Le sommet de l’Asie de l’Est indique la voie de la coopération régionale

Shi Yongming (de l’Institut national des études internationales)

Reflétant le vigoureux développement de la coopération est-asiatique, le premier sommet de l’Asie de l’Est, tenu à Kuala Lumpur, capitale de Malaysia, en décembre 2005, s’est terminé sur une note positive en éclairant la voie de la coopération future.

La Déclaration de Kuala Lumpur signée le 14 décembre montre que le sommet, simple concept communautaire au début, a évolué en forum. Les ministres des affaires étrangères participant à la rencontre de l’ANASE l’été dernier avaient finalement élargi à seize le nombre de participants au sommet de l’Asie de l’Est, introduisant l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l'Inde. Ainsi le Sommet n’était-il plus confiné aux pays de l’Asie de l’Est, et de nouveaux problèmes se sont posés comme le rôle du Sommet dans la future Communauté est-asiatique.

La Déclaration prévoit un large éventail de discussion sur les questions stratégiques politiques et économiques d’intérêt commun et se donne pour objectif de promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité en Asie de l’Est, avec ouverture et transparence, en resserrant les normes mondiales et les valeurs universellement reconnues, et avec l’ANASE comme force motrice travaillant en partenariat avec tous les membres.

La Déclaration établit que les efforts pour construire une communauté régionale seront consistants et appuieront la réalisation de la communauté de l’ANASE, partie intégrante de l’architecture régionale en voie de réalisation.

Nouveau système de coopération

Le contenu de la Déclaration est clair et applicable. C’est un système à multiples niveaux et équilibré.

Le premier Sommet de l'Asie de l'Est montre que la coopération régionale est sur la bonne voie. Photo: Wang Xiaochuan

D’abord, l’ANASE complète l’intégration sous-régionale des pays du Sud-Est asiatique, avec la participation de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud, formant un réseau pan-est-asiatique. La Russie devrait adhérer en 2006. Ce nouveau cadre de travail ouvert, sous l’égide de l’ANASE, permet la coopération régionale.

La diplomatie a été très active avant la tenue du Sommet. Le 12 décembre, le 11e sommet ANASE+3 a signé une déclaration sur l’établissement d’une Charte pour l’ANASE, et formé un groupe de dix membres pour rédiger le projet. Dès octobre 2003, les dix membres de l’ANASE avaient signé l’établissement pour 2020 d’une communauté de l’ANASE similaire à l’Union européenne. Une charte permettra plus d’efficacité en économie, sécurité et coopération régionale.

Comme le sommet d’Asie de l’Est différait du plan original, l’ANASE+3 a tenu une réunion le 12 décembre pour signer une autre Déclaration de Kuala Lumpur où la position de l’ANASE+3 était réaffirmée. Le but à long terme consiste à réaliser une communauté est-asiatique en vue de maintenir la paix et la sécurité, la prospérité et le progrès régionaux et mondiaux. Elle affirme que le processus ANASE+3 continuera, avec le sens de la propriété partagée avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Par ailleurs, elle reconnaît l’importance de l’intégration de l’ANASE, de la construction d’une communauté et de l’appui de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud. Les treize pays ont commencé à préparer une seconde déclaration conjointe sur la coopération est-asiatique pour le 10e anniversaire en 2007 du processus ANASE+3, afin de consolider la coopération existante et de coordonner les efforts postérieurs.

Une communauté en évolution

Cette structure à multiples niveaux reflète les caractéristiques de la région. Géographiquement, l’Asie de l’Est est largement formée de terre, de péninsules et d’îles, et l’océan fait le lien entre les diverses économies. Depuis les années 1980, le développement économique rapide en Asie de l’Est repose sur un mode économique particulier. Les pays d’Asie de l’Est ont réuni les fonds, la technologie, les ressources humaines et les ressources matérielles et exporté leurs produits vers d’autres régions, principalement les États-Unis. Toutefois, la coopération économique originelle parmi les pays est-asiatiques était une partie de la coopération économique du Pacifique depuis la fin de la guerre froide. Dans les années 1990, ce n’est qu’après l’établissement de l’Union européenne et l’Accord de libre-échange nord-américain, et les problèmes entourant les Négociations commerciales multilatérales de l’Accord général sur les tarifs et le commerce, en Uruguay, que les pays d’Asie de l’Est ont commencé à songer à la coopération régionale.

Photo de famille avant le sommet du 14 décembre. Photo: Liu Weibing

Mais les problèmes demeuraient. Premièrement, l’ANASE ne pouvait représenter toute l’Asie du Sud-Est. Deuxièmement, la confiance économique entre les pays est-asiatiques était encore assez mince, tandis que leur dépendance des États-Unis était forte. Et la situation n’a pas changé avant la décennie 1990. Après la crise financière en 1997, l’Asie de l’Est impuissants et isolés étaient stimulés pour la coopération régionale. L’ANASE avait réalisé le rassemblement de ses dix membres, et la confiance s’établit peu à peu. Les temps étaient mûrs pour une ANASE+3.

