Lutte contre les espèces exotiques envahissantes

Ces dernières années, les espèces exotiques envahissantes attirent une large attention mondiale. Selon les statistiques de 2004 publiées par le ministère de l’Agriculture de Chine et illustrées par l’Union mondiale pour la nature (UICN), le pays est parmi les plus gravement touchés. On y a trouvé quelques 400 envahisseurs dont plus de 50 figurent sur la liste des 100 les plus nuisibles du monde.

Lu Ling

En septembre 2005, le Colloque de l’APEC sur la lutte contre les espèces exotiques envahissantes, organisé conjointement par le ministère de l’Agriculture de Chine et le Département d’État des États-Unis, s’est tenu à Beijing. On y a discuté des moyens de lutte. Zhu Xiuyan, économiste en chef dudit ministère, a constaté que depuis dix ans, vingt espèces ont nouvellement envahi la Chine, soit deux espèces de plus chaque années. Les onze envahisseurs les plus nuisibles causent une perte annuelle de 57 milliards de yuans.

D’après Zhu, avec l’élargissement des échanges internationaux et l’approfondissement de la mondialisation économique, l’invasion des espèces exotiques s’accentue et conduit à l’effondrement de plusieurs espèces indigènes. Cela constitue une menace pour l’écosystème, la sécurité économique et la santé humaine. La diversité biologique est détruite. L’agriculture, l’élevage, la sylviculture et la pêche subissent de considérables pertes.

Les espèces exotiques envahissantes sont transportées délibérément ou accidentellement de leur habitat naturel vers un nouveau milieu où elles se répandent rapidement. Selon les données fournies par Li Wenhua, président du Conseil de la Société chinoise de l’écologie, les espèces envahissantes causent chaque année une perte de 119,8 milliards de yuans, soit 1,36 % du PIB national.

Les espèces exotiques s’approchent tranquillement

« Que nous le sachions ou non, les espèces envahissantes ont déjà pénétré notre vie », a dit Wu Min, docteur à l’Institut de recherche sur les animaux de l’Académie des sciences de Chine.

Deux paysans du bourg de Bo'ao au Hainan se servent d'insecticide pour tuer le coléoptère de la feuille de coco.

Au sud du pays, une plante ornementale surnommée « herbe du bonheur » est populaire chez les fleuristes. Cependant, ni les vendeurs ni les clients savent que cette espèce apparemment jolie est meurtrière.

Originaire du nord-est de l’Amérique du Nord, cette plante est connue plutôt sous le nom de verge d’or du Canada. Elle a été introduite à Shanghai et à Nanjing en 1935, et a commencé à se répandre en Chine depuis les années 1980, ce qui n’a malheureusement pas éveillé la vigilance nécessaire. En automne 2004, elle s’est répandue rapidement dans l’est du pays et a envahi des champs et même des pistes d’aéroports.

« La verge d’or est vivace. Un capitule peut produire 20 000 graines qui peuvent être transportées même par le vent comme pour le pissenlit », a expliqué Chen Binghui, ingénieur supérieur au Jardin botanique de la Chine du Sud de l’Académie des sciences.

D’après lui, introduite de l’étranger, la verge d’or ne trouve pas d’ennemis naturels dans son nouvel habitat. Alors elle se reproduit rapidement et prend la place des plantes indigènes qui finissent par disparaître. Cela constitue une grande menace pour l’environnement écologique et la sécurité des espèces. À Shanghai actuellement, quelque 30 plantes indigènes ont dépéri. Des champs entiers ont été détruits.

La langouste que les Pékinois aiment bien consommer est aussi un envahisseur exotique, a dit le Dr Wu Min. D’origine mexicaine, elle s’est répandue vers l’Amérique du Nord et a constitué une menace pour la pêche et les barrages dans les Grands Lacs. Entre 1920 et 1930, cette espèce est parvenue à Nanjing via le Japon et s’est rapidement reproduite dans les provinces du Zhejiang et du Jiangsu. Les langoustes qui creusent des trous dans les barrages menacent non seulement la vie des espèces aquatiques indigènes, mais encore la sécurité des installations hydrauliques.

