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La Chine fait-elle face à la déflation ?
- L’indice des prix à la consommation des ménages
a enregistré un recul pendant quelques mois consécutifs,
alors que l’investissement augmentait prodigieusement. Des économistes
craignent la déflation, mais certains croient que c’est un
retour rationnel du développement rapide de l’économie
chinoise.
Lan Xinzhen
De janvier à mars 2005, l’augmentation de la
masse monétaire a perdu de 2,9 % par rapport à la même
période de l’année dernière, au plus bas taux
depuis 2000. Parallèlement, l’indice des prix à la
consommation des ménages (IPC) a baissé de 5,3 % en août
2004 à 1,6 % en juin 2005, et l’indice des prix de fabrication
des produits industriels a monté de 5,9 % en mai dernier. Ainsi
le directeur du centre de recherche sur l’économie chinoise
relevant de l’Université de Beijing, Lin Yifu, prévoit
que du fait que l’offre dépasse la demande, l’économie
chinoise est exposée à la déflation latente. Au plus
tard, selon lui, cette tendance deviendra évidente de jour en jour
au quatrième trimestre.
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Campagne de promotion de Coca Cola à Beijing.
Photo: Xing Guangli
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Sauf erreur, ce sera la deuxième fois que la Chine
affronte la déflation. La première s’est produite
entre 1998 et 2002 et elle a mené au reflux économique.
Ces deux déflations ont la même cause : à
la suite de la surchauffe de l’investissement, la capacité
de production croît brusquement et l’augmentation de la demande
retarde sur celle de l’approvisionnement, conduisant à la
baisse des prix.
En Chine, pour calculer l’indice des prix de vente au
détail, les marchandises ont été divisées
en 16 catégories, dont les combustibles, les matériaux de
construction, les produits agricoles, les bijoux en or et argent, les
publications et les boissons ont connu une augmentation de prix en 2004.
Les combustibles, les matériaux de construction et
les produits agricoles ont exercé une grande influence sur l’économie.
La hausse des prix de deux premières catégories est due
à la surchauffe de l’investissement apparue en 2003, surtout
dans les secteurs de biens fonciers, d’électricité,
d’acier et de fer, causant le manque d’énergie et l’augmentation
des besoins sur les matériaux et combustibles. Et la hausse des
prix des produits agricoles peut remonter à la réduction
de la production agricole de quelques années avant.
À l’exception de ces six catégories de
marchandises, les prix des autres dix catégories sont en baisse
depuis 1998, telles que vêtements, produits textiles, électroménagers
et télécommunications, touchant des industries de fabrication.
Au cours des six premiers mois de l’année courante,
la tendance à la baisse de ces dix catégories demeure. En
raison des mesures de macrocontrôle prises en 2004, la vitesse d’augmentation
de l’investissement dans les domaines des matériaux de construction,
des biens fonciers et de la fabrication automobile a ralenti, les prix
des matériaux de construction ont augmenté à un rythme
moins accéléré. L’année dernière,
la production agricole a augmenté de 9 %, soit 38,77 millions de
tonnes et créant un record historique, donc, les céréales
et les produits agricoles ne renchérissent pas cette année.
Au fur et à mesure que l’investissement dans
les secteurs en surchauffe est maîtrisé par les mesures de
macrocontrôle, les prix des produits impliqués arrêtent
de grimper, et ceux des autres produits qui baissaient continuellement,
maintiennent leur tendance. De là, il ressort une déflation
inévitable.
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Bâtiments marchands à Taiyuan au Shanxi.
Photo: Wang Guangzhuang
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Yuan Gangming, directeur du bureau d’études en
macroéconomie de l’Académie des sciences sociales
de Chine, expose la même opinion. Ces deux dernières années,
la hausse des prix en Chine s’appuie sur l’augmentation des
prix agricoles causée par le manque des céréales
d’une part et sur l’augmentation rapide des prix des biens
fonciers d’autre part. Sauf ces deux facteurs, l’IPC n’atteint
que 0,8 %. Et maintenant, à cause de l’approvisionnement
suffisant en céréales, leur prix a baissé, entraînant
ainsi la baisse des prix à la consommation et des produits industriels.
En même temps, sous l’influence de la politique de macrorégulation,
les biens fonciers commencent à glisser, menant à la baisse
complète des produits d’acier, même des matières
premières principales.
« Il est possible de voir apparaître un indice
de consommation négatif, dit Yuan, et l’indice négatif
signifie l’arrivée de la déflation. »
Le directeur de l’Institut de recherche sur la finance
de l’Académie des sciences sociales de Chine, Yi Xianrong,
a montré un point de vue différent : « L’économie
chinoise est en baisse régulière ».
La croissance économique en 2003 est due pour l’essentiel
à l’investissement important dirigé par les autorités
locales. En 2004, la proportion de l’investissement dans le PIB
s’est élevée à 51,3 %, même à
53 % en 2005 selon le taux de croissance montré au premier trimestre.
On doit ajuster le plus tôt possible l’effet d’investissement
suscité par les autorités, sinon il portera désormais
préjudice au développement économique sain. Grâce
à une série de politiques macrocontrôle prises par
les autorités centrales depuis 2004, l’investissement important
est empêché et l’économie se trouve dans une
période de reflux rationnel.
