La mortalité chez les nouveau-nés

Feng Jianhua

Wu Kendao a de la difficulté à sortir de l’ombre de la douleur. Le 28 janvier dernier, son fils de près d’un an est décédé subitement. Wu était en proie au remords parce qu’il n’avait même pas eu le temps de lui donner un prénom.

Il faut s'attaquer à réduire la mortalité des nouveau-nés dans les campagnes et les régions du centre et de l'ouest. Photo: Fan Changguo

Wu est un fermier du village de Huanggang dans la province du Guizhou. Ce village de montagne de plus de 1 600 habitants a une superficie labourée de 0,06 hectare par personne en moyenne. Le revenu annuel est inférieur à 600 yuans par personne. La plupart de ces fermiers cultivent la terre de génération en génération ; ils n’ont pas le temps de connaître le monde extérieur et leur vie est simple et pauvre.

La population de Huanggang a connu une décroissance. Non pas que la conscience des habitants se soit améliorée, mais parce que la mortalité chez les nouveau-nés maintient un taux élevé.

Wu avait deux frères et deux sœurs ; aujourd’hui, il ne reste que lui. Wu et sa femme doivent s’occuper de cinq personnes âgées soit son père, ses beaux-parents (pas d’autres enfants) et l’oncle et la tante maternels de sa femme (sans enfant).

Lorsque son fils est né, toute la famille était très contente. Enfin, on avait une vie assurée selon la tradition qu’on élève des enfants comme bâton de vieillesse. « Le matin, mon fils s’amusait en compagnie de l’enfant du voisin et nous a quittés l’après-midi même », dit en pleurant la femme de Wu.

En réalité, perdre un enfant est ordinaire dans ce village. Fang Quanjun, un autre fermier, s’est marié il y a près de dix ans. Il a déjà eu neuf enfants, mais aujourd’hui, il n’en reste qu'un. Wu Sangou, 53 ans, en a eu douze en une vingtaine d’années de mariage, mais seulement deux vivent encore.

À Liping, en 2002, le nombre de nouveau-nés de Huanggang était de 23, dont 12 sont morts. La mortalité chez les nouveau-nés atteint 521,7 ‰ ; en 2003, de 32, dont 13 morts (406,3 ‰).

D’après les statistiques de Wu Chenglong, directeur du comité du village de Huanggang, entre octobre 2004 et à la fin d’avril 2005, le village a augmenté de onze nouveau-nés, dont huit sont décédés.

Bien sûr, un si haut taux de mortalité est rare en Chine. Ces cas se produisent principalement dans les régions montagneuses éloignées et pauvres. Dans la plupart des régions, surtout les villes et bourgs, la santé des nouveau-nés n’est plus un problème. Avant la fondation de la Chine nouvelle en 1949, la mortalité des nouveau-nés était de 200 ‰ dans l’ensemble du pays. Au début des années 1950, elle était de 195 ‰, supérieure à la moyenne de 180‰ des pays en développement, et à celle des pays développés, 56 ‰.

Une circulaire du ministère de la Santé publié en mai dernier dit qu’en 2003 la mortalité chez les nouveau-nés en Chine était de 25,5 ‰, soit 11,3 ‰ dans les villes et 28,7 ‰ dans les campagnes. À Beijing, elle était de 5,89‰, inférieure aux 7 ‰ des régions développées du monde pour la même période. La mortalité chez les nouveau-nés a baissé à 24,7 ‰ par rapport à 1991, soit une diminution de 50 %. En 2002, le taux était de 55 ‰ dans le monde et de 54 ‰ en Asie.

Les causes

Le manque de préparation des sages-femmes, les mauvaises conditions médicales et la superstition féodale sont les causes principales de la mortalité des nouveau-nés.

