Patron d’un e-magasin

L’internet permet à ceux qui rêvent d’être patrons de réaliser facilement leurs aspirations.

Tan Wei

Lin Ke a ouvert un e-magasin il y a trois ans. Pourtant elle vient à peine d’obtenir son diplôme d’une université à Beijing.

Hong Qiliang, étudiant de l'Université de Shanghai, gère son e-magasin. Newsphoto

« Au début, j’ai annoncé la vente de produits de beauté sur des tableaux d’affichage à l’université. Mais plus tard, j’ai trouvé que c’était une bonne idée d’ouvrir un magasin sur l’internet. Il me suffisait d’avoir un ordinateur », dit-elle.

Pour concevoir son e-magasin, Lin a appris à utiliser le logiciel Photoshop. Elle a aussi affiché les descriptions de tous les produits de beauté sur le site de son e-magasin.

La première vente était une bouteille de crème solaire qui lui a rapporté un profit de 24 yuans. « Nous étions en été et l’acheteur était loin de chez nous. Pour la livraison, mes camarades de classe et moi avons pris plusieurs autobus », dit Lin avec excitation. « Mais plus tard, avec l’augmentation de ma clientèle, j’ai signé un contrat avec une compagnie de livraison expresse, et alors j’ai vraiment eu le sentiment d’être patronne. »

Lin a fait de la publicité sur tous les sites qu’elles connaissait. Elle a aussi répondu patiemment à toutes les questions des clients.

« L’influence de l’internet est immense ; si vous vendez un produit contrefait ou un produit de pacotille, vous risquez de perdre tous vos clients à la fois », dit Lin. Selon elle, plusieurs plates-formes de commerce en ligne évaluent la crédibilité d’un e-magasin d’après le succès des affaires. Si votre crédit est mauvais ou les plaintes trop nombreuses, votre e-magasin peut être fermé.

Vu la bonne estimation de son magasin, le nombre de clients de Lin Ke a augmenté sans cesse, et maintenant ses revenus mensuels sont supérieurs à 6 000 yuans. « Pour le moment, je ne cherche pas d’autre emploi, mais je projette d’ouvrir un autre e-magasin pour vendre des bijoux et parures. J’aime bien jouir du sentiment de patron », dit Lin.

Contrairement aux magasins « tangibles », les e-magasins n’ont pas de frais de loyer ni ne risquent d’être déplacés. Ils n’ont qu’une faible somme à verser au site et des frais minimes de logistique. C’est un commerce peu risqué et à bas coût de revient.

Avec l’augmentation des internautes, le nombre d’e-magasins est monté en flèche en Chine. On dit que www.taobao.com, le plus grand site de commerce en ligne au pays, a vu son chiffre d’affaires atteindre le milliard de yuans au premier trimestre de cette année.

Gagner sa vie dans l’internet

Chaque jour, des dizaines de milliers de nouveaux e-magasins ouvrent, et beaucoup d’autres ferment. Par exemple, l’e-magasin de Yang Yang n’a pas trouvé de clients depuis son ouverture il y a un an.

Un panneau de publicité du www.taobao.com à Nanjing. Photocome

« Mon e-magasin vend de la literie pour bébé, mais maintenant les affaires ne marchent pas. C’est principalement à cause de mon manque d’expérience du e-commerce. Au début, je ne rêvais que de devenir patron. Maintenant, il me faut apprendre comment faire du commerce et acquérir de l’expérience », dit Yang Yang.

Les experts suggèrent à ceux qui veulent ouvrir un e-magasin d’apprendre d’abord la procédure du e-commerce et, ensuite, de choisir les marchandises à vendre et faire des achats à bons prix. Il leur faut aussi entretenir leur magasin, mettre à jour constamment les marchandises et veiller au service après-vente. C’est ainsi qu’ils peuvent avoir de plus en plus de clients réguliers.

Le nom du e-magasin et les descriptions de produits devraient aussi attirer l’œil des internautes, indique Lin Ke. « Comme les clients ne peuvent toucher les marchandises à vendre en ligne, l’e-magasin doit afficher des photos claires et agréables de toutes les marchandises, accompagnées d’informations détaillées », dit Lin.

Quelles marchandises se vendent bien en ligne? Selon les experts, un patron de e-magasin devrait connaître d’abord les besoins des internautes et aussi considérer ses propres ressources, conditions et goûts. « Actuellement, les internautes se divisent en deux groupes. Le premier comprend principalement des jeunes gens, étudiants en particulier, qui jouent des jeux en ligne. L’autre est composé de cols blancs, ou quasi-cols blancs. Donc, les marchandises à la mode et uniques, telles que les parures faites à la main et les jouets DIY ou la confection de vêtements sur commande seront les meilleurs choix du e-magasin », indiquent des experts.

Bien sûr, les produits de grande dimension, de poids lourd mais à bas prix ne conviennent pas à la vente en ligne, parce que le coût de livraison est élevé.

