Plus de réformes pour plus d’équité

— Construire une société harmonieuse était une des priorités de la 5e session plénière du XVIe Comité central du Parti communiste chinois (PCC), et la Chine lancera de nouvelles réformes d’envergure pour y parvenir.

Ni Yanshuo

L’élargissement rapide de l’écart de revenu en Chine suscite beaucoup d’inquiétude. Selon des économistes, le pays est à une étape de développement qui laisse derrière plusieurs citoyens, ce qui engendre un malaise social.

C’est dans cette situation que la 5e session plénière du XVIe Comité central du PCC s’est tenue à Beijing du 8 au 10 octobre, afin d’examiner et approuver des propositions en vue de formuler le XIe Programme quinquennal pour l’économie nationale et le développement social (2006-10).

Des écolières du Guangxi doivent se prêter à de lourdes tâches domestiques pendant les vacances pour aider leurs familles. Photo: Liu Guangming

À la réunion ont participé 191 membres et 150 membres suppléants du Comité central (CC) du PCC, sous la présidence du Bureau politique.

Hu Jintao, secrétaire général du CC du PCC et président du pays, a livré un rapport de travail au nom du Bureau politique, tandis que le premier ministre Wen Jiabao a expliqué les propositions à l’étude. Le nouveau plan quinquennal établi par la session apportera des changements révolutionnaires, pensent les analystes.

La Chine fait face à un sérieux défi pour sortir de la pauvreté ses 26 millions de citoyens ruraux démunis. Photo: Liang Qiang

Le concept de « développement scientifique » mis de l’avant par le président Hu est inclus dans ce plan. Les observateurs soulignent que Beijing demande aussi la construction d’une société qui améliorera la vie de millions de fermiers et de foyers urbains pauvres actuellement laissés pour compte dans l’élan économique, et ainsi cause de malaise social.

Comme le premier plan quinquennal à parler de concept de développement scientifique a été proposé par le présent gouvernement en 2003, le XIe Plan quinquennal constitue un point tournant, selon les analystes.

Pour discuter des points majeurs du plan, le Bureau politique a tenu deux réunions en juillet et en septembre. On a décidé que le nouveau plan devra favoriser les services sociaux et aider à établir une « société harmonieuse » selon le concept de développement scientifique.

Le récent plénum du CC du PCC est crucial, car la Chine tente de réduire la division riche-pauvre et ville-campagne, a dit Tang Min, chef économiste du Bureau chinois de la Banque de développement asiatique (BDA), cité par Xinhua.

Le concept de développement scientifique sera la théorie guide de la construction d’une société harmonieuse, a dit Yan Shuhan, professeur à l’École centrale du PCC. « Le plan vise à faciliter un développement soutenu, sain, coordonné et rapide. »

Le Renmin Ribao (Quotidien du peuple), organe du CC du PCC, indiquait récemment que si le niveau de vie s’est amélioré dans la société chinoise, y compris pour les fermiers, l’écart de revenu s’est accru depuis deux ans et requiert des « ajustements macroéconomiques ».

Nouveau départ

« On peut voir le nouveau plan quinquennal comme un point tournant de l’économie chinoise ou comme un nouveau départ », a dit Ye Duchu, professeur à l’École centrale du PCC. La Chine, a-t-il insisté, devrait rejeter complètement sa rigide économie planifiée et le mode de développement social correspondant.

Selon les observateurs, le principe de « laisser une partie du peuple s’enrichir d’abord » proposé par le dirigeant chinois Deng Xiaoping en 1978 a guidé le développement économique pendant 27 ans. Il sera remplacé par le thème de la prospérité commune pendant le XIe Plan quinquennal, renversant la tendance sociale.

Des travailleurs migrants à Tianjin fiers de leur "carte de salaire" nouvellement acquise. Xinhua

Le PIB par personne en Chine a dépassé 1 000 dollars l’an dernier et devrait atteindre 3 000 dollars en 2020. C’est une étape importante, et il est essentiel d’éviter la polarisation riche-pauvre, l’augmentation du chômage, l’élargissement de l’écart entre les régions et entre les zones urbaines et rurales, et l’aggravation des contradictions sociales. Sinon, disent les économistes, la Chine fera face à une perte de vitesse du développement économique et à l’agitation sociale.

On estime que le PIB par habitant de la province la plus riche de l’est du pays est plus de dix fois supérieur à celui de la plus pauvre province de l’ouest. La propriété globale des 10 % de familles au plus bas revenu représente seulement 2 % de la richesse nationale, tandis que les avoirs des 10 % de foyers au plus haut revenu en représentent plus de 40 %. Les revenus urbains seraient de cinq ou six fois plus élevés que les revenus ruraux.