La présence de personnel médical dans les campagnes réduit la mortalité chez les nouveau-nés. Photo: Chen Ruehua

En mars 2004, le poste de protection maternelle et infantile du district de Liping a effectué une enquête sur les causes de mortalité des bébés du village de Huanggang. Les résultats montrent que les vieilles coutumes et mauvaises habitudes et le manque de nouvelle technologie des sages-femmes sont les causes principales.

Par exemple, plusieurs fermiers de Huanggang croient que la femme enceinte ne peut qu’accoucher à la maison, sinon, elle attirera le mauvais sort sur la famille. On enveloppe le nouveau-né avec le vêtement sale de l’accouchée ; étant donné que plusieurs accouchées ont peur de voir du sang, elles accouchent sur la paille ou sur des cendres végétales; comme on manque de sages-femmes professionnelles, l’infection du cordon ombilical, le blocage de la trachée et le tétanos sont fréquents. Par ailleurs, lorsque le nouveau-né est malade, plusieurs parents ne peuvent l’emmener à l’hôpital à temps et demandent à un sorcier de pratiquer des rites superstitieux. Après le décès, les parents l’emmènent à l’hôpital.

Le district de Liping est un district pauvre du pays. Une fois que les finances locales octroient 50 yuans par mois de subvention à chaque médecin du village, il ne reste rien à investir dans la santé publique. Pour réduire la mortalité chez les nouveau-nés, le gouvernement local doit s’appuyer sur l’aide du ministère de la Santé et des Fondations nationales et internationales de bien-être.

Huanggang a déjà connu les services de quatre « médecins » ayant reçu une formation à court terme. Wu Xianzhi est une femme médecin de 24 ans actuellement en fonction. Les trois autres ont quitté le village car les fermiers n’avaient pas d’argent pour payer les médicaments.

Dr Wu a six livres de comptes où elle note les dettes des fermiers depuis trois ans. Si elle peut supporter cet état de choses, c’est grâce au salaire de 700 yuans de son mari. Mais jusqu’à quand ?

Où concentrer les efforts

Le « Rapport sur le développement des enfants chinois (2004) » publié par le Conseil des affaires d’État montre qu’en 2003, la mortalité des femmes enceintes et des accouchées était 5,8 fois plus élevée dans les régions lointaines que dans les régions côtières où l’économie est développée, et pour les nouveau-nés, 4,4 fois plus haute. Selon les données du ministère de la Santé, le rapport de mortalité des femmes enceintes, des accouchées et des nouveau-nés entre les villes et les campagnes était de 2 : 4.

Là où il faut mettre l’accent, c’est sur les campagnes et les régions du centre et de l’ouest, dit Yang Qing, directeur du département de protection de la santé des femmes et des nouveau-nés du ministère de la Santé.

Pour réduire la mortalité infantile, le gouvernement chinois doit attacher de l’importance aux familles pauvres de la campagne et aux personnes mobiles de la ville. Il faut aussi inculquer à ces personnes des connaissances fondamentales et leur fournir des services sanitaires, dit Chen Xuefeng, fonctionnaire de l’UNICEF.

Mesures

Pour protéger la santé des femmes et des enfants de la campagne et des régions de l’ouest, le ministère de la Santé a démarré un projet spécial : chaque année, les finances centrales et régionales octroient à part égale 260 millions de yuans à la protection de la santé des femmes et des enfants, à l’équipement du poste médical cantonal, à la formation professionnelle et technique des personnes concernées, à l’hospitalisation des accouchées et à l’établissement de fonds spéciaux destinés aux femmes enceintes et accouchées pauvres. Ce projet couvre 1 000 districts de 23 provinces, régions et municipalités, et le nombre de bénéficiaires atteint 300 millions.

Pour protéger la santé des femmes et des enfants de la campagne et des régions de l'ouest, les finances centrales et les finances régionales octroient respectivement 130 millions de yuans. Photo: Sha Dati

En mai dernier, le ministère de la Santé, le ministère de l’Éducation, le groupe de travail pour les enfants et les femmes du Conseil des affaires d’État et l’UNICEF ont démarré conjointement un projet de développement avancé de l’enfant selon lequel on établira par coopération intersectorielle et regroupement des ressources un réseau de services relatifs au développement avancé des enfants d’âge préscolaire.