La coopération régionale fait toujours face à deux défis : réaliser les intérêts communs et éliminer les différences dans le processus d’intégration interne, et amener ces pays à traiter de façon appropriée les relations entre voisins et avec toute la région d’Asie-Pacifique. Le Sud-Est asiatique a longtemps été influencé par les grandes puissances. Comment l’amener à l’autonomie ?

Le second problème consiste à voir comment les grandes puissances de la région peuvent traiter les relations entre elles et avec l’Asie du Sud-Est. Indubitablement, la meilleure façon consiste à établir une communauté par l’ANASE.

Qui représente qui ?

Toutefois, dans l’avenir, cette région pourrait rencontrer un autre problème, à savoir, durant l’intégration du Sud-Est asiatique, les pays devraient-ils unir leurs voix ou agir indépendamment ? Dans le mécanisme ANASE+3, les pays de l’ANASE discutent avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud comme un tout, mais il est improbable que ce mécanisme forme la base d’un cadre de travail pour la future Communauté est-asiatique.

Une base commerciale internationale Chine-ANASE est établie au Guangxi. Photo: Chen Ruihua

D’un autre point de vue, les pays d’Asie de l’Est n’ont pas encore conquis leur identité. La principale raison pour laquelle la Chine et la Corée du Sud n’ont pas tenu de sommet avec le Japon durant le sommet ANASE+3 était la visite du premier ministre Junichiro Koizumi au sanctuaire Yasukuni, qui heurtait profondément les sentiments des Chinois et des Coréens. La raison profonde de ces visites pourrait reposer dans les relations du Japon avec les pays occidentaux, les États-Unis en tête. Les liens de ces deux alliés ont séparé le Japon des autres pays d’Asie. Au chapitre des problèmes historiques, le Japon manifeste peu de respect des sentiments de ses victimes de la Seconde Guerre mondiale. Et en matière de coopération régionale, il voit la coopération comme un moyen de dominer l’Asie de l’Est. Quand il s’agit du développement de la région, Tokyo met l’accent sur son alliance militaire avec Washington. Le Japon prétendait aussi que les États-Unis soient invités au sommet de l’Asie de l’Est. Il semble que le Japon veuille devenir le porte-parole des États-Unis en Asie de l’Est.

Le comportement du Japon pose un troisième défi à la coopération en Asie de l’Est : comment gérer la relation entre la région et son environnement. Pour des raisons historiques et géographiques, l’Asie de l’Est est plus que toute autre région étroitement liée à son voisinage, et ses mesures de sécurité sont fort influencées par celles des États-Unis. Washington a longtemps considéré cette région comme sa sphère d’influence et craint que la coopération régionale affaiblisse son influence dans la région. Par conséquent, l’Asie de l’Est doit construire un mécanisme qui la garde en relation avec l’extérieur, surtout avec les États-Unis.

Forum régional

Après la guerre froide, l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) fut la première organisation de coopération internationale, visant toute la région Asie-Pacifique.

À mesure de l'intégration en Asie de l'Est, la coopération se renforce. Xinhua

Né avec les années 1990, le Forum régional de l’ANASE, centré sur la sécurité régionale, est un mécanisme de dialogue et de coopération ouvert aux pays extérieurs à l’Asie de l’Est.

Reste à voir si ce Sommet évoluera vers la politique. Mais il est certain que l’un comme l’autre imposeront des restrictions à l’adhésion. Avant que le Sommet d’Asie de l’Est soit convoqué, l’ANASE avait déjà annoncé trois conditions de participation. D’abord, il fallait signer le Traité d’amitié et de coopération en Asie du Sud-Est. Ensuite, il fallait pratiquer avec l’ANASE un partenariat basé sur le dialogue. Et enfin, il fallait une coopération tangible avec l’ANASE.

En tant que super-puissance, les États-Unis refusèrent de signer le traité ou d’accepter le rôle dirigeant de l’ANASE. En ce qui concerne la région est-asiatique, un mécanisme de dialogue et de coopération qui puisse aider à établir une relation entre les pays d’Asie de l’Est et les États-Unis paraît aussi importante que de renforcer la coopération politique internationale.

D’un point de vue plus concret, le principal problème de la coopération en Asie de l’Est demeure la propre construction de cette région. Bien que l’Asie de l’Est jouisse d’un libre-commerce bilatéral souple avec l’ANASE, et que la Corée du Sud ait signé un traité de libre-échange durant ce sommet, la construction d’une zone de commerce libre, base de la communauté, tire encore de l’arrière. Il est possible que la coopération régionale en Asie de l’Est rencontre la concurrence de l’APEC.

La Déclaration de Pusan signée à la rencontre de l’APEC en 2005 réitérait les Objectifs de Bogor, notamment liberté et ouverture du commerce et de l’investissement en Asie-Pacifique avant 2010 pour les entités économiques industrialisées, et avant 2020 pour les économies en développement. Il n’est pas facile pour les pays est-asiatiques de construire une zone de libre-commerce avant la réalisation des Objectifs de Bogor.

Face à une série de problèmes complexes, les pays de l’Est asiatique ont développé une stratégie ouverte et pratique de coopération régionale à travers les sommets tenus en 2005. La tâche consiste maintenant à réaliser des progrès manifestes.


 
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