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La liste : symbole d’impartialité ou de divertissement
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Tan Wei
Quel est le meilleur pays du monde ? Quelle entreprise est
la plus compétitive ? Qui est le plus capable de s’enrichir
? Quelle est la plus belle fille du monde ? La liste, comme miroir magique
de la légende, peut vous informer de tout.
La liste des nantis chinois dressée par Rupert Hoogewerf,
a valu une réputation mondiale à un britannique de 34 ans
basé à Shanghai et qui parle un chinois impeccable.
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En novembre 2005, Forbes a publié la liste
des milliardaires chinois 2005. Fan Luxian, directeur de l'Agence
des informations de Forbes à Shanghai, en conférence
de presse. Photo: Wang Jianhua
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Certains Chinois sont très stressés en raison
de leur inclusion sur la liste de Hoogewerf, alors que d’ autres
sont très émus pour la même raison. On conteste ou
apprécie son travail. Les uns disent que cet Anglais met les bâtons
dans les roues des milliardaires chinois, les autres rétorquent
que c’est grâce à lui que les magnats chinois sont
connus à l’étranger.
La première liste de Rupert Hoogewerf a paru en 1999
dans le magazine Forbes. Tout le monde croyait que Forbes était
qualifié pour réaliser la première liste des milliardaires
chinois en raison de sa réputation dans ce domaine. Mais Hoogewerf
a quitté Forbes par la suite, continuant à compiler avec
ses collègues une liste annuelle semblable à celle de Forbes.
Le travail du Britannique perdait de son mystère et de son autorité,
alors que l’économie chinoise devenait de plus en plus difficile
à saisir vu la multiplication des listes couvrant différents
domaines, comme les « 500 entreprises les plus puissantes »,
les « 500 universités les plus importantes », etc.
Dans les milieux musicaux du pays, plus de 2 000 listes de
diverses catégories ont été fabriquées par
la télévision, la radio et des producteurs privés
d’émissions de télévision ou de films. Chaque
année, au moins vingt remises de prix ont lieu dans diverses régions.
Depuis 1987, les listes de classification des universités publiées
par au moins 17 organismes ont déjà connu une trentaine
de versions.
Actuellement, la Chine compte presque 1 500 établissements
d’étude du marché. Bien que certains affirment que
la classification n’est pas leur travail principal, un représentant
du secteur laisse entendre que beaucoup d’entreprises ont déjà
fait ou sont en train de préparer une liste.
« Dans la société moderne caractérisée
par une concurrence de plus en plus acharnée, il est nécessaire
d’établir une comparaison entre les pays, les entreprises
et les villes, parce que chacun veut savoir où il se situe par
rapport aux autres », dit Luo Qingqi, membre du conseil d’administration
de Pale, une société de consultation de Qingdao.
Le classement est en lui-même un modèle commercial
tourné vers le marché et destiné à promouvoir
les marchandises. « Chaque fois que notre société
sort un disque, nous participons à un classement. C’est un
canal de diffusion essentiel », souligne Xu Xiaofeng, P.-D.G et
vice-président de Warnermusic à Beijing.
Le classement ne fait qu’embrouiller les idées
En 1999, l’idée est venue à Hoogewerf
de présenter au monde les personnages les plus prestigieux de Chine,
afin d’aider les étrangers à connaître la Chine.
« À ce moment, j’ai demandé à deux étudiants
de consulter des documents. Il en est résulté une liste
de 50 noms », dit Hoogewerf.
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Actuellement, des classements sont omniprésents
dans tous les secteurs en Chine. Ici, remise de prix aux États-Unis
pour le classement des chansons chinoises. Photo: Qi Heng
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Par la suite, le jeune Britannique a commencé à
collaborer avec Forbes, qui l’a chargé de fournir une liste
annuelle des mieux nantis de Chine. Hoogewerf s’y est affairé
plusieurs mois avec quelques collaborateurs qui n’avaient presque
pas de connaissances financières, pour diminuer le coût du
travail.
Hoogewerf a inscrit à Hongkong en 2002 sa société
destinée à compiler cette liste, orientant son travail vers
la commercialisation. Mais son œuvre est souvent controversée
; on doute de l’autorité des sources de données et
des critères de sélection. « J’ignore comment
Hoogewerf s’y prend pour réaliser sa liste, de même
que la compétitivité réelle des entreprises de cette
liste. À quoi bon la prendre au sérieux ? », dit Zhang
Jindong, patron de Suning, une chaîne d’électroménagers.
Le public est souvent confus face à certaines listes.
À la mi-juillet, le centre d’information de l’État
a publié ses statistiques sur les ventes au détail de climatiseurs
: Haier, Midea et LG occupaient les trois premiers rangs du marché
chinois. Mais d’après le « Rapport d’études
sur les besoins des consommateurs urbains à l’égard
de climatiseurs entre 2004 et 2006 » établi par l’Institut
d’économie de marché relevant du Centre de recherche
sur le développement du Conseil des affaires d’État,
ce sont Gree et Kelon qui occupent respectivement les deuxième
et troisième places.
