L’économie chinoise face à la hausse des prix de l’énergie

— Transformer la structure, réduire la consommation et faire des économies sont trois mesures importantes pour résoudre le problème de l’énergie en Chine.

Lü Liangshan

La voiture rentrée au garage, Mei Shenghao est désormais obligé de sortir à vélo car le prix de l’essence a beaucoup augmenté et l’approvisionnement est insuffisant. « Je ne sors en voiture que pour des affaires urgentes », a-t-il dit.

Dans les campagnes du Shanxi, pays du charbon, les paysans se chauffent pourtant au petit bois. Depuis 2003, le prix du charbon a beaucoup augmenté et s’élève actuellement à quelque 300 yuans la tonne. Alors, pour les familles dont le revenu annuel est inférieur à 800 yuans, comment supporter un besoin d’une dizaine de tonnes par année ? Sans argent, on ramasse du petit bois.

Ces deux cas ne sont pas isolés. Depuis deux ans, la flambée des prix de l’énergie a eu des conséquences en Chine.

Divers secteurs ont été touchés

En 2002, le prix de l’essence sur le marché chinois n’était que de deux yuans le litre. Actuellement, il a dépassé quatre yuans. La flambée du prix de l’essence a fait augmenter le coût des énergies voisines et remplaçantes. Des secteurs comme les transports, la métallurgie, l’industrie pétrochimique, l’industrie légère, la pêche et l’agriculture ont été touchés.

Station de service à Shenyang. Le prix de l'essence vient d'être haussé. Photo: Li Gang

L’impact sur le secteur des transports est le plus sensible, selon Shan Weiguo, directeur du bureau du marché de l’hydrocarbure du Centre de recherche sur l’économie et les technologies de la CNPC (China National Petroleum Corporation).

China Southern Airlines est la deuxième plus grande compagnie d’aviation en Chine. D’après son porte-parole, Yang Defeng, la compagnie a 250 avions en service chaque jour. Parmi ses lignes aériennes, 75 % sont nationales. « À cause de l’augmentation du prix du carburant, notre bénéfice net diminuera de plus d’un milliard de yuans cette année », a-t-il confirmé.

Un analyste financier a révélé que les principales compagnies d’aviation chinoises dont China Southern et China Eastern connaîtront sûrement des déficits cette année.

Ce vent de hausse des prix balaie également les produits d'industrie chimique comme le PE, le PP et le PVC qui sont largement utilisés dans les matériaux de construction en plastique.

Cette année, au Guangdong, le prix des matières plastiques a augmenté de 66,7 % par rapport à 2003 ; celui des granules de plastique importés, de 85,7 %.

Selon les documents fournis par l’Association chinoise de l’industrie pétrochimique, les entreprises d'industrie chimique qui consomment les produits pétroliers comme matières premières ont vu leur coût de revient augmenter de beaucoup. Cependant, le prix de leurs produits n’a pas connu d’augmentation correspondante à cause de la concurrence malsaine. Sous la grande pression de gestion, certaines d’entre elles ont été obligées de réduire la production et de l’arrêter même.

En apportant plus de profits aux entreprises houillères, la hausse du prix du charbon a pourtant entraîné l’augmentation du coût de revient des entreprises métallurgiques et chimiques industrielles et la diminution de leurs profits. De janvier à août, les quelque 3 400 entreprises houillères d’échelle 5 millions, les profits et déficits s’équilibrant, ont réalisé un bénéfice total de 18,56 milliards de yuans, soit une augmentation de 10,52 milliards de yuans par rapport à la même période de l’année dernière (+130,72 %). Le taux de roulement des capitaux mobiles de ces entreprises s’est accéléré de 0,15 point par rapport à 2004. Le mouvement des fonds est devenu plus efficace. Mais les centrales thermiques et les entreprises de chauffage au charbon, avec un coût de revient fortement augmenté, fonctionnent mal et font face à une difficulté de roulement des fonds. Les profits diminuant, certaines ont même connu le déficit. Pis encore pour les entreprises métallurgiques et chimiques industrielles.

