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Le rôle de ma vie
L’acteur Pu Cunxin a changé un rôle que
bien peu voulaient en occasion de sensibiliser la population et de modifier
l’attitude des Chinois envers le sida.
Feng Jing
Les projecteurs éclairent souvent Pu Cunxin, le célèbre
acteur de la scène et de l’écran connu entre autres
pour son rôle dans le film Xizao (Shower) primé
en 1999. Pu se trouve actuellement aux États-Unis en tournée
avec le Théâtre d’art populaire de Beijing qui présente
une pièce de 1958, Salon de thé de Lao She.
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Pu Cunxin (à gauche) reçoit une reconnaissance
aux États-Unis pour son travail d'activiste dans la cause
du sida. CNSPHOTO
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C’est la première tournée de la compagnie
aux États-Unis, et Pu est applaudi par un nouveau public. Mais
il attire aussi l'attention pour le rôle joué depuis quelques
années, celui de jeter la lumière sur les coins noirs de
la société.
En 2000, le ministère de la Santé de Chine l’a
nommé porte-parole de la cause du sida. Depuis, l’acteur
a accepté ce rôle que d’autres refusaient à
cause de la disgrâce attachée au sida. Pu augmente les connaissances
du public face à un problème croissant au moyen de sa réputation
et de son influence pour susciter une meilleure attitude envers les malades
du sida et leur famille.
À la fin d’octobre, Pu a reçu une récompense
d’une organisation charitable sino-étatsunienne, récompense
destinée à ceux qui apportent une contribution significative
à la campagne chinoise contre le sida/HIV. Parmi les récipiendaires
précédents se trouvent l’ex-président des États-Unis
Bill Clinton, l’activiste de Hongkong, Chung To, qui a mis sur pied
la Fondation Chi Heng pour les orphelins du sida, et le Pr. Shao Yiming
de la plus haute organisation de recherche d’un vaccin contre le
sida.
Pendant sa tournée théâtrale, Pu s’est
ménagé du temps pour s’adresser au public à
l'université Berkeley de Californie sur les défis et réalisations
de son rôle d’éveilleur de conscience. L’événement
a été couvert par les médias de langue chinoise aux
États-Unis, et des personnages importants y ont assisté.
Au début, Pu se demandait sérieusement s’il
serait à la hauteur de sa tâche.
Un défi
Le1er novembre 2000, quand Pu a accepté la mission
confiée par le ministre de la Santé, il a déclaré
dignement: « Je me sens comme le héros qui part vaincre des
difficultés et se sacrifier pour une rude tâche. »
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Pu Cunxin lors d'une campagne antidrogue. La consommation
de drogue est une des causes majeures du sida en Chine. Photo:
Li Jindong
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Pu est aussi membre de la Conférence consultative politique
du peuple chinois. Il avoue qu’au début il ne connaissait
pas grand-chose au sida. Comme beaucoup d’autres Chinois, il voyait
le sida comme quelque chose de sinistre, même mal, et horrible.
Il a dit à Beijing Information qu’en
2000, les connaissances scientifiques établies avaient peu d’effet
sur les craintes des Chinois et sur l'ignorance concernant cette maladie.
Lui-même craignait la mauvaise influence que son nouveau rôle
pourrait exercer sur son image. « On pourrait penser que j’étais
moi-même infecté, dit-il. Le gouvernement me demandait de
faire quelque chose pour le pays. J’avais le droit de refuser. Mais
mon sens des responsabilités me disait que je devais accepter.
»
Alors il s’est mis à étudier, lire et
consulter des spécialistes pour apprendre davantage. Ainsi sa peur
a disparu.
En plus de la publicité préventive, de films
et émissions de télévision sur le thème du
sida, Pu a donné des conférences aux employés du
gouvernement et soumis des propositions à la réunion annuelle
de la CCPPC pour vulgariser les méthodes de prévention.