« Le but de prospérité commune peut être atteint. C’est aussi le principe et la théorie de base du socialisme », a dit Hu Angang, directeur du Centre d’études chinoises de l’université Qinghua.

Hu avance que s’enrichir ensemble ne signifie pas nécessairement freiner le développement des riches des régions développées. « Le problème fondamental est de donner à 1,3 milliard de personnes l’occasion de participer en commun au développement, de hausser ensemble leurs aptitudes et de partager les fruits du développement. C’est la garantie de la stabilité et de la sécurité à long terme en Chine. »

Accent sur l’équité

 

Vivre en harmonie: Les habitants d'une résidence à Beijing célèbrent ensemble la Fête nationale. Photo: Zhang Xu

Le gouvernement chinois a récemment pris des mesures pour rétrécir l’écart entre les riches et les pauvres.

Le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale a proposé le mois dernier d’élever le seuil du revenu personnel imposable de 800 yuans (98,64 USD) à 1 500 yuans (184,96 USD). Le gouvernement songe aussi à une taxe sur la consommation et sur l’héritage. D’autres mesures concernent l’aide aux pauvres et aux chômeurs.

Un rapport publié conjointement par les Nations unies et la Banque mondiale parle du « modèle » chinois de l’éradication de la pauvreté. Depuis l’application de la réforme et de l’ouverture, le PIB par personne de la Chine a quintuplé. Le pays a connu une réduction moyenne de ses pauvres de 1,5 million par année entre 2001 et 2004.

Le Pr Xu Jianguang de l’université Renmin observe que l’accent mis sur l’efficacité dans le passé a tracé la voie à un nouvel accent sur l’efficacité et l’équité, ou même sur l’équité en premier lieu.

La poursuite implacable de la croissance du PIB a conduit à la frénésie de l’investissement, à la détérioration environnementale et même à la fraude scandaleuse à certains endroits. Les grands dirigeants de la Chine ont maintes fois critiqué cette situation disant que la construction économique n’est pas seulement la haute croissance économique. Ils ont averti du risque d’engendrer une structure économique déséquilibrée et un élan insuffisant de développement.

Le but de la croissance économique du XIe Plan quinquennal se concentre donc sur l’amélioration globale de la qualité de vie. « On prévoit que la Chine cherchera sans relâche la croissance égale, équilibrée et soutenue durant les cinq prochaines années », a dit Tang de la BDA.

Davantage pour les pauvres

Le XIe Plan quinquennal mettra l’accent autant, sinon plus, sur les problèmes sociaux que sur l’économie, afin de corriger le déséquilibre et de fournir davantage d’occasions aux couches démunies et désavantagées de la société d’avancer et de prendre part aux régimes de bien-être social.

« C’est un des importants symboles d’une société harmonieuse de briser l’écart riches-pauvres et villes-campagnes et de permettre à la majorité de la population de jouir des fruits de la réforme et du développement », a dit Tang.

De 1978 à 2004, la croissance économique moyenne a été de 9,4 %, et la Chine a été la sixième plus grande économie du monde et le troisième pays commercial à la fin de l’an dernier. Toutefois, ces chiffres masquaient ces écarts importants.

Hu de l’université Qinghua a trouvé que le revenu moyen des résidants urbains était de 2,5 fois celui des résidants ruraux en 1995, mais 3,23 fois en 2003. Si l’on tient compte des transferts de paiements et des subventions aux citoyens des villes, l’écart atteint cinq fois.

En juillet cette année, plus de 26 millions de personnes dans les zones rurales vivaient dans la pauvreté absolue, bien que 27 provinces et municipalités du pays eussent aboli les impôts agricoles en 2005, ce qui voulait dire 20 milliards de yuans (2,5 milliards de USD) pour les fermiers.

L’écart villes-campagnes cause aussi une pression sur l’emploi dans les zones urbaines. Durant le Xe Quinquennat (2002-05), la croissance moyenne du PIB national a été de 8,6 %. Toutefois, l’emploi industriel ne s’est accru que de 0,7 %. En 2004, pour la première fois, le taux de croissance de l’emploi a diminué.

Lu Zhongyuan, directeur du Département de recherche sur le développement relevant du Conseil des affaires d’État, a indiqué que le gouvernement ajusterait son système de distribution du revenu national et sa structure de dépenses fiscales par des mesures macroéconomiques dans le XIe Plan quinquennal afin d’appuyer l’agriculture et de hausser la couverture des services publics pour les fermiers.

« À l’avenir, les ressources financières augmentées du gouvernement couleront surtout vers les régions rurales, l’agriculture et les fermiers (les trois nong). Toutefois, l’augmentation sera beaucoup plus élevée que l’augmentation du revenu fiscal régulier », a-t-il ajouté.


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.