En Chine, le prix des engrais chimiques a beaucoup augmenté lui aussi, puisque l’eau, l’électricité, le charbon et le gaz deviennent de plus en plus chers et que ces derniers représentent 80 % du coût de production des engrais chimiques. À titre d’exemple, le coût de production d’une tonne d’urée a augmenté de 150 yuans.

Quant au secteur des matériaux de construction, grands consommateurs d’énergie, il n’échappe pas non plus au coup. Les cimenteries surtout, qui consomment 130 à 150 kg de charbon et 100 kWh d’électricité pour la production d’une tonne de ciment semi-fini, doivent supporter une lourde pression provenant de la hausse des prix du charbon et de l’électricité qui représentent 50 % de leur coût de production.

Dans le secteur de l’automobile du pays, la consommation se réduira maintenant que les prix des hydrocarbures augmentent et que bon nombre de clients ont abandonné leur plan d’achat de voiture.

Une éventuelle tombée de 0,5 à 1 point du PIB

D’après Feng Fei, chercheur du Centre d’études sur le développement auprès du Conseil des affaires d’État de Chine, la hausse du prix de l’énergie mènerait à la diminution de la consommation, de l’investissement et de l’exportation, et ainsi porterait atteinte à la croissance de l’économie nationale. « Si le cours de pétrole augmente de 1 % et que cela dure un an, la croissance du PIB de la Chine tombera de 0,01 point », a-t-il précisé.

Une dizaine de groupes générateurs éoliens en fonction à Baicheng au Jilin. Photo: Xinhua

Toujours d’après Feng, vu le manque de réserve stratégique et de pétrole à terme qui permettent de neutraliser la hausse du prix du baril sur le marché international, l’effet de conduction est bien saillant sur le marché national ; autrement dit, la fluctuation du prix du pétrole sur le marché international peut se refléter en un mois sur le marché national de la Chine.

Actuellement, la Chine est devenue le premier consommateur de charbon et le deuxième consommateur de pétrole et d’électricité du monde. En 2004, elle a importé plus de 120 millions de tonnes de pétrole brut. Son taux de dépendance vis-à-vis du pétrole produit à l’extérieur s’est élevé à 40 %. Ce taux maintenu, l’économie chinoise subira un impact encore plus sensible.

« Si le prix international du baril augmente d’un dollar, la Chine paiera 4,6 milliards de yuans de plus pour son importation de pétrole, qui neutraliserait 0,043 point de croissance économique du pays », a dit Kang Shaobang, professeur à l’université du Pétrole de Beijing.

Selon Zheng Jingping, fonctionnaire du Bureau national des statistiques, la hausse continue des prix des énergies fondamentales dont le pétrole et le charbon entraînera certainement la hausse des prix des produits en aval. L’indice du prix à la consommation (CPI) maintiendra un niveau assez élevé. L’inquiétude du public face à l’inflation s’avive. Selon l’estimation de l’Agence internationale de l’énergie, si le prix international du pétrole brut augmente 10 dollars et que cela dure un an, le CPI de Chine montera de 0,8 point.

D’une part, la flambée du prix de l’énergie a fait augmenter le coût de production des entreprises ; d’autre part, la concurrence acharnée empêche ces entreprises de hausser les prix de leurs produits. Alors, ce coût additionnel ne peut être rejeté aux secteurs en aval, ni aux consommateurs, ni à l’étranger. Il en résulte que les profits des entreprises diminuent et que la compétitivité des entreprises d’exportation s’affaiblit, ce qui compromet la vitalité économique de la société.

En résumé, ces trois experts sont d’accord pour dire que la croissance économique de la Chine ralentira de 0,5 à 1 point si le prix de l’énergie demeure au niveau actuel.

Le prix de l’énergie ne baissera pas prochainement

Le prix de l’énergie ne connaîtra pas de grande baisse en année. Cette vision est universellement partagée par les économistes chinois.

Les vendeurs d'automobiles attendent des clients. Photo: Wang Jianhua

Depuis 2005, le prix international du pétrole n’a jamais connu de vraie chute. Le prix du baril sur le pétrole WTI à New York était de 42 dollars au début de l’année et a dépassé 55 dollars vers les mois de mars et d’avril, battant ainsi le record de 2004. En août, il a atteint en moyenne 54 dollars, soit une hausse de 40 % par rapport à la même période de 2004.

