Géants locaux et puissances mondiales

Tan Wei

— Les 500 plus grandes entreprises chinoises accusent un important retard par rapport à celles de la liste « Fortune 500 » quant à l’échelle et à la compétitivité.

Le palmarès des 500 plus grandes entreprises chinoises de 2005 a été publié en août dernier à Tianjin par la FNEC (Fédération nationale des entreprises de Chine) et l’AIC (Association des industriels de Chine). SINOPEC Corp., un des plus grands producteurs du pétrole de Chine, s’est classé au premier rang avec un chiffre d’affaires de 634,2 milliards de yuans.

C’est le seul palmarès du genre en Chine qui classifie la force générale d’entreprises. Cette année, 700 entreprises ont présenté leur candidature. Le classement est basé principalement sur le chiffre d’affaires ou les revenus de ventes réalisés , tout comme celui fait pour les entreprises « Fortune 500 ».

Chen Lantong, vice-président de la FNEC, a indiqué qu’au lieu de publier une simple liste, le classement vise à fournir les données des grosses entreprises aux divers milieux de la société pour les aider à connaître et analyser l’évolution du développement de l’économie et des entreprises de la Chine.

Les données montrent que les recettes d’exploitation de la dernière compagnie de la liste sont de 4,5 milliards de yuans, soit 1,5 milliard de yuans de plus que celles de la dernière compagnie de la liste de l’année passée.

En juillet dernier, le magazine étatsunien Fortune a publié la liste des 500 plus grosses entreprises du monde pour 2005, parmi lesquelles quinze sont installées dans la partie continentale de la Chine. La rivalité pour figurer au palmarès « Fortune 500 » était très acharnée et les revenus de vente réalisés par la dernière compagnie de la liste de cette année ont atteint 12,4 milliards de USD, une augmentation de 15 % sur l’année dernière.

Un écart extrêmement grand existe donc entre les 500 plus grandes entreprises de la Chine et celles du monde.

L’écart des chiffres

Des quinze entreprises chinoises figurant au palmarès du monde, SINOPEC est au 31e rang, STATE GRID Corp. au 40e, et CNPC au 46e ; toutes les autres se trouvent après le 200e rang.

Haier, à l'exposition de produits de hautes et nouvelles technologies de Chine à Sydney en Australie, en septembre 2005. Photo Xinhua

Quant au chiffre d’affaires, les revenus totaux des 500 grandes entreprises chinoises de la liste 2005 ne représentent que 8,4 % de ceux de « Fortune 500 ».

Les études de Dong Dengxin, professeur à l’université des Science et Technologies de Wuhan, montrent que l’actif total de CITIGROUP est, à lui seul, égal à la totalité de ceux des trois grandes banques d’État : la Banque industrielle et commerciale de Chine, la Banque de Chine et la Banque de construction de Chine. Quant aux recettes d’exploitation, les revenus de CITIGROUP représentent 1,5 fois la totalité de celles des quatre premières banques d’État du pays (les trois banques susmentionnées plus la Banque d’agriculture de Chine). Les revenus annuels de SINOPEC qui figure au palmarès chinois ne sont que le quart de ceux de BP (British Petroleum) ou d’Exxon Mobil. La totalité des revenus des trois géants du pétrole de Chine, soit SINOPEC, CNPC et CNOOC, n’atteint même pas la moitié des revenus séparés de BP, Exxon Mobil ou Shell.

Évidemment, par rapport aux 500 plus grandes entreprises du monde, les entreprises chinoises sont faibles tant du poins de vue des revenus, de l’actif ou des profits, que sur le plan de l’investissement dans la R&D. Les dépenses versées à la R&D par les 500 grandes entreprises chinoises représentent environ 1 % de leurs revenus, tandis qu’elles sont de l’ordre de 3 % pour les 500 grandes entreprises du monde.

Cependant, d’après Zhou Zhanhong, rédacteur en chef de la version chinoise de la Fortune, plusieurs autres compagnies chinoises telles que HAIER et SAIC pourraient figurer au palmarès des 500 grandes entreprises du monde selon le seuil et le taux de croissance de l’année dernière. Mais, à cause de la reprise économique mondiale, le seuil a été élevé à 12,4 milliards de USD et le taux de croissance de 5 % à 15 %, le plus haut des six dernières années.

Zhou a aussi indiqué que la faiblesse du dollar des États-Unis est un autre facteur défavorable dans le calcul des revenus réalisés par les compagnies chinoises. Pour la même raison, le nombre de compagnies étatsuniennes figurant au palmarès « Fortune 500 » de cette année est aussi tombé à 170, de 189 l’année dernière.

L’établissement du palmarès des 500 grandes entreprises du monde a une histoire de 30 ans. En 1989, la Banque de Chine a été la première compagnie de la partie continentale de Chine à y figurer. En 1995, trois entreprises chinoises étaient au palmarès. Zhou considère qu’à l’avenir, les entreprises chinoises figurant sur la liste seront de plus en plus nombreuses.

