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Cobayes volontaires contre le sida
Li Haibo, Zhongguo Qingnian (Jeunesse chinoise)
Bien que le virus du sida ait été découvert
en 1983, la mise au point d’un vaccin n’a jamais enregistré
de progrès rapide à cause d'un haut degré de variation
du virus, qui constitue l’une des plus grandes difficultés.
Actuellement, seuls la France, l’Angleterre, la Chine et les États-Unis
ont entrepris la vaccination dans la pratique clinique.
Le 12 mars 2005, le premier essai de vaccination contre le
sida en phase I a commencé au Centre de prévention et de
contrôle des maladies, à Nanning, au Guangxi. En deux mois
seulement, 34 volontaires de la « Campagne du ruban rouge »
s’y sont présentés pour recevoir quatre injections
dans les trois mois suivants. Nous en avons interviewé quelques-uns.
« Il faut s’entraider pour jouir ensemble de
la vie. »
« C’est grâce à la vie que le monde
devient joli ; c’est grâce à la santé que la
vie est précieuse. » C’est ce que dit la banderole
fixée par Chen Xiaoxiao à un autobus. Responsable de la
Campagne du ruban rouge, Chen a déjà maintes fois participé
à des activités similaires. Les 33 étudiants qui
l’accompagnent sont tous membres de l’Association VPA de l’université
de Médecine du Guangxi.
Organisation d’étudiants fondée en novembre
2003, la VPA diffuse des connaissances sur la prévention du sida
tant sur le campus qu’aux environs de la ville de Nanning. La «
Campagne du ruban rouge » est un effort de vulgarisation de la VPA.
Âgé de moins de 20 ans, Chen Xiaoxiao est maintenant
en deuxième année universitaire et l’un des volontaires
participant au test du vaccin. « C’est à l’université
que j’ai appris ce qu’est le Sida. Avant, je n’aurais
pas eu le courage de recevoir l’injection », dit-il.
Chen fait souvent remarquer à ses équipiers
: « Dans notre travail de vulgarisation, il faut faire abréger.
Nous n’avons qu’à présenter brièvement
à nos auditeurs la nocivité, les symptômes, les principales
voies de transmission et les essentielles mesures préventives.
Sinon, personne n’écoutera par manque de temps. »
Chen utilise un ton assez calme. « Nous sommes étudiants
en médecine. Nous savons que le vaccin n’est pas nocif pour
la santé. Il est naturel que nous fassions cet essai en tant que
volontaires. Ce sont les médias qui ont fait de nous des héros.
»
« Avant d’être vacciné, j’ai
subi une visite médicale qui a donné de bons résultats.
C’est une infirmière âgée de 30 ans qui m’a
fait la piqûre tout doucement. L’injection a duré deux
minutes et je n’ai ressenti aucune douleur », précise-t-il.
Cependant, Chen ignore le contenu de ce qu’on lui a
injecté. Pour chaque volontaire, le Centre de prévention
et de contrôle des maladies a préparé une enveloppe
numérotée dans laquelle est scellée la catégorie
du réactif : vaccin ou sérum physiologique. Toutes ces enveloppes
sont conservées dans un coffre. En cas de mauvaise réaction
après la piqûre, on ouvre immédiatement l’enveloppe
pour vérifier si le volontaire était vraiment vacciné,
de manière à prendre des mesures adéquates pour garantir
sa santé. Sur huit volontaires qui ont subi le test, quatre ont
reçu une injection de sérum physiologique.
Chen n’a rien dit à ses parents de peur de susciter
leur inquiétude. Quand nous lui demandons s’il est possible
que le résultat du test de dépistage VIH soit positif à
cause du vaccin qu’on lui a injecté et s’il en a peur,
Chen nous explique avec un sourire : « Si le résultat était
positif, le Centre me délivrerait une attestation pour prouver
que je ne suis pas vraiment infecté. Cela ne devrait pas avoir
d’effet négatif sur ma vie professionnelle et personnelle.
»
Sois rassuré, je n’ai aucune peur
Qin Li se sentait un peu mal à l’aise lors du
premier cours sur la prévention du sida qu’elle donne aux
paysannes.
Membre de la « Campagne du ruban rouge » et volontaire
pour le test, elle est chargée aujourd’hui d’expliquer
avec ses dix collègues l’emploi du préservatif aux
femmes d’un village. Ce village compte une centaine de femmes, divisées
en onze groupes, chacun avec un volontaire.
Lors de la distribution des préservatifs et des bananes
qui représentent l’organe génital masculin, Qin Li
était décontenancée devant l’éclat de
rire des villageoises. Mais finalement, son cours a été
hautement apprécié.
