Nouvelle tendance de l’investissement étranger

L’investissement étranger se réoriente vers les régions ouest et centre et les moyennes villes de Chine et s’accroît dans les secteurs primaire et tertiaire.

Lan Xinzhen

« Allons en Chine. » Il y a quelques années, de nombreux investisseurs étrangers ont afflué en Chine surtout dans les régions côtières, et ils ont bientôt rempli leurs poches comme prévu. Aujourd’hui, ils tournent leurs regards vers les régions de l’ouest et du centre.

Une entreprise électronique sud-coréenne à Shenyang. Xinhua

Selon Ma Kai, président de la Commission nationale pour le développement et la réforme, de plus en plus d’entreprises à capitaux étrangers ont décidé de ne plus investir à Shanghai, Beijing et Guangzhou mais dans d’autres villes comme Nanjing, Wuhan, Chongqing, Ningbo, Dalian et Shenyang.

À la fin de septembre, une entreprise à capitaux sino-allemands pour un montant global d’investissement de 3 milliards de USD a été mise en service à Nanjing. La partie allemande, BASF, a déclaré que le terrain et la main-d’œuvre de Nanjing étaient moins chers qu’à Shanghai.

Dans la province du Hubei, au centre du pays, le nombre d’entreprises à investissement étranger a dépassé 10 000 dont 61 des 500 plus puissantes sociétés du monde. Au cours des neuf premiers mois de l’année, le montant des investissements étrangers contractuels dans la province a augmenté de 47,12 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Une enquête faite récemment par Goldman Sachs montre que parmi toutes les provinces chinoises, la plus attrayante pour les capitaux étrangers n’est pas le Jiangsu, le Guangdong ou Shanghai dans la région côtière de l’est, mais le Jilin, au Nord-Est.

« Le transfert de capitaux étrangers signifie en fait celui de leur chaîne industrielle », dit le professeur Lu Jinyong.

D’après lui, selon la loi du développement industriel, le transfert de la chaîne industrielle a lieu en général tous les cinq à dix ans à cause du prix de revient. Actuellement, dans la région côtière du sud-est, en plus d’une insuffisance d’électricité, la main-d’œuvre et les matières premières sont de plus en plus chers, et une pénurie de main-d’œuvre a aussi apparu au Guangdong ; le coût salarial est plus élevé de 20 à 50 % qu’à l’intérieur du pays, tandis que les villes intérieures ont amélioré leurs infrastructures grâce à l’augmentation des investissements par le gouvernement central, ce qui les rend facilement accessibles.

Une région de développement économique de Nanjing attire de nombreux demandeurs d'emploi. Photo: Xu Peng

« Toute entreprise tente d’obtenir des profits par réduction du coût de revient. Actuellement, le coût de revient dans la région côtière est évidemment plus élevé que dans les régions du centre et de l’ouest. Il est naturel que les capitaux étrangers se déplacent vers l’intérieur», indique Lu.

En plus du changement des lieux où investir, on voit aussi une nouvelle tendance dans le domaine des secteurs. Les secteurs primaire et tertiaire sont les nouveaux points chauds de l’investissement étranger.

Comme l’a dit récemment Li Zhengdong, fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, « avec l’amélioration du niveau de production agricole d’ensemble, l’utilisation des investissements étrangers directs par l’agriculture a tendance à augmenter rapidement. De 2001 à 2003, le nombre des projets agricoles utilisant des investissements directs étrangers a atteint 3 000 pour un montant contractuel de 5,7 milliards de USD, soit en moyenne 1,9 milliard par année, et soit le double des investissements étrangers utilisés pendant les vingt années précédentes », continue-t-il.

À présent, la Chine a établi des relations de coopération stables à long terme avec plus de 140 pays, organisations internationales, organisations régionales et établissements de recherche agricole du monde.

D’après Li, l’insuffisance de l’investissement est un des principaux facteurs du lent développement de l’agriculture chinoise. Comme tout le monde le sait, une série de questions telles que la solution des contradictions entre l’offre et la demande de céréales, l’entretien ou la transformation des installations hydrauliques agricoles, et le transfert du surplus de main-d’œuvre requièrent de gros investissements. Pour résoudre le problème, en plus de la mobilisation de capitaux intérieurs du pays, l’introduction de capitaux étrangers est aussi un bon choix.

« En comparaison avec les autres secteurs et les autres pays en développement, les investissements étrangers directs dans l’agriculture chinoise sont peu importants. La Chine a donc un énorme espace pour l’investissement étranger dans ce domaine », dit Li.

