Un étudiant se livre à la récupération des rebuts

Shao Jiaxiang

Dans les villes chinoises, certaines gens vivent de la récupération d’objets de rebut. Ils récupèrent de porte en porte des objets usés comme journaux et revues, bouteilles et électroménagers qu’ils revendent ensuite à un centre de récupération. Bien que ce travail soit très utile à certaines familles, il est humble aux yeux de plusieurs.

Par contre, l’architecture est un métier enviable en Chine comme ailleurs. La célèbre université Tongji de Shanghai est le berceau des architectes. Les diplômés de cette université sont très demandés. Un détenteur de maîtrise en génie civil peut trouver facilement un emploi au salaire annuel de 100 000 yuans au moins.

Mais en mai dernier, un événement étonnant a eu lieu dans cette université. Un aspirant à la maîtrise en génie civil, Gao Zhijun, a signé un contrat avec l’université selon lequel il travaillera à la récupération d’objets de rebut pendant ses heures de loisirs.

C’est une occasion

Gao est un jeune homme franc et ouvert. « Récupérer des objets usés est peut-être une occupation méprisé, mais à mes yeux, c’est une occasion. Rien que sur le plan de la rentabilité, le revenu provenant de ce travail est beaucoup plus élevé que celui d’un col blanc. C’est un travail sans coût de revient avec un bénéfice brut dépassant 30 % », dit-il.

Sur le campus de l'université Tongji à Shanghai. Zhang Lei

Quand on lui demande si ce n’est pas gâcher ses capacités intellectuelles, il répond : « Je ne le crois pas. En réalité, la récupération des objets de rebut non seulement permet une utilisation maximale des matériaux, mais encore profite à l’environnement. Du fait que les personnes qui s’occupent des rebuts n’ont pas reçu de formation professionnelle, le développement du secteur a été freiné. Certes, cela ne signifie pas que j’encourage tous les étudiants à le faire. Mais je veux prouver qu’un étudiant a tout à fait un espace de développement dans ce domaine. Citons mon propre exemple. Puisque je suis en génie civil, je peux estimer le coût de la démolition d’une construction abandonnée et la quantité de tiges d’acier possiblement récupérées afin de calculer les profits des travaux forfaitaires. »

Si Gao connaît tellement le secteur de la récupération et s’en occupe volontiers, c’est que ses parents et beaucoup d’habitants de son village natal vivent de ce métier. Il a appris beaucoup auprès d’eux.

« La récupération des rebuts nécessite des connaissances spécialisées. Par exemple, les vieux papiers se divisent en plus de 300 catégories comme le papier à base de bois, de paille, etc. », explique Gao.

Avant de signer le contrat sur la gestion forfaitaire de la station de récupération des rebuts dans son université, Gao a mené des enquêtes minutieuses et rédigé un rapport de faisabilité. Sa demande a été approuvée par l’université.

« L’université Tongji comprend quatre zones où se trouvent 28 bâtiments résidentiels pour étudiants. Il est facile de ramasser 400 bouteilles d’eau minérale vides par jour dans un seul bâtiment. À 0,15 yuan la pièce, cette quantité me rapporte 60 yuans. Alors, quel revenu les bouteilles ramassées dans 28 bâtiments ainsi que sur le campus peuvent-elles me rapporter chaque jour ? À cela s’ajoutent les vieux livres, revues et journaux récupérés parmi les 30 000 étudiants. N’est-ce pas un revenu considérable ? », dit Wang, intelligent.

Face à un si grand marché, il a saisi l’occasion.

Donner un coup de main aux étudiants pauvres

Dans son rapport de faisabilité présenté à l’université, Gao a non seulement explicité son plan de récupération, mais encore déclaré qu’il financera ses camarades pauvres.

« D’après mes estimations, mon revenu annuel provenant de la récupération des rebuts atteindra 350 000 yuans après la déduction du loyer. L’université me propose d’offrir une assistance de 150 000 yuans à 50 étudiants pauvres avant la fin de février 2006. Selon les chiffres d’affaires actuels, je crois qu’il n’y aura pas de problème », dit-il avec conviction.

Récemment, Gao a publié son plan d’assistance selon lequel, de mai 2005 à février 2006, il offrira 3 000 yuans à chacun des 50 étudiants pauvres désignés ; avec l’augmentation des revenus, il financera 100 étudiants pour un montant global de 300 000 yuans. Cet événement a fait sensation à l’université et même dans toute la ville de Shanghai.

« J’ai l’intention d’étendre mes affaires à la ville entière après avoir accumulé de l’expérience et reçu un investissement de l’université. Si tout fonctionne bien, je compte même procéder au traitement primaire même approfondi des papiers, des articles plastiques et des appareils électroniques de rebut pour produire des matières premières industrielles et obtenir une valeur ajoutée. Cela rapportera non seulement davantage de profits, mais créera des emplois. Je crois pouvoir devenir un magnat du secteur de récupération et de recyclage des ordures ménagères à Shanghai voire dans tout le pays », révèle Gao plein d’ambition.


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.