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Redistribuer la richesse au moyen de l’impôt sur
le revenu
Imposer davantage les riches est une façon de réajuster
le revenu individuel et de rétrécir l’écart
entre riches et pauvres
Lan Xinzhen
Le 27 septembre est entré dans l’histoire; ce
jour-là, la Commission des lois et la Commission des finances et
de l'économie de l’Assemblée populaire nationale (APN)
et le Comité permanent de l’APN ont tenu une audience publique
sur l’amendement à la Loi sur l’impôt sur le
revenu des particuliers.
À la fin de juillet dernier, une réunion du
Conseil des affaires d’État présidée par le
premier ministre Wen Jiabao a discuté et approuvé l’amendement
à la Loi sur l’impôt sur le revenu des particuliers.
Depuis son entrée en vigueur dans les années 1980, cette
loi a joué un rôle important en ajustant la distribution
de l’impôt et en réglant l’impôt sur le
revenu des particuliers. Toutefois, avec le développement de l’économie
chinoise et du niveau de vie toujours croissant des citoyens, certaines
parties de la loi sont dépassées et requéraient une
révision.
C’est la troisième fois que la loi est amendée.
Le 23 août, l’APN, organe suprême de la législature
de la Chine, a examiné pour un premier tour le projet de révision
soumis par le ministre des Finances. Le projet a attiré l’attention
publique car il implique la hausse du seuil de revenu personnel imposable.
Pourquoi une révision?
Le peuple demandait depuis longtemps cette révision.
Yang Zhigang, professeur à l’Académie des sciences
sociales de Chine, attribue l’amendement à la contradiction
entre la loi actuelle et le but initial de la législation.
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Une résidante de Shanghai compte son salaire
après impôt. Newsphoto
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À la fin des années 1970, la Chine entreprit
la réforme et l’ouverture, introduisant l’idée
de laisser une partie du peuple s’enrichir d’abord. Afin d’ajuster
la répartition de la richesse sociale et de rétrécir
l’écart entre les riches et les pauvres, le gouvernement
chinois a imposé le revenu personnel des premiers groupes de citoyens
enrichis selon l’usage international. L’argent était
utilisé pour le développement social et l’aide aux
pauvres.
À ce moment-là, le gouvernement a fixé
le seuil du revenu imposable à 800 yuans par mois, ce qui représentait
un haut revenu excédant de beaucoup le revenu moyen des salariés.
Toutefois, avec le rapide développement de l’économie
du pays, 800 yuans (99 USD) sont graduellement devenus un bas revenu.
En 1993, seulement 1 % de la population chinoise gagnait 800 yuans par
mois. En 2002, toutefois, le taux avait grimpé à 52%. Actuellement,
la majorité des travailleurs chinois gagnent entre 800 et 5 800
yuans (715 USD) par mois, et ils fournissent le gros des revenus de l’impôt
sur le revenu des particuliers. Ceux qui gagnent plus de 5 800 yuans représentent
2 % de la population.
Cependant, la Loi n’a pas suivi le même rythme.
Les données montrent qu’actuellement les pauvres paient plus
d’impôt que les riches. En 2004, les recettes d’impôt
sur le revenu des particuliers totalisaient 170 milliards de yuans, dont
65 % provenaient du groupe des salariés, soit environ 300 millions
de personnes. Le groupe à haut revenu, qui représente plus
de la moitié du revenu total du pays, n’avait payé
que 20 % des impôts du pays.
L’index des prix à la consommation des citoyens
chinois en 2003 s’est accru de 60 % à comparer avec 1993,
ce qui signifie que les gens devaient dépenser davantage pour la
consommation. Évidemment, un salaire mensuel de 800 yuans ne pouvait
plus couvrir les dépenses de base des citoyens et devait augmenter,
entraînant une révision nécessaire de la Loi.
Des gouvernements locaux ont déjà haussé
le seuil du revenu imposable. À Beijing, il est de 1 200 yuans,
et à Shenzhen, de 1 700 yuans.
Le Pr Mao Shoulong explique par la hausse du revenu fiscal
du gouvernement cet amendement à la Loi.
Pour certaines villes, l’impôt sur le revenu des
particuliers est la source principale du revenu d’impôt. Hausser
le seuil de perception réduira inévitablement le revenu
financier de certaines régions moins développées,
qui nécessiteront alors plus d’aide du gouvernement central.
Mao Shoulong a expliqué qu’avant 2002, l’impôt
sur le revenu des particuliers (sauf pour la taxe sur l’intérêt)
appartenait en entier au revenu financier local. Après 2002, les
gouvernements central et locaux se le partagèrent moitié-
moitié. Depuis 2004, la proportion est de 60/40 %. Le gouvernement
central a investi toute sa part d’impôt dans le développement
du centre et de l’ouest du pays, surtout pour payer des dettes dans
ces régions, verser les salaires des employés des départements
d’administration et diverses dépenses publiques, comme le
maintien d’un système de sécurité sociale significatif.
En 2004, le revenu d’impôt de la Chine totalisait
2 571,8 milliards de yuans, sans compter les droits de douane et les taxes
agricoles. Même si les recettes provenant de l’impôt
sur le revenu des particuliers sont réduites, la Chine peut encore
appuyer le développement des régions pauvres du centre et
de l’ouest, ce qui permet l’amendement à la Loi sur
l’impôt sur le revenu des particuliers.
Les points de mire
Jin Renqing, ministre des Finances, distingue trois points
importants dans cet amendement.
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Li Keqing, d'une entreprise de transport privée,
dépose sa déclaration au bureau local de taxation.
Photo: Zhang Shenggui
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Premièrement, porter le seuil du revenu imposable de
800 à 1 500 yuans, selon le revenu moyen national.