Nouveau supermarché Carrefour à Urmuqi au Xinjiang. Xinhua

Pourtant, certains experts s’inquiètent de la fuite des actifs immatériels comme la marque de produits agricoles, causée par l’investissement étranger.

D’après le professeur Gu Weizhi de l’Académie des sciences agricoles de Chine, des sociétés transnationales qui investissent en Chine pourraient obliger le pays à leur transférer ses marques de produits agricoles, en s’appuyant sur leurs capitaux, techniques, marques et marché, afin de développer leurs propres marques.

Le secteur des services est un autre nouveau point chaud de l’investissement étranger. De plus en plus de gros détaillants étrangers déplacent leur centre d’achat international en Chine.

Selon les statistiques du ministère du Commerce, depuis l’ouverture en 1992 du commerce chinois aux capitaux étrangers jusqu’à la fin de 2004, la Chine a approuvé l’implantation de 314 entreprises commerciales à investissement étranger pour un montant global de 5,18 milliards de USD. Ces entreprises ont ouvert en Chine 3 997 magasins d’une superficie d’exploitation totale de 9,2 millions de m². Au cours des trois premiers trimestres de 2005, la Chine a encore approuvé 554 nouvelles entreprises commerciales à investissement étranger.

Wang Zhile, directeur du centre de recherche sur les sociétés transnationales du ministère du Commerce, a indiqué que si les hommes d’affaires étrangers tournent leurs regards vers le secteur des services, c’est que l’occupation de terrain est restreinte rigoureusement et que le secteur des services demande moins de terrain que l’industrie manufacturière.

À présent, la logistique, la médecine, l’éducation et le secteur immobilier attirent également des capitaux étrangers.

Le 11 décembre 2004, la Chine a supprimé les restrictions aux entreprises commerciales à investissement étranger dans les domaines des régions, des actions et du nombre. Cette année, l’Administration nationale de l’industrie et du commerce et le ministère du Commerce ont publié conjointement les nouvelles Dispositions selon lesquelles les entreprises de publicité à capitaux étrangers pourront être créées en Chine à partir du 10 décembre 2005.

Selon Liao Xiaoqi, sous-ministre du Commerce, depuis son adhésion à l’OMC, la Chine qui remplit consciencieusement ses engagements a publié plus de 30 lois et règlements régissant l’ouverture du commerce de services et favorisent l’accès des capitaux étrangers au marché chinois entre autres dans les finances, la distribution de marchandises, la logistique, le tourisme, le bâtiment.

Selon les statistiques de la Banque mondiale, en 1999, la valeur ajoutée des services des pays développés représentait 64 % de leur PIB ; des pays à revenu moyen, 55 % ; et des pays à bas revenu, 43 %.

Actuellement, le niveau de développement des services en Chine retarde sur les pays développés. Le secteur des services chinois n’atteint même pas 40 % du PIB du pays. Quant à la structure de l’investissement étranger dans le secteur des services, le montant représente 23,6 % dans le secteur immobilier, 3,46 % dans le commerce de gros et de détail, 2,91 % dans l’industrie du bâtiment et les transports et 2,42 % dans l’entreposage et les postes et télécommunications. L’investissement étranger dans les finances, l’assurance, le commerce et les services d’information et de consultation est évidemment inférieur au niveau moyen des pays en développement.

« Les idées des Chinois quant à l’introduction de capitaux étrangers changeront plus tard », estime le professeur Lu Jinyong. Selon lui, depuis la réforme et l’ouverture, c’est principalement pour combler une insuffisance de ses fonds que la Chine introduit des capitaux étrangers. Quand sa force économique augmentera, elle réorientera progressivement son objectif vers l’introduction de technologies avancées et la solution du problème d’emploi.

Le 27 octobre dernier, Bo Xilai, ministre du Commerce, a déclaré que pendant le XIe Quinquennat (2006-2010), la Chine élaborera de nouvelles politiques visant à orienter l’investissement étranger vers les régions du centre et de l’ouest, afin de réaliser un développement équilibré et harmonieux de l’économie régionale. Elle accueillera l’investissement des sociétés transnationales dans l’exploitation des ressources, l’agriculture et le tourisme, secteurs forts de l’Ouest, ainsi que dans le domaine des hautes et nouvelles technologies, et encouragera les sociétés transnationales à collaborer dans le commerce de services avec l’Ouest, à prendre part à la réorganisation et à la transformation des entreprises d’État locales et effectuer des échanges de personnel et des échanges éducatifs avec ces régions.

« La Chine maintiendra la stabilité de la politique concernant l’investissement étranger », réaffirme Bo Xilai.


 
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