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La « guerre olympique » dans le secteur médiatique
Pour la presse, les Jeux olympiques 2008 sont une occasion
de développement autant que de défis sérieux. Une
« nouvelle main » est distribuée dans la concurrence.
Tang Ying
Tandis que la Chine se prépare avec acharnement à
accueillir les Jeux olympiques de 2008, les médias se sont lancés
dans la rivalité. Plusieurs ont ouvert une rubrique spéciale
sur les Jeux ; de nouveaux journaux sont nés, avec un œil
sur le marché des sports en 2008 et au-delà.
Au cours du forum mondial « Fortune » en mai dernier
à Beijing, une attention particulière a été
consacrée au développement des sports et des médias.
Une table ronde avait comme thème « Le développement
rapide et les occasions qui en résultent » ; on a pu constater
que les investisseurs du pays et de l’étranger ont un vif
intérêt pour les médias sportifs chinois.
Avec l’entrée de la Chine dans l’OMC, l’ouverture
de l’industrie des médias est inévitable. En fait,
il y a plus de dix ans, des investisseurs étrangers s’y sont
introduits surtout dans le sport, la mode et le quotidien. Un initié
a dit que cet intérêt est de nouveau soulevé. «
De nombreux magazines de football et de basket-ball sont financés
par des étrangers », dit-il.
Yi Jiandong, directeur adjoint du département des médias
de sport de l’université des Sports de Beijing, a indiqué
avoir été consulté par plusieurs investisseurs. Selon
lui, les médias de sport chinois entreraient dans une période
de restructuration avant 2008. Actuellement, l’industrie balbutie
encore comme le prouvent la création de nombreux nouveaux journaux
et l’inondation de reportages non sportifs dans des publications.
Tant l’investissement et le fonctionnement que le contenu sont loin
de la maturité. Après plusieurs accrocs, les médias
sportifs avancent avec précaution.
Développement
Après la fondation de la République populaire
de Chine en 1949, chaque secteur de la société a créé
ses propres journaux et revues. En sport, les premières publications
étaient le magazine Nouveaux Sports et le journal Sports
de Chine.
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Il reste moins de 1000 jours avant l'inauguration
des JO 2008, et la rivalité entre les médias a déjà
commencé. Photo: Zhu Xiang
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C’est le film Temple de Shaolin qui a éveillé
la conscience de marché des médias de sport. Ce film tourné
au début des années 1980, dont le héros, Jet Li,
était le champion national des arts martiaux, a suscité
la passion pour le kongfu à travers le pays. Très
vite, en 1981, a été créé Wu Lin,
le premier magazine de kongfu dans la partie continentale de
la Chine. Jusqu’en 1985, une dizaine de nouvelles publications d’arts
martiaux ont fait leur apparition sur le marché.
Après le retour de la Chine dans la Famille olympique
en 1979, les sports du pays sont entrés dans une nouvelle étape
de développement et les médias ont eu l’occasion de
manifester leurs talents. Aux JO de Los Angeles en 1984, le tireur Xu
Haifeng a obtenu la première médaille d’or des JO
pour la Chine, ce qui a soulevé l’enthousiasme et l’intérêt
des Chinois pour les sports. La télévision centrale de Chine
(CCTV) et les stations locales ont établi une section de sport.
Toutes les provinces et plusieurs villes ont créé des revues
et journaux de sport, déclenchant une deuxième renaissance
des médias de sport.
Dans les années 1990, la Série A (Italie), la
Première ligue (Angleterre) et les matchs du football de la Première
ligue chinoise ont stimulé encore une fois le développement
du marché médiatique des sports en Chine. L’émission
« Soirée de football » de la chaîne sportive
de CCTV et des magazines et journaux comme l’hebdomadaire Titan,
Football et le journal Ballon qui a cessé de paraître
récemment, ont tous grandi pendant cette période.
À ce moment-là, du fait qu’il n’y
avait pas d’émissions en direct pour les matchs de football
de l’étranger, ni d’internet, les revues et journaux
de sport ont connu un développement rapide. Liu Xiaoxin, rédacteur
en chef de Football, se rappelle : « Nous avons même
téléphoné à des ouvriers chinois travaillant
aux puits de pétrole du Koweït, et qui regardaient les matchs
de football, de nous transmettre les nouvelles pour que nous puissions
faire un reportage du match. De tels reportages pouvaient même faire
sensation en Chine. » Selon Xie Yi, ancien rédacteur en chef
adjoint permanent de Football et actuel adjoint au directeur
du Quotidien de Guangzhou, dit : « Même sans reportage
sur place, on pouvait gagner facilement un ou deux millions de yuans par
année. »
Pourtant, à partir de 2000, plusieurs journaux et magazines
sportifs ont commencé à sentir la pression pour la survie.
Surtout depuis que l’équipe nationale de football masculin
de Chine s’est qualifiée en 2001 pour la finale de la Coupe
mondiale 2002 - premier billet d’entrée de la Chine aux matchs
de niveau mondial -, le plus grand remaniement dans le secteur médiatique
du sport a eu lieu, et beaucoup de journaux et magazines ont été
éliminés.
Plus tard, comme les performances de l’équipe
nationale de football sont devenues fort décevantes, les médias
se sont tournés vers d’autres sports tell que le basket.