Qin Li nous présente son professeur, Lu Zhuoping. «
Au début, mon copain était contre ma participation. Par
la suite, j’ai demandé au professeur Lu de lui expliquer
les principes et les activités de la VPA, ainsi que la sécurité
du test de vaccination. Dès lors, non seulement mon copain y adhère,
mais aussi il apporte énormément de soutien à nos
activités bénévoles », dit-elle.
Le jour où elle a reçu l’injection, Qin
Li portait une veste rose, les cheveux en queue de cheval et son visage
rayonnait de sourire. « Je suis étudiante en médecine
et je sais que l’essai du vaccin est sûr. En général,
il n’y aura aucun problème. D’ailleurs, de quelque
essai qu’il s’agisse, il faut des cobayes. » Juste avant
l’injection, elle a reçu un appel de son copain étudiant
dans une autre province. « Sois rassuré, je n’ai aucune
peur », lui a-t-elle dit.
« Pendant une semaine suivant le test, nous allons chaque
jour au centre faire prendre notre température, notre tension artérielle,
mesurer le rythme respiratoire et cardiaque ». Maintenant, Qin Li
rend compte quotidiennement à son copain de ce qu’elle éprouve
dans son corps. Selon elle, c’est aussi un processus de bonheur.
Calmer l’inquiétude du public
En dépit de la canicule que son chapeau à large
bord ne lui fait pas oublier, Li Wenliang se tient sur le trottoir les
bras remplis de formules de sondage. Il est rapidement en nage.
Il s’adresse à un passant. « Bonjour, Monsieur.
Je suis volontaire de la lutte contre le sida, pourrais-je... »
Son interlocuteur l’interrompt et lui jette un regard bizarre :
« Ne me parlez pas de ça, je ne suis pas ce que vous imaginez.
»
« Ce genre d’attitude n’a rien de méchant
», explique Li. Il a changé son habitude de précipitation
après être devenu volontaire et témoigne toujours
de patience dans son travail. «Dans la majorité de nos activités
bénévoles, nous devons faire face au public, alors qu’au
sein de notre groupe, une coopération harmonieuse est aussi nécessaire.
Il faut donc éviter l’impatience. »
Li a été l’un des premiers volontaires
à s’inscrire. « À franchement parler, quand
je suis entré dans la salle d’injection, une certaine hésitation
m’a saisi parce que je me souvenais inconsciemment du regard craintif
de certains interviewés. Mais je me suis dit que leur crainte résultait
de la méconnaissance du sida, alors que j’étais un
étudiant en sciences préventives, et volontaire chargé
de vulgariser les mesures de prévention. À quoi bon hésiter
? ». Retroussant ses manches, il a été le premier
Chinois vacciné pour l’observation clinique du vaccin contre
le sida.
« Nous n’avons pas raison de nous plaindre de
notre public, car même moi, qui possède déjà
des connaissances préventives, ai eu peur lors de l’injection
», dit-il. Certes, la plupart des gens pâlissent souvent à
la seule évocation du sida. Il est donc très important,
selon Li, de diffuser énergiquement les connaissances préventives
qui aident à calmer les appréhensions. Si cette campagne
est bien menée, les victimes de la maladie seront comprises, respectées
et traitées sur un pied d’égalité, et davantage
de personnes conjugueront leurs efforts pour éradiquer cette menace
à la vie humaine.
Recherche sur le vaccin antisida
Bien que certains médicaments antisida soient déjà
au point, ils sont dans l’impossibilité d’éliminer
radicalement le virus dans le corps humain. Il en est de même pour
la thérapie cocktail, traitement qui donne le meilleur effet thérapeutique
mais sert seulement à stabiliser ou atténuer les symptômes.
C’est ainsi que les experts de tous les pays sont unanimes à
estimer que la fabrication d’un vaccin est le seul moyen radical
de résoudre cette difficulté.
Au début de 1990, le gouvernement chinois a établi
le projet de recherche sur le vaccin antisida. En 1993, le premier vaccin
chinois a vu le jour aussitôt après celui des États-Unis,
sans être soumis à la recherche clinique.
Il y a actuellement sept ou huit groupes de recherche sur
le vaccin, dont l’Académie des sciences de Chine et le Centre
de prévention et contrôle des maladies. Selon Zeng Yi, académicien
de l’Académie des sciences de Chine, actuellement, on demande
l’autorisation de tester plusieurs vaccins sur le corps humain,
mais la mise en œuvre dans la pratique clinique en phase I n’est
pas synonyme du succès. Contrairement à d’autres vaccins,
il est difficile au vaccin antisida de produire des anticorps ; il faut
donc au moins cinq ans pour achever les tests en phases I, II, et III.
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