À la poursuite de l’harmonie

— Le concept de l’ancienne sagesse chinoise trouve sa place dans le monde contemporain.

Yu Jun (Professeur à l’Institut national d’administration)

La proposition de « construire une société harmonieuse » a été lancée par le président Hu Jintao au Sommet des Nations unies marquant le 60e anniversaire de l’organisme le 15 septembre 2005. L’idée développée dans son discours intitulé « Construire un monde harmonieux de paix durable et de prospérité commune», présente les conditions essentielles des relations internationales et les aspirations partagées de la communauté internationale, et devrait avoir une très longue portée.

Vers un but précis

Les dirigeants de plus de 50 pays rassemblés pour le 60e anniversaire de la victoire de la Russie contre le fascisme. Photo: Ju Peng

L’idée d’un « monde harmonieux » a été émise pour diverses raisons. Premièrement, le monde est aujourd’hui confronté à de plus en plus de contradictions. Tandis que les problèmes habituels qui sont restés cachés durant la guerre froide refont surface, de nouveaux problèmes surgissent à l’ère de la mondialisation économique. L’écart de richesse entre les pays et partout au monde s’approfondit. Le terrorisme constitue une grave menace. Sur ce tableau de fond, l’Ouest impose la « démocratie » aux autres en tirant avantage de sa formidable force politique, économique et militaire. Par conséquent, l’hégémonie, en plus du terrorisme, devient un défi menaçant la paix et le développement du monde d’aujourd’hui. L’engagement de la Chine à construire l’harmonie mondiale, qu’on voit comme une nouvelle tentative de diminuer la tension internationale, a été bien accueilli par la communauté internationale.

Deuxièmement, la Chine entend créer un environnement extérieur solide pour son projet de nourrir l’harmonie sociale au pays. Actuellement, deux théories vont au détriment du développement de la Chine dans l’arène internationale. D’une part on croit que le développement de la Chine menace les autres pays. D’autre part on pense que la Chine cherche la suprématie en Asie. La notion de monde harmonieux contredit ces concepts. Afin de voir le développement de la Chine, certains pays doivent cesser de placer la Chine sous un éclairage biaisé et en particulier abandonner l’esprit de guerre froide. En même temps, il incombe à la Chine de montrer au monde sa détermination à se développer pacifiquement. La Chine doit informer les pays concernés qu’elle n’a pas l’intention d’emboîter le pas à des pays qui, dans l’histoire, ont visé le pouvoir au moment où ils émergeaient. En proposant l’idée d’un monde harmonieux, elle pose un geste important pour clarifier les doutes et questions du monde et gagner sa confiance. Ce concept est une nouvelle idéologie diplomatique.

Wen Jiabao visite les villages ravagés par le tsunami en avril 2005. Xinhua

Troisièmement, Beijing a entrepris consciemment de poursuivre les intérêts nationaux à un plus haut niveau. Elle a compris que sa force économique est apparemment insuffisante pour faire de la Chine une grande puissance mondiale. La manifestation suprême des intérêts nationaux réside dans la reconnaissance internationale. Un critère important pour juger la participation d’un pays aux affaires internationales est son habileté à formuler des règles mondiales. À travers l’histoire, les grandes puissances ont contribué à l’ordre international. Dans ce sens, la Chine tente d’être identifiée comme un tel contributeur. Elle veut aussi être écoutée dans les affaires internationales et projeter une image de confiance, de joueur constructif et responsable dans l’arène mondiale.

Legs historique

La notion d’harmonie du monde est profondément enracinée dans la culture chinoise.

« L’harmonie dans la diversité » est un concept essentiel de la morale chinoise depuis des millénaires. Ici, elle se réalise en reconnaissant les différences, disparités, variétés. Pour les Chinois, l’harmonie est la clef du développement de la personne et de la gestion des affaires générales. Comme tradition idéologique et culturelle, le concept a toujours exercé une profonde influence sur les stratégies de la Chine dans les relations internationales. La politique d’intégration culturelle pratiquée dans l’histoire ancienne était l’incarnation exacte de l’idée d’harmonie.