Les tournois de l’Association nationale de Basket-ball des États-Unis
(NBA) et ceux de l’Association du Basket-ball de Chine (CBA) pouvaient
attirer facilement le regard de la plupart de Chinois. La magnifique performance
de la super-étoile Yao Ming a aussi contribué à la
frénésie des médias pour le basket-ball. «
Dans aucun autre pays les fans de sport s’intéressent autant
aux matches étrangers que les Chinois, et cela a une influence
directe sur le développement des médias de sport de Chine
», a dit Yi Jiandong.
L’année dernière ont eu lieu plusieurs
événements internationaux tels que les Jeux olympiques d’Athènes,
la Coupe asiatique et la Coupe de l’UEFA. Les publications de sport
de Chine ont subi les coups les plus douloureux depuis la marchéisation
des médias et ont perdu dans la concurrence avec les journaux d’intérêt
général et l’internet.
À la veille des Jeux olympiques de Beijing en 2008,
des médias autres que sportifs sont entrés dans la sphère
du sport. « C’est l’heure de gagner ou perdre »,
a dit Yi Jiandong. Des conglomérats de journaux nés à
la suite de la réforme des médias se préparent à
lancer des publications spéciales, surtout de sport. La concurrence
sera d’une férocité sans précédent.
Réflexion
En août dernier, le journal Ballon, une publication
très populaire créée il y a 17 ans, et Sports
du Sud, l’un des trois grands journaux de sport dans la partie
continentale de la Chine, ont annoncé leur suspension de publication.
Devant un tel destin, les autres médias, qui se préparent
à tirer profit des Jeux de 2008, ont ressenti la concurrence sans
merci et commencé à faire leur examen de conscience.
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Des participants à la conférence «
Le développement rapide et les occasions qui en résultent
», dans le cadre du forum mondial Fortune. Photo: Li Mingfang
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Dans les années 1980, l’équipe de football
du Liaoning était la meilleure du pays. Rien qu’à
Shenyang, la capitale provinciale, il y avait environ 200 000 «
fans ». En 1988, Xu Xiaoyang, diplômé de l’Université
du Liaoning, à peine 30 ans, a créé le journal Ballon
qui est bientôt devenu très populaire parmi les amateurs
locaux de football.
Malgré des conditions géographiques et un système
de gestion défavorables, ce journal local, grâce à
sa franchise et à son style littéraire unique concentré
sur la description de personnages et de grands moments de matchs, a réussi
à gagner de nombreux lecteurs, surtout dans la région septentrionale
du pays.
En 1998, l’hebdomadaire Titan a monté
pour devenir le plus grand journal de sport en Chine. Différent
totalement de Ballon, Titan avait un style objectif, pondéré
et opportun et fournissait des nouvelles en grande quantité, ce
qui semblait répondre mieux à la demande des lecteurs. Afin
de recouvrer le terrain perdu, Ballon a essayé, en 2000,
de copier le modèle Titan, mais la tentative n’a
pas été constante et le chaos qui en est résulté
lui a fait perdre encore plus de lecteurs.
Sports du Sud a été fondé en
mars 2000. Dès le début, la rédaction a décidé
de ne pas fournir seulement des nouvelles de sport pures, dit Gong Xiaoyue,
rédacteur en chef, mais de créer une publication intéressante
et d’éviter la compétition avec les autres. Pourtant,
cette idée était fort controversée tant dans les
milieux du secteur qu’au sein de la rédaction. Toutefois,
cela n’a pas empêché Sports du Sud de maintenir
ses ventes à environ 400 000 exemplaires vers la fin de 2001, alors
qu’un numéro a même dépassé le million
d’exemplaires.
Gong Xiaoyue décrit ainsi son expérience la
plus douloureuse : « Pendant les finales de la Coupe mondiale 2002,
je n’ai pas résisté à l’idée extrémiste
de rivaliser en avance avec les autres journaux, et j’ai envoyé
une vingtaine de journalistes sur place pour avoir des nouvelles rapides.
Mais à ce moment-là, plusieurs médias régnants
ont commencé à payer des interviews afin de présenter
des reportages exclusifs. Pendant cette ‘guerre de presse’,
nous avons commis l’erreur de rivaliser avec les puissants au lieu
de mettre en valeur nos points forts, ce qui nous a fait perdre plus de
10 millions de yuans cette année-là », dit-il.
La mauvaise gestion de la publicité et de la distribution
a également contribué à l’échec de Sports
du Sud.
« Nous avons tous le sens de crise devant le rétrécissement
du marché », dit Liu Xiaoxin. Et d’ajouter : «
La cause essentielle est que nous avons agi sur un coup de tête,
au lieu d’exploiter avec sang-froid les ressources. La compétition
excessive épuise la presse. »
Face aux Jeux olympiques de 2008, plusieurs initiés
du milieu avertissent qu’il est imprudent de placer tout l’espoir
sur les Jeux, parce que le développement des journaux et revues
de sport dépend de longues années d’effort. «
Seulement quand l’industrie des sports de Chine sera complètement
orientée vers le marché, les médias sportifs pourront-ils
connaître une autre vague de prospérité », disent-ils.
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