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Où passer ses dernières années
La société chinoise est entrée dans une
période de vieillissement. Où passer ses dernières
années est devenu le casse-tête de plusieurs personnes âgées,
surtout celles qui se déplacent avec peine.
Feng Jianhua
Dai He, âgé de 77 ans, a cherché pendant
une semaine une maison de retraite à Beijing où sa femme
et lui passeraient leurs derniers jours. Dai, qui travaillait pour un
organisme d’État, a pris sa retraite il y a seize ans.
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Bavarder est souvent tout ce qui reste aux personnes
âgées. CFP
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En Chine, plusieurs personnes du troisième âge
adhèrent encore au concept traditionnel de passer leurs dernières
années en famille. Dans plusieurs villes, des gens comme Dai qui
jouissent d’une pension de retraite et ont leur propre mode de vie
ne vivent pas avec leurs enfants. Ils ne veulent pas devenir un fardeau
lorsque leur santé faiblit ; par conséquent, ils embauchent
une aide domestique ou se retirent dans un foyer pour vieillards.
Dai n’a pas trouvé la maison de retraite idéale
; soit que le prix est trop élevé, soit que les conditions
sont mauvaises.
Dai a cinq ans de plus que sa femme. Leurs enfants sont mariés
et habitent divers quartiers de la même ville. Occupés par
le travail, ils ne peuvent voir leurs parents que de temps en temps le
week-end ; les autres jours, ils communiquent par téléphone.
Dai et sa femme n’ont aucun problème matériel
; il leur arrive même d’aider leurs enfants. Mais ils craignent
de ne pouvoir se débrouiller seuls s’ils étaient atteints
de maladie grave.
Dai avait jusqu’à récemment une bonne
santé et menait une vie simple : lecture dans la matinée,
salle de récréation pour personnes âgées l’après-midi
et promenade le matin et le soir. Dai s’intéresse à
la politique, à l’actualité et à l’histoire.
Depuis sa retraite il a lu l’histoire générale de
Chine en plusieurs volumes. Chaque jour, il parcourt les journaux afin
de suivre de près le monde entier et les événements.
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Des personnes âgées dans le jardin d'une
maison de retraite de Nan'an au Fujian. Photo: Zhang Shenggui
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« Maintenant, ma vue a baissé », dit Dai.
C’est pourquoi il a décidé de trouver une maison de
retraite pour sa femme et lui. «Nous ne comptons pas sur nos enfants
pour nous soigner parce qu’ils sont pris par leur travail et leur
famille», ajoute-t-il.
Le couple n’a jamais discuté du problème
des dernières années avec ses enfants. Plusieurs Chinois
croient qu’il n’est pas bon d’aborder des sujets douloureux
avant d’y être acculés, et les membres de la famille
contournent ces questions.
Dai ne peut rester sans bouger. Quand il a visité des
maisons de retraite, il n’en a pas soufflé mot à sa
femme. Pour elle, la « famille » est la dernière destination
de la vie humaine ; on ne peut la quitter. Dai a donc mené en cachette
sa recherche, pensant persuader sa femme une fois qu’il aurait trouvé
une maison de retraite convenable.
Selon Dai, plusieurs personnes âgées qui vivent
dans des foyers pour retraités maintiennent une relation cordiale
avec leurs enfants.
Un jour d’automne, Dai se promenait comme d’habitude
dans son quartier. Sa femme jouit d’une meilleure santé que
lui, mais elle préfère rester à la maison. Par conséquent,
il se promène souvent seul. Lorsqu’il se sent fatigué,
il se repose un peu sur un banc public. Derrière lui, certains
jouent aux échecs, d’autres aux cartes. Des rires ou des
disputes éclatent souvent. Les personnes âgées se
réunissent spontanément dans les rues et ruelles.
Pour participer à cette sorte d’activité,
Dai a les yeux plus grands que la panse, parce qu’ils se déplace
lentement.
Yang Xiuchun est une Pékinoise de 86 ans. Elle habite
une maison de retraite depuis vingt ans. Après la mort de son mari,
elle se sentait isolée mais ne voulait pas vivre avec sa fille
à cause de leurs habitudes de vie différentes. Elle a demandé
à sa fille de lui trouver une maison de retraite.
Yang n’est pas alerte et n’aime pas parler de
sa vie personnelle. Elle a même refusé de se faire photographier.
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Les gens du troisième âge se divertissent
partout dans les rues et les parcs. Xinhua
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Yang se plaint un peu de la vie dans ce foyer de retraite
: la nourriture n’est pas à son goût, les installations
sont incomplètes, les employés ne sont pas aimables, etc.
Yang a la passion de la propreté et se trouve souvent en contradiction
avec les gens qui l’entourent. Mais si elle avait encore l’occasion
de choisir, Yang choisirait la maison de retraite à cause de la
liberté dont elle y jouit.
Sa fille vient la voir une ou deux fois par mois et lui apporte,
en plus de bonnes choses à manger et de vêtements, les nouvelles
des gens que Yang a connus. C’est le meilleur temps pour la vieille
dame. Si sa fille ne peut lui rendre visite, Yang se rend chez elle. Après
quelques jours chez sa fille, elle demande de son propre chef de retourner
« chez elle » à la maison de retraite.
Les foyers pour les personnes âgées en Chine
sont soit très luxueux, soit très pauvres. Une minorité
sont convenables.
En comparaison avec les personnes du troisième âge
qui peuvent se permettre de vivre dans une maison de retraite, les personnes
âgées des campagnes, qui n’ont pas de pension de retraite,
ou les gens âgés pauvres des villes constituent un problème.
Près de 70 % des personnes âgées vivent en région
rurale, et on ne prévoit pas de changement d’ici vingt ans.
Avec la réforme des entreprises d’État, le nombre
de pauvres urbains âgés continuera d’augmenter à
cause des mises à pied.
Sun Yousheng, âgé de 72 ans, habite une région
rurale pauvre du nord du pays. Il a un fils et deux filles. Son fils vit
à Beijing avec sa femme et ses enfants en tant que travailleur
migrant, mais Sun et sa femme sont restés à la maison. Lorsqu’il
était en bonne santé, Sun cultivait la terre et le couple
avait de quoi vivre. Depuis cinq ans cependant, leur santé est
devenue fragile et ils ne peuvent plus travailler.
Selon la mentalité traditionnelle, subvenir aux besoins
des parents est l’obligation des fils ; les filles appartiennent
à la famille de leur époux. Mais comme le fils de Sun ne
dispose ni de temps ni d’argent pour ses parents, il les a amenés
vivre avec lui à Beijing. Une famille de six personnes habite donc
un demi-sous-sol d’une pièce de 20 m2.
Il y a quelques années, Sun a caché à
son fils qu’il ramassait des rebuts recyclables afin de subvenir
aux dépenses familiales.
Récemment, pour alléger les charges de son fils,
Sun a commencé à vendre de petits articles au bord de la
rue, comme des chaussettes et des fausses semelles. Mais comme il ne parle
pas putonghua et que les clients ne comprennent pas son dialecte, il s’exprime
par gestes, ce qui nuit à son commerce.
Le nuit tombe, la température est de plus en plus froide.
Certains conseillent à Sun de rentrer tôt afin de rassurer
son fils. « Encore un peu. Le temps, c’est de l’argent
», dit Sun. Il se contracte à cause du froid, mais un sourire
illumine sa figure.
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