapide de ces industries. La Chine est en train de devenir une « usine mondiale ». Tout en fournissant des produits au monde, elle a payé un énorme prix et consommé une grande quantité de ressources et d’énergie. Pourquoi ne voit-on que l’augmentation rapide de la consommation d’énergie par la Chine mais non son rôle et sa contribution dans la division du travail sur le plan industriel du monde ? Les données montrent que les produits bon marché fournis chaque année aux pays développés par la Chine leur permettent d’économiser environ 20 milliards USD.

Depuis 2003, le prix du pétrole international a grimpé continuellement : de 30 à 56 dollars le baril. La proportion et le rythme de la hausse ont dépassé le record historique. Parmi les causes multiples de la hausse du pétrole, le déséquilibre entre l’offre et la demande est primordial. Depuis le milieu des années 1980, le bas prix du pétrole qui durait depuis plusieurs années a abouti à l’insuffisance de capitaux des exploitants dans la production. Par conséquent la capacité de production du pétrole reste peu élevée, et l’exploration et l’exploitation du pétrole et l’équipement de production ne satisfont pas la demande attendue de la croissance rapide. Actuellement, la capacité de production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et des autres pays exportateurs de pétrole approche le plafond, mais la demande de pétrole tend à s’accroître sans cesse dans le monde. Ces dernières années en particulier, avec l’essor du développement économique de certains pays en développement dont la Chine et l’Inde, la demande a augmenté plus rapidement, aboutissant à un déséquilibre entre l’offre et la demande, même à une accentuation de la dispute des ressources en pétrole entre les divers pays, à des conflits ou bouleversements dans les régions productrices du pétrole et à la panique psychologique envers le marché. Cela a donné aux échanges spéculatifs une occasion d’en tirer profit. Ces deux dernières années, divers types de fonds à des fins spéculatives ont afflué à qui mieux mieux sur le marché du pétrole à terme, ce qui a suscité une montée continuelle des prix du pétrole surtout lors de la guerre des États-Unis en Iraq, de la grève des ouvriers pétroliers du Nigeria et de l’agitation politique au Venezuela. Des experts estiment que des 56 dollars du baril au moins 10 dollars proviennent de l’attisement par les fonds. En outre, la dévaluation du dollar des États-Unis est un facteur important de la hausse des prix du pétrole. Actuellement, le taux de change du dollar contre l’euro et le yen japonais a baissé d’environ le tiers et contre un panier des monnaies d’autres pays, de 20 %. Cela a non seulement causé la réduction de la rentabilité du prix du pétrole, mais aussi permis à l’OPEP de trouver des raisons de restreindre la production et d’élever le prix du pétrole. On croit que la dévaluation du dollar a également causé une élévation d’environ 10 dollar le baril. Par ces analyses, on peut voir que bien que l’augmentation de la demande chinoise en pétrole soit un des facteurs de hausse du prix, elle n’est pas un facteur décisif mais minime.

Chercher de nouvelles sources et économiser l’énergie

Le haut prix du pétrole a affecté le développement économique du monde, surtout celui de la Chine. Selon des statistiques du département concerné, en 2004, la hausse du prix du pétrole international a fait baisser de 0,8 point le PIB de Chine, causant les pertes économiques directes de 70 milliards de yuans. À présent, la Chine est consciente que développer trop rapidement les industries de bas niveau et à grande consommation est non supportable pour le futur du pays et qu’il faut changer le plus tôt de mode de croissance économique afin qu’il passe de la recherche de la quantité à celle de la qualité et de la rentabilité, et de la consommation d’énergie et de ressources à l’économie de celles-ci. Le premier ministre Wen Jiabao a fait remarquer : « Pour réaliser l’objectif de construction d’une société d’aisance générale et de la modernisation, nous devons absolument sortir des chemins battus de la consommation excessive de ressources et d’énergie, et, selon un concept scientifique du développement, frayer une nouvelle voie d’industrialisation et édifier une société à caractère économe. »

Le champ pétrolifère de Daqing. Photo: Liu Huang

À présent, la Chine accorde une importance primordiale à l’économie d’énergie. L’Assemblée populaire nationale (APN) a modifié la « Loi sur l’économie d’énergie » pour stipuler des normes explicites d’économie d’énergie pour tous les secteurs d’activité. En février 2005, la 14e session de la Xe APN a adopté la « Loi sur les ressources énergétiques renouvelables », de manière que le développement des ressources énergétiques renouvelables soit légalisé. Récemment, la Chine a promulgué une série de politiques pour contrôler et interdire les projets de construction à grande consommation d’énergie ; l’Administration nationale des affaires fiscales a réduit la liste des produits détaxés à l’exportation, à grande consommation d’énergie comme l’acier, le charbon, des produits de métaux non-ferreux, et suspendu temporairement le commerce de sous-traitance pour l’exportation. D’ici quinze ans, la Chine investira 500 milliards de yuans pour développer l’énergie nucléaire, solaire et éolienne. Tout cela montre la détermination et l’action des dirigeants chinois de résoudre le problème d’énergie.