En 2004, les dépenses pour la consommation des employés
urbains à travers le pays étaient de 1 143 yuans (141 USD)
par mois. Le minimum de 1 500 yuans reflète donc le revenu moyen
des salariés.
Le contraste dans les besoins est net. Dans les régions
développées de l’est du pays, un revenu moyen de 1
500 yuans ne couvre que les dépenses quotidiennes, et certains
divertissements occasionnels. Dans les régions moins développées,
le même revenu représente un niveau de vie très confortable
et la possibilité d’économies personnelles.
Deuxièmement, le projet d’amendement établit
que les haut salariés doivent déclarer leurs revenus aux
autorités de la taxation pour le versement de l’impôt.
Selon la Loi actuellement en vigueur, les citoyens qui manquent
à leur devoir de payer l’impôt ou paient insuffisamment
sont mis à l’amende, non poursuivis en justice.
Les lacunes du système laissent place aux échappatoires.
À présent, le groupe à haut revenu ne paie pas complètement
le montant dû. L’amendement prévoit donc des sanctions
plus sévères contre l’évasion fiscale.
Troisièmement, selon le projet d’amendement,
les employeurs et individus qui versent des salaires et des boni doivent
remplir des déclarations et conserver les documents concernant
les revenus de tous les employés. Ainsi, les autorités auront
accès à l’information détaillée concernant
les revenus, les données et la structure des contribuables et pourront
éviter l’évasion.
Répandre la richesse sociale
Shi Yaowei, directeur du Département de taxation relevant
du ministère des Finances, a indiqué que de tous les impôts,
l’impôt sur le revenu des particuliers convenait le mieux
à l’ajustement de la répartition inégale du
revenu.
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Les vedettes de la scène sont parmi les citoyens
qui doivent verser le plus d'impôt afin que la richesse
aide les moins fortunés. Photo: Wang Xiaochuan
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Au cours de la dernière décennie, l’écart
entre les riches et les pauvres s’est élargi. Actuellement,
le coefficient Gini (mesure du revenu comparatif) en Chine a atteint 0,447.
Selon les critères internationaux, quand le coefficient Gini atteint
0,4, cela signifie que l’écart d’un pays entre riches
et pauvres est extrêmement large, et que le gouvernement devrait
réduire le fardeau de l’impôt des groupes à
revenus moyen et inférieur et voir à ce que les riches paient
les impôts adéquats. Dans ces circonstances, l’impôt
sur le revenu des particuliers requiert une réforme.
Reste à savoir comme la nouvelle loi exercera une influence
sur la répartition sociale de la richesse.
Shi Yaowei dit que la Loi concernée prescrit que l’impôt
provenant des salaires, de la production et des affaires des industriels
et commerçants, et l’impôt provenant des opérations
des entreprises ou institutions doit être fixé selon un taux
progressif, ce qui signifie que plus l’on gagne, plus l’on
paie.
Pour les citoyens à haut revenu, selon Shi, le Département
de taxation devrait conserver des rapports détaillés qui
permettent de voir si les employeurs et les individus ont fait leur déclaration
aux autorités, et de contrôler efficacement les sources d’impôts.
Selon un fonctionnaire du ministère des Finances, 149,6
milliards de yuans, soit 88 % des 170 milliards de yuans prélevés
sur le revenu individuel des particuliers en 2004, seront investis dans
l’Ouest. Le principe revient à utiliser l’argent de
l’est pour développer l’ouest du pays, et réduire
l’écart économique entre les régions.
Yang Li, chercheur à l’Académie des sciences
sociales de Chine (ASSC), a expliqué que l’impôt sur
le revenu des particuliers réduit l’écart mais sans
appauvrir les riches.
« La fonction la plus importante de l’impôt
sur le revenu des particuliers consiste à utiliser les impôts
payés par les gens à revenu supérieur pour appuyer
le développement des groupes à revenus inférieurs
», dit Yang, ajoutant qu’en Chine, ce type de support est
encore loin de suffire.
Selon le Livre bleu de la société chinoise
en 2005 publié par l’ASSC, l’écart de revenu
disponible par personne entre les 10 % des familles les plus riches et
les 10 % des familles les plus pauvres des régions urbaines est
plus de huit fois plus grand. Les familles les plus riches possèdent
50 % de la richesse totale des résidants urbains, tandis que les
plus pauvres n’ont que 1 %, et 80 % des familles à revenu
moyen possèdent l’autre moitié.
« Même si la société donnait davantage
d’aide aux pauvres, ceux-ci resteraient loin derrière en
matière de revenus car leur niveau de compétence est plus
bas », dit Li.
Toutefois, Yang croit que l’impôt sur le revenu
des particuliers doit être vu comme une forme primaire de répartition
du revenu national, et qu’il est difficile de compter uniquement
sur l’impôt pour rétrécir l’écart
de richesse.
Wang Hui, professeur à l’université du
Commerce de Hangzhou, a indiqué que rétrécir l’écart
ne veut pas dire retourner à l’égalitarisme ni appauvrir
les riches. Ce qu’il faut faire, c’est encourager les pauvres
à améliorer leur sort par des moyens légaux et avec
l’aide des impôts collectés des riches.
Si la majorité de la société demeure
longtemps dans la pauvreté, le soi-disant égalitarisme ne
signifiera plus rien, dit Wang. Par conséquent, il propose l’établissement
d’un mécanisme incitatif qui soutiendra la réalisation
de l’idéal de prospérité commune. Selon le
Pr Wang, l’impôt sur le revenu des particuliers devrait d’abord
protéger les intérêts de ceux qui s’enrichissent
les premiers, et ensuite, sur cette base, rétrécir l’écart
entre riches et pauvres.
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