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Sonder l’opinion publique
Yan Wei
Wang Hong, qui travaille pour une entreprise étrangère
dans la capitale, prend un air sérieux quand on lui présente
un questionnaire sur l’emploi de l’anglais dans son travail
quotidien. « Je crois que c’est significatif », dit-il
avant de fouiller le questionnaire du Centre national de recherche sur
l’enseignement des langues étrangères. En dix minutes,
il a complété le sondage de quatre pages en anglais, en
accordant une note de un à cinq à chaque question.
« J’ai déjà participé à
certains sondages et l’expérience m’a plu, dit Wang.
C’est une occasion d’exprimer mes idées publiquement.
Même le point de vue des petites pommes de terre comme moi peut
apporter des changements radicaux, vous savez ! »
Wang n’est pas le seul. Aujourd’hui, de plus en
plus de Chinois sont interrogés sur une vaste gamme de sujets.
On attend des sondages qu’ils jouent un plus grand rôle dans
la formation de la société chinoise en évolution.
Épanouissement des agences de sondage
Jusqu’au milieu des années 1980, les agences
de sondages sociaux étaient presque inexistantes en Chine. L’information
du gouvernement reposait seulement sur un système de rapport de
bas en haut. Alors, le gouvernement a commencé à mener des
sondages d’opinion à travers ses réseaux de statistiques.
Une poignée d’institutions semi-officielles ont été
mises sur pied.
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Un résidant de Shanghai répond à
un sondage. Photo: Zhang Yaozhi
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Au début des années 1990, quand on a donné
le feu vert au marché indépendant de recherches et enquêtes
sociales, les institutions ont poussé comme des champignons. Leurs
enquêtes couvraient tous les aspects de la vie. Non seulement leurs
résultats étaient-ils publiés par les médias,
mais le gouvernement a recourir aux agences indépendantes pour
des recherches ou des évaluations de projets.
Le groupe Horizon de Beijing, fondé en 1992, est parmi
les entreprises de sondage au sommet de l’échelle en Chine.
Outre le marché commercial, la compagnie s’occupe de questions
sociales depuis son établissement. Selon Yuan Yue, son président,
Horizon sonde l’opinion sur le sens public de la sécurité,
l’influence de l’inflation sur la population, la croissance
des entreprises privées, les conditions de vie des travailleurs
ruraux migrants et l’évaluation des investisseurs étrangers
dans diverses villes. Selon Yuan, Horizon a renforcé son image
en investissant le peu de capitaux qu’elle possédait dans
ces investigations sociales.
Maintenant, sonder l’opinion publique et analyser les
mesures demeurent un secteur important des affaires de Horizon. Parmi
ses clients se trouvent le Bureau national des statistiques (BNS), des
départements relevant du gouvernement municipal de Beijing, la
Fondation Ford et le Fonds des Nations unies pour l’enfance. Toutefois,
Yuan admet que les compagnies de sondage chinoises sont encore au stade
de balbutiement tout au plus.
Dai Xinmin, à la tête de l’Institut de
sondage du Centre-Sud à Wuhan, dans la province du Hubei, estime
qu’il existe environ 2 000 agences du genre en Chine mais que la
plupart sont engagées dans la recherche commerciale seulement.
« La différence essentielle entre l’enquête commerciale
et l’enquête sociale est de savoir qui paie la facture »,
dit Dai. Selon lui, la première est financée par des organisations
qui ont besoin de sondages pour orienter leurs opérations. Toutefois,
quand elles sondent l’opinion publique, les institutions d’enquête
ne réalisent presque jamais de profits.
Reconnaissant le grand écart dans le domaine entre
la Chine et les pays développés, Li Dongmin, directeur de
l’Institut de sondages sociaux de Chine, établi à
Beijing, était optimiste. Il a expliqué que le secteur a
pris un bon virage et que l’environnement social devient de plus
en plus favorable à son développement.
Sondages officiels
Le financement peut constituer une pierre d’achoppement
pour les agences non gouvernementales de sondage, mais il n’est
pas un problème pour les centres de sondages naissants financés
par le gouvernement. L’hebdomadaire Oriental Outlook a
cité Wu Shihui, directeur adjoint du Centre de services d’information
statistique de Chine relevant du BNS : « Actuellement, deux provinces
sur trois ont établi ou se préparent à établir
des centres de sondage. » Il a ajouté que depuis 2003, le
BNS avait demandé à maintes reprises aux provinces d’établir
de tels centres. Vu que le PIB par habitant en Chine a dépassé
1 000 dollars, montant considéré comme le seuil de la polarisation
sociale, Wu pense que l’établissement d’institutions
de sondage pose le fondement pour construire une société
harmonieuse.