La concurrence extrêmement acharnée sur le marché
des appareils électroménagers force les entrepreneurs à
se servir de diverses listes pour montrer leur puissance et attaquer leurs
adversaires. Le fait que la place d’un produit varie d’une
liste à l’autre est déjà monnaie courante.
Il en résulte tricherie et escroquerie. Depuis qu’un règlement
a interdit aux organismes d’État et associations professionnelles
de procéder à des classements, en 1999, les compagnies de
consultation ont commencé à dresser énormément
de listes. Ces petites entreprises ont ouvert avec un capital social minimal
de 100 000 yuans et quelques ordinateurs. Avant d’agir, on n’a
qu’à réfléchir sur le domaine du classement
et à prendre possession des données provenant d’associations
professionnelles. Le résultat est imprimé dans une brochure
à bas prix de revient mais susceptible de se vendre à prix
élevé. Certains opérateurs contactent directement
les entreprises nommées dans la brochure pour négocier la
coopération ou le soutien financier. Il est évident que
certaines sociétés puissantes peuvent être élues
gratuitement parce qu’elles servent d’appât convaincant.
« C’est un phénomène universel dans
les milieux commerciaux. Chaque jour, je reçois des coups de fils
et une vingtaine de télécopies qui me demandent de participer
à de telles élections », dit Wu Hao, directeur du
centre Histnse.
Toujours selon Wu, « une revue très connue en
Chine insère gratuitement certaines entreprises de réputation
mondiale dans sa liste, alors que les entreprises non qualifiées
doivent payer. Il y a aussi des entrepreneurs qui ne veulent pas voir
leur nom sur la liste ; ils doivent payer pour être éliminés.
Ce genre de liste ne sert qu’à tromper. »
Le marché sélectionne les listes
Actuellement, la consommation des informations est gigantesque,
la liste est en elle-même un produit d’information bien «
sélectif » et « purifié ». Dans les pays
occidentaux, les listes résultant d’enquêtes et rapports
constituent déjà un secteur. Les « élections
classiques » tenues par Times, Fortune, Forbes constituent un important
repère pour mesurer la puissance économique d’un pays.
Selon Yu Guoming, directeur de l’Institut de recherche sur l’opinion
publique de l’université Renmin, à notre époque
caractérisée par l’explosion de l’information,
une liste scientifique et objective peut nous aider à choisir ce
qui nous est utile parmi énormément d’informations,
et à prendre une bonne décision.
Mais la réalité est contraire à nos souhaits
: l’impartialité et l’objectivité sont de moins
en moins respectées. « Un tel secteur qui est déjà
mûr à l’étranger est désorienté
en Chine. Les listes objectives et impartiales doivent être réalisées
sur la base d’enquêtes étendues et d’analyse
scientifique des données. Chercher à se qualifier par de
l’argent et à attirer les regards du public à travers
la contestation est seulement un acte à courte vue », dit
Shi Yibin, professeur et doyen adjoint de l’Institut de journalisme
et communication relevant de l’Université de Wuhan.
Certains phénomènes injustes se révèlent
tant dans les listes que dans les diverses activités de classement,
ce qui s’explique par l’absence d’une loi complète
susceptible de renforcer le contrôle. Il n’est pas impossible
d’élaborer une telle loi, parce qu’elle apparaîtra
naturellement lorsque ces phénomènes augmenteront en proportion
de la croissance des divergences.
On a du mal à distinguer le vrai du faux à travers
les listes bâclées. Pour remédier à cette situation,
il faut élaborer des politiques et règlements, renforcer
l’autodiscipline dans certains départements publics, et absorber
l’expérience fructueuse de l’étranger, comme
l’établissement des règlements parfaits et transparents,
la prise des mesures de contrôle, et la formation d’organismes
d’enquête crédibles.
D’après Zhang Weining, patron de la Société
de disque 21 East, la liste est un signe de compétitivité,
et l’organisateur est responsable d’orienter le marché.
Mais il y a aussi certain écart entre le vrai résultat et
la place qu’occupe la musique au palmarès. Autrement dit,
la position dans la liste ne représente pas forcément les
ventes et l’opinion publique. Il faut rendre les règlements
concernés plus explicites pour promouvoir la musique populaire.
« Malgré un rideau noir et des manipulations, les yeux des
consommateurs sont perçants. Peu importe qu’un disque remporte
un prix, on ne l’achète pas ! », dit-il.
« La liste est aussi une marchandise qui doit bénéficier
d’un environnement de pleine concurrence ; c’est au marché
de sélectionner automatiquement. C’est ainsi que la liste
sera de plus en plus fiable », ajoute Shi Yibin.
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