En mars 2001, il a suggéré que l’on installe des panneaux
publicitaires dans les rues et le métro sur la prévention
du sida/VIH et la lutte contre l’épidémie. À
la fin de l'année, Beijing et Shanghai avaient multiplié
les panneaux d’affichage, et l’image de Pu apparaissait dans
18 aéroports à travers le pays. « Par principe, si
je fais quelque chose, je le fais de mon mieux », dit l'acteur.
Le sens des responsabilités de Pu lui vient de son
éducation familiale. Il est né en 1953 dans une famille
d’artistes. Son père était acteur de directeur du
Théâtre d’art populaire de Beijing.
Comme les autres jeunes urbains qui ont vécu la Révolution
culturelle (1966-1976), Pu a travaillé dans les régions
rurales et a appris ce qu’était la vie dans de rudes conditions.
Au moment où la Chine s’est ouverte vers 1978, Pu est retourné
à la scène et a joué tout un éventail de rôles
des plus traditionnels personnages chinois à Hamlet de Shakespeare.
Mission sociale
Les gens croient en général que le ministère
de la Santé a choisi Pu pour sa sincérité. La plupart
des personnages qu’il a joués au théâtre sont
des rôles positifs. De plus, son apparence élégante
attire l’attention.
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Pu Cunxin signe le ruban rouge dans une campagne de
publicité à Beijing. Photo: Wan Yi
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Selon Pu, il existe aujourd’hui un contraste frappant
entre la reconnaissance sociale de la menace que constitue le sida/VIH
et l’expansion de la maladie dans le pays. On estime le nombre de
porteurs chinois à 840 000, dont 80 000 qui ont développé
le sida. Sur une population de 1,3 milliard, la proportion peut sembler
infime, d’où la plupart des Chinois qui n’ont jamais
eu de contact avec la maladie demeurent indifférents.
Toutefois, le virus continue de se répandre. Des experts
estiment que si l’on ne contrôle pas la situation, il y aura
10 millions de personnes atteintes de sida en 2010 au pays.
«Ma mission consiste à éveiller l’attention
du gouvernement et de toute la population face à cette menace de
mort, dit Pu. D’une part, nous devons porter plus d’attention
à la situation qui se détériore; d’autre part,
augmenter les connaissances à éviter d’être
infecté.»
Le virus de transmet surtout par les relations sexuelles non
protégées, les transfusions de sang, le partage d’aiguilles
infectées et de la mère à l’enfant. On ne peut
améliorer la protection que par l’éducation, l’information
sur les mesures préventives dont l’utilisation du condom.
En plusieurs endroits, universités ou bars, Pu a distribué
des condoms et expliqué comment les utiliser correctement. L’an
dernier, invité par le gouvernement de la Thaïlande et en
compagnie de l’actrice Jiang Wenli, il a participé à
la campagne « Ruban rouge » financée par les deux gouvernements.
Les deux acteurs ont distribué des condoms aux piétons et
aux clients des bars dans les districts de « lumière rouge
» de Bangkok.
Pu a même permis à des organisations sanitaires
de reproduire sa photo sur les emballages de condoms. Une fois, lors d’une
manifestation publique, les organisateurs lui ont remis un énorme
sac de condoms en cadeau. Il a répondu : « Je me demande
si je pourrai en utiliser autant… » Puis il les a distribués
à la foule en riant. Avec son charme personnel comme marque de
commerce, il a fait tomber le ban qui pesait sur le sujet de la sexualité
protégée.
Selon Pu, tous les niveaux de gouvernement devraient accorder
davantage d’importance à la prévention du sida/VIH.
Leur appui est essentiel. Quand Pu donne des conférences dans des
villes et provinces, il trouve réconfortant que les fonctionnaires
s’inquiètent du contrôle de la maladie et que de plus
en plus de départements gouvernementaux organisent des séances
de formation.
Visite à domicile
« Notre ennemi commun est le sida, mais pas les porteurs
ou les malades. Une personne infectée mérite autant de respect
qu’une autre », insiste Pu.