De plus, la tortue brésilienne considérée comme animal de compagnie, le « crofton weed » qui se répand rapidement le long des Trois Gorges, la jacinthe d’eau à la croissance folle, la petite herbe à poux qui est la cause de la fièvre des foins, ainsi que la mouche à fruits à Shenzhen sont tous des espèces envahissantes.

Législation insuffisante

Plusieurs espèces exotiques se sont enracinées en Chine depuis des dizaines d’années. La lutte contre ces envahisseurs demeure faible faute de connaissances et de mesures. La situation tend à se détériorer.

Des coléoptères menacent les feuilles de palmier. Photo: Xinhua

D’après Xie Yan, expert à l’Institut de recherche sur les animaux de l’Académie des sciences de Chine, les établissements concernés ignorent l’invasion des espèces, voire la désavouent. Un contrôle efficace fait défaut, et l'on vise plutôt les intérêts économiques.

Xie souligne qu’une formation sur l’invasion des espèces est nécessaire aux administrateurs, commerçants, fermiers et éleveurs. Il faut également avertir le public du danger éventuel des fleurs, fruits et graines étrangers qu’ils rapportent dans leurs bagages ou reçoivent par la poste.

En qualité de directeur du Centre de recherche sur les lois sur l’environnement et les ressources et services juridiques de l’université des Sciences politiques et juridiques de Chine, le Pr Wang Canfa a indiqué que la législation manque dans la lutte contre les espèces envahissantes. Puisque la loi n’a pas arrêté la responsabilité juridique et pénale, les établissements et individus font peu de cas de la déclaration des plantes et animaux à la douane. Les clauses juridiques existantes n’interdisent l’entrée que des plantes et animaux pathogènes. La quarantaine en vigueur se borne à l’examen des ravages des insectes et des herbes folles. Les mesures contre les espèces exotiques envahissantes ne sont que provisoires et faibles.

Lutte contre les espèces envahissantes

Le 4 novembre 2004 à Beijing, le ministère de l’Agriculture de Chine, l’Académie des sciences agricoles de Chine ainsi que le Centre international des sciences biologiques appliquées ont conjointement organisé le Colloque international sur la prévention et le contrôle des espèces exotiques envahissantes. Des experts de six pays dont la Chine, l’Angleterre et les États-Unis, de trois organisations internationales et de la Banque mondiale y ont participé et sont parvenus au "Cadre d’action pour la prévention et de la lutte contre les espèces exotiques envahissantes en Chine".

Cette stratégie fixe l’objectif général pour les dix ans à venir : créer et améliorer une plateforme de partage de données sur les espèces envahissantes, établir un système d’avertissement et de réaction rapide, développer les techniques d’expertise des risques et de surveillance dans les campagnes, adopter des mesures durables, éliminer efficacement l’extension et les nuisances des espèces exotiques.

Dans les villes et provinces qui subissent l’invasion d’espèces exotiques, les autorités locales ont pris des mesures pour exterminer les envahisseurs et protéger la diversité écologique. Le 30 octobre 2005, une réunion en matière de lutte contre la verge d’or du Canada à l’échelle provinciale de l’Anhui s’est tenue à Huainan. Par la suite, les participants, avec plus de 300 jeunes volontaires, sont allés éliminer cette plante qui avait déjà colonisé la centrale de Luohe. À l’instar de l’Anhui, les autres provinces au sud du pays dont Zhejiang, Jiangsu, Jiangxi et Guangdong ont élaboré des politiques pour limiter l’introduction et la vente des espèces envahissantes.

Des recherches se poursuivent pour éliminer les espèces exotiques envahissantes par des espèces indigènes. Selon le Dr Gao Xianming, chercheur assistant à l’Institut de recherche sur les plantes de l’Académie des sciences, certaines régions recourent aux espèces remplaçantes ou aux ennemis naturels introduits de l’étranger afin d’obtenir des résultats immédiats. Certes, par manque d’expérimentation nécessaire et de fondements scientifiques, cela risque de donner une chance à de nouvelles espèces envahissantes.

En fait, des espèces indigènes capables de résister aux envahisseurs exotiques ont été déjà découvertes dans les provinces du Sichuan, du Yunnan et du Guizhou. Le traitement des espèces envahissantes a ainsi pris une tournure encourageante.

« Ces espèces indigènes sont non seulement résistantes, mais encore sécurisantes », a affirmé Gao.


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.