Ce projet durera de deux à trois ans et se développera dans les neuf districts désignés comme banc d’essai de trois provinces et une région autonome pauvres soit le Jiangxi, le Guizhou, le Gansu et le Guangxi. Chen Xuefeng, fonctionnaire du projet de développement de l’éducation et de l’enfant relevant de l’UNICEF, a dit que fournir la protection de la santé aux femmes enceintes et accouchées est la première tâche importante du projet. Au cours du premier mois suivant l’accouchement, la mère peut bénéficier de conseils médicaux.

Ce projet pourra se généraliser dans l’ensemble du pays. Il a reçu 900 000 USD d’assistance de la General Electric Company des États-Unis, dit Chen Xuefeng.

Depuis 1999, chaque femme enceinte des régions agricoles et pastorales de la région autonome du Tibet qui accouche à l'hôpital reçoit une subvention de vingt yuans, et le mari qui envoie sa femme à l'hôpital, dix yuans. Depuis 2002, les hôpitaux locaux offrent à chaque nouveau-né un ensemble vestimentaire. Depuis cinq ans, la subvention a dépassé 600 000 yuans, et le nombre de vêtements distribués a franchi le cap des 8 000. Par ailleurs, chaque district a réduit ou aboli les frais des accouchées à l’hôpital ou haussé le pourcentage de remboursement, ce qui a encouragé les femmes des régions rurales à accoucher dans des conditions sanitaires. En même temps, le district a intensifié la formation technique et professionnelle des sages-femmes.

Par ces mesures, la mortalité chez les nouveau-nés de la région autonome du Tibet a considérablement baissé, soit de 430 ‰ au début des années 1980 à 26,19 ‰ maintenant, un record historique.

Grâce au développement économique, la Chine compte des ressources abondantes. Il s’agit maintenant de les utiliser efficacement pour réduire la mortalité infantile.

Mortalité des nouveau-nés dans les villes et les campagnes

Mortalité
Unité : ‰
 
1991
1992
1993
1994
1995
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
Pays
50,2
46,7
43,6
39,9
36,4
33,1
33,2
33,3
32,2
30,0
29,2
25,5
villes
17,3
18,4
15,9
15,5
14,2
13,1
13,5
11,9
11,8
13,6
12,2
11,3
campagnes
58,0
53,2
50,0
45,6
41,6
37,7
37,7
38,2
37,0
33,8
33,1
28,7

Les données proviennent du « Rapport national (2001) sur le développement des enfants dans les années 1990 », de la Commission des femmes et des enfants du Conseil des affaires d’État, des rapports annuels 2002 et 2003 du Bureau national des statistiques.

Mortalité des nouveau-nés en Chine en comparaison avec le monde

Mortalité
Unité :‰
Année
1980
1990
1995
1996
1997
1998
Monde
79,7

60,5

0
0
55,2
54,5
Chine
42,0
32,9
0
0
32,0
31,1
Inde
114,8
80,0
74,0
72,0
71,0
69,8
Japon
7,5
4,6
4,3
3,8
3,7
3,7
Corée du Sud
25,8
12,2
0
0
9,0
8,7
Canada
10,4
6,8
6,1
5,4
5,3
5,2
États-Unis
12,6
9,4
7,5
7,3
7,1
7,0
Brésil
70,0
47,8
0
0
34,0
33,1
France
10,0
7,3
4,9
4,8
4,8
4,8
Allemagne
12,4
7,0
5,3
5,0
4,9
4,9
Russie
22,1
17,4
18,1
17,4
17,2
16,5
Grande-Bretagne
12,1
7,9
6,2
6,1
5,9
5,8

Note : Données statistiques de la Banque mondiale. Sources des données : « Guide du développement mondial » de la Banque mondiale 2000.


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.