Gens d'affaires du monde entier à une foire d'exportation de biens de consommation à Guangzhou. Photo: Chen Xuesi

Le but de construire l’harmonie du monde vient de la diplomatie chinoise. C’est un nouveau déploiement des Cinq Principes de coexistence pacifique - respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriales, non-agression mutuelle, non-ingérence dans les affaires internes des autres pays, égalité et bénéfices mutuels et coexistence pacifique - initiés par la Chine, l’Inde et d’autres pays en développement dans les années 1950. Il marque également la continuité de « nouveau concept de sécurité » de la Chine à la fin du siècle dernier par la consolidation de la théorie du « gagnant-gagnant » dans la préservation de la sécurité par le dialogue et la recherche du développement par la coopération. Dans la situation internationale actuelle et les contradictions saillante, l’idée insiste sur l’urgence pour les diverses régions, les différentes ethnies et les pays de promouvoir le dialogue et d’approfondir la compréhension, surtout le besoin de préserver la diversité sociale, politique et culturelle dans le monde. Tenant compte des graves conséquences de l’élargissement de l’écart Sud-Nord, elle demande des arrangements commerciaux internationaux plus justes et rationnels. L’idée conduit aussi à la démocratisation des relations internationales en empêchant les superpuissances de dominer le monde.

La philosophie d’harmonie du monde incite à examiner les théories occidentales de relations internationales, surtout le réalisme politique que proclame la « partie nulle ».

Les parlementaires asiatiques célèbrent la paix lors d'une réunion régulière en Thaïlande. Photo: Ling Shuo

La tendance actuelle à développer un lien étroit entre la Chine et le monde constitue une tentative de façonner un nouvel ordre politique et économique international, qui laisse entendre que dans un nouvel ordre, l’harmonie d’un pays doit être liée à celle du monde, et les intérêts d’un pays intégrés dans ceux de tous les êtres humains. La Chine lie son propre progrès au développement commun de l’humanité entière. D’une part, la Chine permet à la plupart des occasions de développement du monde de s’épanouir ; d’autre part, elle sauvegarde la paix du monde et la prospérité commune par son propre développement. Pays en rapide développement, la Chine vise non seulement à réajuster sa relation avec les États-Unis, un pays qui essaie de maintenir sa suprématie, mais aussi de reformuler sa relation avec le reste du monde. La philosophie de monde harmonieux a été plus efficace que les théories occidentales comme « paix démocratique » et « choc des civilisations », indiquant la bonne direction de relations internationales au XXIe siècle.

Tâches majeures

Construire un monde harmonieux est un objectif à long terme qui requiert de grands efforts dans plusieurs domaines.

Participants au forum mondial Fortune à Beijing en mai 2005. Photocome

Un nouvel ordre politique et économique mondial pacifique, stable, juste et rationnel doit être mis en place. L’ancien ordre, visiblement teinté d’hégémonie et de politique du pouvoir, est une des causes principales des conflits sociaux et des crises internationales. Le nouvel ordre doit présenter les principes de base des relations internationales, comme l’égalité de souveraineté, la non-ingérence mutuelle, l’environnement international paisible, sûr et stable, l’égalité des avantages, le développement partagé, la liberté de choix, la recherche des points communs en laissant de côté les divergences, la coopération harmonieuse, la pluralité et la démocratie.