En Chine, l’économie d’énergie et l’exploitation de ressources énergétiques substitutives ont un large espace et un grand potentiel. L’actuel taux d’utilisation d’énergie de la Chine n’est que de 33 %, soit 10 points de moins que dans les pays développés, et la consommation du pétrole par unité de PIB est plus grande que les pays développés et le niveau moyen mondial, soit en 2002 respectivement 2,32, 3,11 et 3,27 fois plus que les États-Unis, l’Allemagne et le Japon, et 1,8 fois le niveau moyen mondial. Selon les prévisions des experts, si le taux d’utilisation d’énergie du pays atteint le niveau avancé du monde, la Chine pourra réduire la consommation de 300 millions de tonnes de charbon TEC ; si la part de la consommation d’énergie et de matières premières dans le coût de la production industrielle se réduit de 1 point, on pourra obtenir une augmentation de rentabilité de plus de 10 milliards. Sur le plan de la substitution des ressources énergétiques, la technique de transformation du charbon en huile s’est élevée, et des bases de production ont été établies et augmenteront sans cesse ; la technique de transformation du combustible éthylique a été diffusée dans plusieurs villes du pays et la production d’essence éthylique atteindra 10 millions de tonnes en 2005. En outre, la région ouest est riche en ressources solaires et éoliennes. Si on les utilise pour produire de l’électricité nécessaire à l’extraction d’énergie de hydrogène de l’eau, ce sera une révolution industrielle.

L’exploitation, l’économie d’énergie, la régénération et la coopération seront les quatre points essentiels de la politique chinoise du développement futur de l’énergie. Le Groupe du pétrole et du gaz naturel de Chine renforcera pendant quinze ans l’exploration et l’exploitation des ressources pétro-gazeuses dans la région ouest et la mer, mettant en valeur le potentiel des champs pétrolifères existants, pour maintenir la production du pétrole brut à 180-200 millions de tonnes jusqu’en 2020. Compte tenu des besoins de garantie du développement économique et de l’amélioration de la qualité de vie du peuple, de la capacité d’adaptation de l’économie nationale et de la situation mondiale de l’offre et de la demande du pétrole, la Commission nationale du développement et de la réforme projette de limiter autant que possible la consommation du pétrole à 450 millions de tonnes en 2020. Selon cet objectif, le taux de dépendance du pétrole importé devrait être de 50 % en 2010, et de 60 % en 2020. Pour réaliser ces objectifs, il faut que toute la société économise, que l’État établisse une structure de consommation et un système économique basés sur l’économie d’énergie, et que le gouvernement accorde un soutien politique et financier au développement de l’énergie substitutive. Par ailleurs, appliquant la politique de « passer les frontières », la Chine encouragera ses entreprises à participer à la coopération internationale dans la production du pétrole, à établir leur base de production ou à exploiter le pétrole en collaboration avec l’étranger pour garantir l’approvisionnement de l’intérieur du pays.

Pendant les quinze prochaines années, la structure des sources d’énergie de Chine caractérisée par la coexistence de plusieurs sortes d’énergie avec le charbon toujours en première place sera maintenue. La consommation de gaz naturel, d’hydroélectricité et d’énergie nucléaire augmenterait, tandis que celle du pétrole resterait inchangée ou se réduirait légèrement. La Chine ne suivra pas aveuglément le mode de consommation d’énergie des pays développés ni n’empruntera leur vieille voie d’industrialisation. Tout en saisissant l’occasion stratégique, elle choisira une voie de développement durable qui lui convienne.

Certes, résoudre le problème de l’énergie n’est pas facile. Par exemple, d’après le rythme de croissance de la consommation du pétrole des deux dernières années, il y a encore beaucoup d’embûches à la réalisation de l’objectif prévu de la consommation pour 2020. Sur le plan de l’économie d’énergie et du contrôle de la consommation, bien que la Chine publie des lois pertinentes, elle n’a pas encore établi de mécanismes et d’organismes de contrôle en la matière, laissant la voie libre à des infractions aux politiques de l’État. Malgré tout, par les actions du gouvernement chinois ces dernières années, on croit que les problèmes se résoudront graduellement et que la situation s’améliorera.


 
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