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L'agence de sondage du Hunan financée par l'État
dirige les opinions de la population vers le gouvernement. Photo:
Chen Jingzhi
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Le Bureau provincial des statistiques du Hunan a établi
un centre en décembre dernier. Il a connu le succès dès
cette année durant les sessions de l’Assemblée populaire
provinciale du Hunan et du Comité provincial du Hunan de la CCPPC.
Le centre a mené cinq sondages sur l’éducation de
base, le revenu des fermiers, le taux d’emploi urbain, le sens de
la sécurité des habitants et la popularité des deux
réunions au sein du public avant ces très importantes rencontres
de la province. « Le gouvernement attache beaucoup d’importance
aux résultats de nos sondages », dit Liang Naiwen, directeur
adjoint du centre. Pendant les deux réunions, nous avons publié
les résultats. Plusieurs participants aux réunions venaient
de temps à autre nous demander des renseignements. »
Contrairement aux compagnies de sondage, le centre ne mène
pas de sondages commerciaux lucratifs. Il est financé surtout par
le gouvernement. « Le financement est hors de question »,
dit Ma Yong, directeur du Bureau provincial des statistiques du Hunan.
« Le gouvernement fournit un appui financier en autant que l’on
fasse un travail pratique. Un gouvernement propre n’est aucunement
un gouvernement à rabais. »
Selon Yu Guoming, directeur de l’Institut d’opinion
publique de l’université Renmin, les efforts du gouvernement
pour établir des institutions de sondage montre son désir
de tenir compte de l’opinion publique, ce qui marque un progrès
social. Il croit que l’évaluation de la performance effectuée
par les institutions de sondage financées par le gouvernement n’a
pas pour but de louanger le gouvernement ni de faire sa publicité,
mais devrait servir à son évaluation interne et à
sa prise de décision afin d’améliorer son efficacité.
Tenant compte de cela, Yu a conclu que les sondages d’opinion effectués
par des institutions financées par le gouvernement peuvent être
fiables.
L’harmonie sociale en jeu
Récemment, de plus en plus de gens comme Wang Hong
ont décidé de parler. Li Dongmin a dit à Beijing
Information que plus de 90 % des personnes interrogées collaborent.
« Elles croient que nos sondages vont dans le sens de leurs intérêts
et aspirations », a-t-il indiqué.
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On demande aux habitants de Nanjing de dire ce qu'ils
pensent de la planification de leur ville. Photo: Sun Can
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Sociologue, Li voit avec perspicacité la société
chinoise en évolution. Sous l’économie planifiée
avant les réformes économiques de la fin des années
1970, la Chine était, selon Li, une société homogène.
« À cette époque, tout le monde s’habillait
de la même manière, avait les mêmes pensées
et rêvait de gagner la même somme d’argent. »
Aujourd’hui, toutefois, alors que la stratification
sociale s’approfondit, les Chinois deviennent différents
dans leur possession de ressources et leur statut socioéconomique.
« La disparité d’intérêts peut mener à
des conflits, dit Li, donc le gouvernement est devenu très conscient
de l’importance d’étudier les opinions des divers groupes
sociaux pour assurer la stabilité sociale et créer l’harmonie.
»
Le Pr Jin Ganlin de l’Institut de journalisme de Shanghai
relevant de l’université Fudan partage ce point de vue. «
Sonder l’opinion fait partie de l’écoute des voix de
la population et de la construction d’une société
harmonieuse », dit-il.
Jin a indiqué que depuis le début de la réforme
et de l’ouverture à la fin des années 1970, la société
chinoise a fonctionné d’une façon plus compliquée.
Le public sollicite un accès plus facile aux dirigeants du gouvernement.
Dans ce sens, l’apparition d’institutions de sondages sociaux
est très encourageante, dit Jin.
Réglementer les sondages
La Loi sur les statistiques adoptée en 1983 a été
révisée en 1996. En 1999, la division de l’Administration
des sondages non gouvernementaux et liés à l’étranger
était établie sous la gouverne du Bureau national des statistiques.
Les sondages relatifs à l’étranger sont réglementés
dans le but de sauvegarder la sécurité nationale et les
intérêts du peuple. Cependant les lois et règlements
n’entravent pas la liberté d’en effectuer.
La division souscrit à ces principes : examen et approbation
en accord avec les lois, sauvegarde de la sécurité nationale
et promotion de la réforme et de l’ouverture, standardisation
des sondages tout en poussant leur développement, et service aux
institutions de sondage.
À l’heure actuelle, la division a autorisé
259 institutions à mener des sondages relatifs à l’étranger,
parmi lesquelles se trouvent vingt-deux coentreprises sino-étrangères
et sept coentreprises entre la partie continentale de la Chine et Taiwan,
Hongkong ou Macao.
L’an dernier, les règlements ont été
assouplis pour les recherches dans le domaine commercial qui ne requièrent
plus d’approbation, mais les procédures demeurent les mêmes
pour les enquêtes liées à l’étranger.
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