Il faut aider les pays en développement à réduire et extirper leur pauvreté. La première cause de désaccord dans le monde est le développement lent et inégal. La plupart des pays en développement sont en proie à plusieurs obstacles à leur progrès économique, et plusieurs risquent d’être marginalisés. Au sommet de l’Onu de septembre dernier, Hu Jintao a insisté pour que l’on adopte des mesures concrètes afin de réaliser les Objectifs du Millénaire, surtout en ce qui concerne l’accélération du développement des pays retardataires afin que le XXIe siècle en soit vraiment un de « développement pour tous ». Il a aussi demandé d’améliorer le système financier mondial et le régime commercial multilatéral des pays en développement. De plus, les règles du commerce international devraient être plus justes et rationnelles, et tenir compte des inquiétudes des pays en développement. Il faut alimenter une économie mondiale équilibrée et mutuellement avantageuse, avec des mesures préférentielles généralisées. En même temps, les pays de divers modes de développement devraient échanger davantage leur expérience afin de hausser leur capacité de poursuivre leur développement par eux-mêmes. Les pays développés devraient assumer davantage de responsabilités en accomplissant le développement universel coordonné et équilibré. Ils doivent prendre des mesures concrètes pour l’élimination de la pauvreté, l’aide financière et l’allégement de dettes dans le but d’aider les pays en développement, surtout les moins développés, à accélérer leur progrès. Le rôle des Nations unies dans la coopération internationale augmentera vraisemblablement, créant un milieu de développement solide et offrant un appui aux pays en développement.

Représentants de Chine et de l'UE après la signature d'un programme de biodiversité à Beijing. Photo: Deng Jia

Un nouveau concept de sécurité et un mécanisme collectif de sécurité doit être établi. L’histoire a montré que l’ancien concept basé sur l’alliance militaire et la course aux armes n’a ni favorisé la sécurité internationale ni amené la paix durable dans le monde. La dure réalité est que la paix et la sécurité ne peuvent s’obtenir par la force militaire et le pouvoir politique. « Nous devons abandonner l’esprit de guerre froide, cultiver un nouveau concept de sécurité caractérisé pas la confiance mutuelle, les avantages mutuels, l’égalité et la coopération, et bâtir un mécanisme collectif de sécurité juste et efficace visant à prévenir ensemble les guerres et conflits et à préserver la paix et la sécurité du monde », a dit le président Hu.

Plaçant la confiance mutuelle avant tout, le nouveau concept s’oppose à l’alliance militaire et l’expansion des armements et appelle à la sécurité commune et universelle. Il vise la sécurité sur un pied d’égalité et l’intensification de la coopération dans ce domaine. Au cœur du mécanisme de sécurité collective, l’Onu joue un rôle permanent. Il faut s’efforcer de maintenir l’autorité des Nations unies et d’augmenter leur efficacité. Des réformes rationnelles seront menées pour augmenter l’aptitude du Conseil de sécurité de l’Onu à traiter les nouveaux défis dans un but de développement commun.

Départ de Chine de matériel de secours vers les régions victimes de tremblements de terre au Pakistan. Photo: Yang Shiyao

En préservant la diversité culturelle, les divers peuples doivent être encouragés à la coexistence. La diversité culturelle est une caractéristique de la société humaine et une importante force du progrès de l’humanité. Diverses nations peuvent se développer, s’enrichir et s’améliorer dans le dialogue et la communication. Comme l’a montré l’histoire, les conflits internationaux, en dernière analyse, résultent des disputes de bénéfices économiques bien plus que des différences entre les peuples. Dialogue, communication et compréhension et une attitude tolérance et respectueuse entre les nations sont indispensables à la paix et au développement du monde. Nous devrions respecter le droit de chaque pays à choisir lui-même son système social et son mode de développement. Les pays doivent être encouragés à l’émulation mutuelle au lieu de l’exclusion délibérée, pour l’apprentissage mutuel des points forts respectifs au lieu d’un modèle unique. Le dialogue et les échanges entre civilisations doivent se renforcer, permettant ainsi aux cultures de se compléter mutuellement dans la compétition et la comparaison.

Nous devrions laisser tomber les craintes et les brouilles entre les peuples et rendre l’humanité plus harmonieuse et le monde plus coloré.

Concrétiser l’idéal de l’harmonie du monde requiert une lutte longue et ardue. Toutefois, cette idée doit refléter la tendance de l’époque et servir les intérêts de tous les pays. C’est le cours inévitable des relations internationales. La construction d’un monde harmonieux s’accomplira si nous travaillons solidairement à promouvoir le pluralisme et adhérons aux buts et principes de la charte des Nations unies.


 
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