Tao Ran, du service de marketing de www.taobao.com, dit qu’actuellement 7 millions de marchandises sont disponibles dans les 30 000 e-magasins sur son site Web. « Quant aux recettes économiques, les profits de produits numériques et produits de beauté sont légèrement plus hauts, et représentent environ 30 % de la totalité », dit-il.

Problèmes du e-magasin

Comme le commerce en ligne a fait son apparition en Chine il y a seulement trois ou quatre ans, la surveillance gouvernementale est moins efficace que pour les magasins traditionnels. Zhang Qian, une cliente, a rencontré des problèmes.

En juin dernier, Zhang a trouvé un costume à son goût sur www.taobao.com. Elle a laissé un message auquel le patron du e-magasin a répondu rapidement, disant qu’il avait le costume à la taille demandée. Donc, Zhang a payé immédiatement la marchandise en ligne.

Cependant, une semaine plus tard, quand Zhang a reçu le paquet, le costume n’était ni de la taille demandée ni ne correspondait au modèle de la photo sur le site. Elle a rappelé l’e-magasin afin de rendre la marchandise, ce qui a été refusé. Elle a alors demandé de l’aide à www.taobao.com <http://www.taobao.com>, qui lui a suggéré de résoudre le problème elle-même avec l’e-magasin ou de plainte au tribunal en cas d’échec.

Après de longues négociations avec l’e-magasin et www.taobao.com, Zhang a perdu patience et confiance. « Il n’y a pas de garantie, et les clients sont obligés d’accepter leur sort sans se plaindre quand ils font un mauvais achat », dit-elle.

Répondant aux questions de journalistes sur des problèmes du e-commerce, l’Administration nationale de l’industrie et du commerce a indiqué qu’elle n’a pas de service de surveillance du commerce internet. Le Centre de plainte et de dénonciation relevant de l’Administration municipale de l’industrie et du commerce de Beijing, pour sa part, a expliqué qu’il est responsable de régler les différends entre les consommateurs et les magasins sur la qualité de marchandises. D’après le centre, l’e-commerce est considéré comme commerce privé sur la plate-forme de l’internet, et les disputes devront être réglées à travers la consultation entre l’acheteur et le vendeur ou à travers le canal légal.

« En fait, la fraude du e-commerce peut être évitée. Il est possible que les sites commerciaux coopèrent avec des compagnies d’assurance dans la réparation de dommages ou confient la surveillance à un service intermédiaire. Par ailleurs, les consommateurs devraient élever leur sens d’autoprotection dans le commerce en ligne et les services gouvernementaux pertinents doivent pour leur part contrôler l’e-commerce », a indiqué Huang Jinghua, professeur à la Faculté de gestion économique de l’université Qinghua.

Une autre question est de savoir si les e-magasins devraient payer de l’impôt. D’après un site commercial, l’e-magasin se fait inscrire avec un compte individuel, et les autorités de la taxation n’ont aucune façon de vérifier ses affaires, parce que le mot de passe du compte n’est connu que du patron du e-magasin. Même si les autorités réussissaient à ouvrir le compte, il n’y a pas de preuves que l’argent vient du e-commerce. Par ailleurs, jusqu’à maintenant, aucune taxe n’a été réclamée.

Wang Jing, directeur du service de surveillance du commerce spécial sous l’Administration municipale de l’industrie et du commerce de Beijing, a indiqué que, vue la virtualité de la procédure du e-commerce, il n’y a pas jusqu’à présent de règlements standardisés sur le mode et la procédure de transaction en ligne. « Plus de 10 000 transactions sont accomplies en ligne tous les jours. Donc, s’il manque toujours un système de crédibilité et des règlements, les plates-formes commerciales risqueront de s’écrouler », dit Wang.

Actuellement, le gouvernement essaie d’exercer un contrôle efficace mais modéré du commerce en ligne, selon Wang. Pourtant, il ne convient pas d’exiger que les e-magasins suivent la procédure d’enregistrement commercial : d’un côté, le gouvernement ne doit pas considérer les hommes d’affaires en ligne comme autres industriels et commerçants individuels parce que la plupart n’ont pas assez de capital social. D’un autre côté, l’e-commerce de produits d’occasion favorise l’économie de ressources sociales. Donc, pour le moment, il n’est pas réaliste de forcer les propriétaires de l’e-magasin à s’inscrire.

« Tout compte fait, l’e-commerce est un nouveau mode de commerce et requiert l’attention de toutes les parties pertinentes », dit Wang Jing. Et d’ajouter : « Les services compétents doivent étudier constamment les problèmes qui paraissent au cours du développement du e-commerce. Il faut aussi perfectionner les règlements concernés pour assurer la sécurité du commerce en ligne et lui faire jouer un rôle dans la restructuration des industries traditionnelles. »

 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.