L’écart de la structure sectorielle

Bien que les 500 grandes entreprises ne représentent qu’une faible proportion des entreprises de la Chine, elle jouent un rôle clé dans le développement de l’économie nationale. Les revenus totaux des 500 grandes entreprises pour 2005 étaient de 11,75 billions de yuans, soit 86,04 % du PIB national. Les huit premières entreprises sont toutes des industries monopolisées. Les dix premières sont de super-grandes entreprises, telles que STATE GRID Corp., CNPC, China Mobile et la Banque industrielle et commerciale de Chine, dont les profits représentent 47,4 % de la totalité des 500 grandes entreprises.

La succursale de la Banque de Chine à Londres. Photo: Hou Shaohua

Liu Jisheng, professeur à la Faculté d’économie et de gestion de l’université Qinghua, a indiqué que la plupart des 500 grandes entreprises du monde sont des entreprises privées ou entreprises gérées par une famille et les premières sont toutes des entreprises qui opèrent dans des industries compétitives. Par exemple, Wal-Mart, la première de « Fortune 500 », est une entreprise de gestion familiale. Tandis que la majorité des 500 plus grandes entreprises de Chine sont des entreprises étatisées des industries traditionnellement monopolisées comme l’exploitation de pétrole et de gaz naturel, la production d’électricité, la télécommunication et le secteur bancaire. Ces entreprises étatisées ont une forte supériorité dans l’obtention de ressources. Leur développement continuera à dépendre de l’appui gouvernemental.

Pourtant, les entreprises privées, en faible nombre mais croissant sans cesse, montrent une forte vitalité. Sur la liste de 2005, les entreprises privées ont atteint 15,8 %. De plus, elles dépassent de beaucoup les entreprises étatisées quant aux profits, au bénéfice par personne, au taux de rotation des capitaux et aux revenus d’exploitation par personne. Cela montre que les entreprises privées ont un grand potentiel de développement.

« Tirer profit du monopole de ressources n’est pas une solution à long terme », a dit Zhang Weiying, directeur adjoint de la Faculté de gestion Guanghua de l’Université de Beijing.

Yang Du, professeur à la Faculté de commerce de l’université Renmin a indiqué que l’exploitation monopoliste pratiquée par plusieurs de ces 500 grandes entreprises nuit aux intérêts des consommateurs et empêche la concurrence nécessaire sur le marché. « Il est plus important et urgent d’améliorer leur compétitivité sur le marché international », dit-il.

L’écart de la compétitivité internationale

Selon les experts, un indice important pour juger le degré de participation d’une entreprise au marché international est la proportion de ses ventes sur les marchés d’outre-mer dans son montant global de ventes. Si cette part dépasse 30 %, a dit le professeur Dong Dengxin, l’entreprise peut être considérée comme entreprise d’un engagement relativement haut dans le marché international.

À présent, environ 64 000 entreprises transnationales et leurs 280 000 filiales et entreprises affiliées installées à travers le monde forment un énorme réseau de production et de vente. Ces transnationales contrôlent le tiers de production mondiale, 70 % d’investissement direct à l’étranger, 66,7 % du commerce mondial, et plus de 70 % des transferts de brevets et autres technologies.

Des 100 premières entreprises du monde, plus de la moitié voient leurs ventes sur les marchés d’outre-mer dépasser 50 % de leurs ventes globales. À la fin de 2004, Citibank, affilié au CITIGROUP, possédait 388 succursales aux États-Unis et 324 à l’étranger, le ratio de ses actifs a atteint 43:57.

Bien que certaines entreprises chinoises aient vu leurs revenus de ventes à l’étranger augmenter sans cesse ces dernières années, il reste impossible de les mettre sur le même plan que les compagnies transnationales. Prenons comme exemple la Banque de Chine dont les affaires internationales sont les plus nombreuses ; le nombre de succursales à l’intérieur du pays et à l’étranger était respectivement de 11 307 et 603 à la fin de 2004, un ratio de 95 : 5. Toujours en 2004, les revenus de ventes à l’étranger de Haier, une compagnie chinoise qui a fait des progrès tangibles sur le marché international, n’ont même pas atteint 1 milliard de USD, moins de 8 % de ses revenus de ventes globaux.

Sur le plan de l’investissement à l’étranger, en 2004, la Chine, la plus grande destination du monde de l’investissement étranger, a utilisé plus de 60 milliards de USD, tandis que les investissements effectués par les entreprises chinoises à l’étranger restent assez faibles. À la fin de 2004, le montant global n’était que de 37 milliards, soit 6,58 % du montant accumulé des investissements étrangers effectués en Chine, selon le Bureau national des statistiques.


 
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