Selon les statistiques mensuelles de l’Agence internationale de l’énergie, en 2005, la consommation quotidienne mondiale de pétrole brut est de 83,7 millions de barils, soit une augmentation de 1,6 million (+2 %) par rapport à l’année dernière. De ce chiffre, la consommation de la Chine a augmenté de 320 000 barils (+4,9 %), celle des États-Unis, de 200 000 barils (+1 %). August 2005 Monthly Energy Review publié par l’EIA (Administration de l’Information sur l’énergie des États-Unis) estime que la production quotidienne mondiale de pétrole brut est de 84,6 millions de barils en 2005 (+1,9 % qu’en 2004), et que celle de l’OPEC s’est élevée de 3,3 %. Normalement, la capacité de production mondiale en surplus doit demeurer entre 5 et 6 millions de barils par jour. Mais en fait, elle n’est que de 90 000 à 1,4 million de barils par jour à l’heure actuelle.

Prochainement, le rapport offre/demande mondial de pétrole demeurerait encore tendu. Le cours international ne sera pas en baisse importante, ni le cours national en Chine.

Quant au charbon, énergie principale de la Chine, son prix a connu une hausse continue ces deux dernières années. Malgré une baisse faible en août, il demeure quand même à un niveau assez haut par rapport à 2003.

Ces derniers mois, la province du Shanxi, grand producteur de charbon du pays, procède à la remise en ordre de ses mines tout en fermant les entreprises qui ne répondent pas aux normes de sécurité. De ce fait, la production globale de charbon en Chine diminuera d’ici un ou deux mois.

Hélas, d’ici deux mois, ce sera l’hiver. La consommation de charbon atteindra le sommet vu les besoins de chauffage des habitants et le besoin de réserve des centrales. Il en résultera que la contradiction entre l’offre et la demande s’aggravera et que le prix du charbon s’élèvera encore.

Les contre-mesures à prendre

Depuis le 1er septembre, le gouvernement chinois a suspendu le remboursement de taxe sur l’exportation de l’essence et du naphte (matière première de l’éthylène, de l’essence sans plombe et du carburant d’avion), afin de soulager le manque d’essence sur le marché national causé par la hausse des prix.

Le 15 septembre, SINOPEC a révélé qu’elle réduira l’approvisionnement de naphte aux clients en aval afin de produire davantage d’essence pour le marché national.

En même temps que les entreprises augmentent leur production d’essence, la Commission d’État pour le développement et la réforme entreprend des mesures politiques. Selon Zhang Guobao, directeur adjoint de ladite commission, on songe à lever la restriction sur les voitures de faible cylindrage, et la politique concernée sera élaborée en 2006. Actuellement, dans plusieurs villes de Chine, les voitures avec un moteur de 1,0 litre et moins sont interdites sur les grandes artères, ce qui augmente la demande d’essence et encourage le gaspillage d’énergie.

Selon Zhang Peng, directeur adjoint du Bureau national des statistiques, face à la hausse du prix et la demande d’énergie, la Chine doit mettre en priorité la restructuration de son économie, le changement du mode de croissance, la réduction de la consommation de pétrole et l’économie d’énergie. En même temps, il faut accélérer la mise sur pied d’un système de réserve nationale stratégique et exploiter de nouvelles énergies et les énergies recyclables.

« Notre tâche pressante consiste à exploiter les énergies qui peuvent remplacer le pétrole, et à faire jouer leur rôle dans l’économie nationale aux énergies nucléaire, solaire, géothermique et éolienne », a dit Zhang Peng.

Dans la structure énergique de Chine en 2004, le charbon est le premier qui représente 65 % de la consommation, le pétrole et le gaz naturel, le deuxième, 30 % environ ; les énergies solaire et éolienne, le méthane, et les énergies recyclables ne représentent que 0,2 %.

« La réserve nationale stratégique de pétrole est un moyen de répondre à la flambée des prix de l’énergie. Une telle réserve a été déjà mise sur plan en Chine. Des installations concernées sont en train d’être construites », a ajouté Zhang Guobao.


 
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