L’IPC a monté en 2004 sous l’influence
de la consommation des biens immobiliers. Suivant l’application
des politiques de macrocontrôle, la consommation en biens immobiliers
a baissé, menant ainsi à la baisse de l’IPC au premier
semestre de l’année courante.
Malgré la baisse de l’IPC, le montant total des
ventes au détail des biens de consommation a augmenté de
13,2 % par rapport à la même période de l’année
dernière, en réalité de 12 % déduction faite
de la hausse des prix, et 1,8 point de plus haut que le taux de croissance
de 2004. Du fait que la grande hausse des prix de l’énergie
et des matières premières ces dernières années,
on ne peut pas simplement arriver à la conclusion de la baisse
des prix par la baisse de l’IPC.
Par exemple, il y a trois ans, l’acier destiné
à la construction se vendait 2 500 yuans la tonne, au maximum 3
500 yuans en 2004, soit une augmentation de 40 % pendant trois ans. Malgré
une faible réduction ces derniers mois, le prix de l’acier
est supérieur à celui d’il y a trois ans. Donc, c’est
un résultat du macrocontrôle et de la répression de
la haute croissance de l’investissement.
Actuellement en Chine, le PIB, l’investissement dans
les biens immobiliers et l’import-export roulent toujours en haute
croissance.
L’investissement et l’exportation sont des moteurs
importants de l’entraînement de la croissance économique
chinoise. Au cours des six mois écoulés, l’investissement
dans les biens immobiliers a connu une croissance relativement régulière,
atteignant 3,29 billions de yuans, soit une hausse de 25,4 % par rapport
à la même période de l’année dernière,
et l’exportation s’est élevée de 32,7 %, causant
une balance commerciale favorable de 39,6 milliards de USD.
« Ainsi, prévoir l’arrivée de la
déflation seulement par la baisse de l’IPC est sans fondement.
Si la croissance de l’investissement dans les biens immobiliers
et de l’exportation se stabilise et si la tendance de développement
de l’économie nationale ne change pas, la déflation
n’apparaîtra pas », dit Yi.
Xia Bin, directeur de l’Institut de recherche sur la
finance affilié au Centre de recherche sur le développement
du Conseil des affaires d’État, soutient une opinion identique
: bien que l’économie chinoise montre une tendance au reflux,
il est impossible que surgisse la déflation.
La production des entreprises est un indice pour juger de
la déflation. De janvier à mars cette année, le profit
des entreprises industrielles nationales et des entreprises non gouvernementales
dont le chiffre de vente annuel dépasse 5 millions de yuans a augmenté
de 15,8 %, contre 17,2 % pendant le premier trimestre et près de
40 % de l’année dernière. Et le déficit de
ces entreprises a augmenté de 56,1 %, dont celui des entreprises
étatiques et des entreprises dont l’État est l’actionnaire
majoritaire, de 77,5 %, aboutissant à 46,5 milliards de yuans.
Le ralentissement de l’augmentation du profit et la
grande hausse de la perte des entreprises sont considérés
par certains comme le signe avant-coureur de la déflation.
« Mais cela ne montre pas l’apparition de la déflation.
Seulement quand apparaissent un bas taux de fonctionnement et une augmentation
de longue durée du taux de chômage peut-on parler d’arrivée
de la déflation », explique Xia.
Sous l’influence du marché international, les
prix des matières premières comme acier et charbon entretiennent
la hausse; pourtant la demande de production (y compris les biens fonciers)
s’affaiblit. Alors, sous la pression double comme la hausse du prix
de revient et le fléchissement de la demande intérieure,
le déficit des entreprises est un résultat inévitable,
et le recul de l’économie est causé dans une certaine
mesure par le macrocontrôle central.
Actuellement, on doit rester vigilant face aux risques issus
de l’inflation. À cause du contrôle du gouvernement,
les prix du pétrole et de l’électricité sont
plus bas, et ne reflètent pas les prix du marché. L’IPC
de 1,6 % est certainement faible, mais il est dû à la baisse
de l’indice de consommation en biens fonciers et en aliments. À
présent, en Chine, en dépit de la baisse de l’investissement
et de la consommation dans les biens fonciers, les prix de vente maintiennent
dans l’ensemble un haut niveau.
Si le macrocontrôle se relâchait, le grand investissement
se remettrait en selle, conduisant à une inflation difficile à
renverser. Par comparaison, on peut renverser la déflation dans
un court laps de temps par l’augmentation de l’investissement
financier et de l’approvisionnement en monnaie.
Y a-t-il une tendance de déflation ? Ou un retour rationnel
de l’économie ? Évidemment, il est difficile de donner
une définition précise. Pourtant, non seulement la Chine
mais aussi le monde souhaitent le développement sain et rapide
de l’économie chinoise. Le 13 juillet, le premier ministre
Wen Jiabao a réuni des économistes pour discuter de la situation
économique chinoise actuelle. On peut affirmer qu’une fois
qu’apparaîtrait une tendance défavorable au développement
économique, le gouvernement chinois réagirait rapidement.
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