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Pu Cnxin embrasse deux sidatiques dans un hôpital
de Guiyang et tente de leur redonner confiance en la vie. Photo:
Yang Ying
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En avril, Pu a visité le Shanxi avec un groupe de reporters
de la CCTV pour filmer un documentaire sur la vie des habitants qui vivent
avec le sida. On a pointé l’objectif sur une famille de quatre
personnes, un couple et deux enfants, qui passent un mauvais moment depuis
que le père a été déclaré séropositif.
Pu a passé une journée avec eux dans la grotte
obscure qui leur sert de logement. Ils ont causé et ont préparé
des jiaozi ensemble. Au départ, Pu leur a remis des objets
d’usage courant, et des effets scolaires aux enfants, qui lui rappelaient
sa fille à Beijing. Il dit avoir ressenti combien cruelle était
la vie pour ces jeunes innocents, et a laissé à la famille
1 700 yuans et son numéro de téléphone. Il a dit
au père qu’il défraierait les études des enfants
jusqu’à l’obtention de leur diplôme. «
À ce moment-là j’ai perçu un désir de
chaleur sociale dans ses yeux », a-t-il dit aux reporters.
Le sida a déjà ravagé plusieurs familles
chinoises, surtout dans la province du Henan. Par manque de connaissances,
plusieurs ruraux atteints du sida sont rejetés par leurs voisins
et rencontrent de graves problèmes de survie.
Dans la province du Shaanxi, Pu a rencontré une famille
dont le blé a été brûlé avant la moisson
par les autres villageois par crainte de transmission du virus. La famille
crevait de faim, ne pouvant rencontrer ses engagements de livraison de
céréales à l’État et d’impôt
sur la terre.
À l’hôpital You’an de Beijing, voué
aux sidatiques, Pu a serré les mains d’une femme qui lui
a dit en pleurant qu’elle était rejetée par sa propre
famille et son village.
« Des études scientifiques prouvent que les contacts
sociaux ordinaires ne propagent pas le sida, mais l’ignorance le
fait , dit Pu. Un couteau tranchant n’est pas dangereux jusqu’à
ce qu’on l’enfile dans le corps d’un être humain.
Le virus du sida est horrible par sa haute contamination et sa mortalité
de 100 %, mais si l’on coupe les canaux de transmission, les gens
ne seront pas en danger. »
À Wenxi au Shanxi, un sidatique nommé Ji arrive
à joindre les deux bouts parce que sa femme fabrique des tigres
en tissu. Pu a été touché par la lutte que mène
le couple pour la vie et a versé 1 500 yuans pour acheter deux
gros paquets de tigres. Il les a mis dans le coffre de sa voiture et de
retour à Beijing, il fait la promotion de ces objets d’artisanat
chaque fois qu’il en a l’occasion.
Selon Pu, l’élimination de la discrimination
envers les sidatiques profitera à toute la société.
Les experts disent que parmi les 840 000 sidatiques estimés
en Chine, moins de 60 000 ont un dossier médical dans un hôpital.
Ainsi, 780 000 porteurs de VIH potentiels se promènent dans la
société, et plusieurs ne savent probablement pas qu’ils
sont infectés et pourraient facilement transmettre le virus à
d’autres.
Les séropositifs non testés et qui ne reçoivent
pas de soins médicaux craignent souvent la discrimination sociale,
dit Pu. Ils craignent de perdre leur emploi, et que leur vie quotidienne
soit perturbée. « Un environnement tolérant et amical
peut les aider à se détendre et à recevoir un traitement
», ajoute-t-il.
Il a rappelé que lors d’une visite de sidatiques
à l’hôpital, un patient a pris sa main et promis :
« Mon virus s’arrête ici et je ne le passerai à
personne d’autre. » Ces paroles responsables ont touché
Pu. « À partir de lui, je crois que notre société
sera meilleure dans l’avenir », a-t-il dit.
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