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La saison des fêtes
La fête du Printemps est la plus grande fête
de la Chine, mais des fêtes étrangères comme Noël
et la Saint-Valentin font leur chemin au pays.
Zhang Zhiping
Bien
que la fête du Printemps ou Nouvel An lunaire demeure la plus importante
célébration chinoise, d’autres fêtes venues
de l’extérieur gagnent en popularité parmi les Chinois.
Il s’agit de l’Halloween, de Noël et de la
Saint-Valentin. Dans le passé, ces fêtes n’intéressaient
que ceux qui travaillaient pour des entreprises étrangères
établies en Chine ou ceux qui avaient étudié et vécu
à l’étranger. Mais aujourd’hui, bien des Chinois
les célèbrent de quelque façon, soit en envoyant
des messages par téléphone portable, soit en dînant
au restaurant avec des amis. La Saint-Valentin est célébrée
par les jeunes couples, et l’Halloween surtout par les enfants.
Noël
devient de plus en plus populaire même si à l’origine,
cette fête était encouragée par les commerçants.
En décembre dernier, la zone commerciale de Xidan, à Beijing,
était décorée d’arbres de Noël. On invitait
les passants à écrire leurs vœux et à les accrocher
dans les arbres. En moins de deux jours les arbres étaient remplis
de billets comme : « Je souhaite à ceux qui m’aiment
et que j’aime une année de bonheur », « Que Dieu
donne à mes parents santé et bonheur », ou «
Je souhaite à mon amie d’être admise dans une université
renommée ».
D’après les sociologues, la popularité
de Noël est due aux couleurs vives et joyeuses associées à
cette fête. Le rouge est la couleur préférée
des Chinois ; il représente l’harmonie et indique un événement
heureux. À Noël, on peut remarquer que le Père Noël
et les lanternes rouges se marient bien.
La
popularité de Noël est aussi marquée au sceau du consumérisme.
Le jour de Noël, les centres commerciaux et les restaurants sont
décorés de Pères Noël et d’arbres de Noël.
Le personnel est costumé, et l’on fait la promotion des produits
dans le cadre de cette fête étrangère.
La fête réjouit aussi les manufacturiers. Plusieurs
mois avant Noël, les entreprises de cadeaux en Chine reçoivent
des commandes du monde entier, même de la Maison blanche. Environ
70 % des produits de Noël sont « Made in China ». Pour
ces manufacturiers, Noël est une mine d’or.
Pour
des gens comme Zhu Fang, une jeune fille qui travaille dans les services
publics à Beijing, Noël fournit une bonne occasion de sortir
avec les amis et de s’amuser. La veille de Noël, Zhu a dîné
en joyeuse compagnie à l’hôtel Sheraton Grande Muraille
où se tenaient un buffet et une soirée de danse. Vers 22
h, Zhu a quitté ses amis, qui attendaient encore le grand tirage,
pour se rendre à la cathédrale Xishiku. Elle avait raté
l’occasion d’entendre la chorale en 2004 et était déterminée
à se reprendre en 2005. Zhu, qui a étudié quelques
mois en Grande-Bretagne, se dit être fort attirée par le
chant d’église.
Comme
bien des Chinois, Zhu n’est pas catholique mais elle aime l’atmosphère
pure et harmonieuse des églises. Toutefois, elle a encore échoué
: il fallait un billet pour entrer à l’église la veille
de Noël et Zhu n’en avait pas.
La cathédrale Xishiku, qui a plus de 130 ans, est une
des quatre églises catholiques les plus connues de Beijing. Elle
est aussi appelée Beitang (église du Nord). La messe était
à minuit, mais des 19 h, des foules ininterrompues de catholiques
et non catholiques visitaient l’église. Les billets, toutefois,
étaient vendus une semaine avant la fête.
La Chine compte un nombre considérable de chrétiens.
Selon les statistiques officielles, les catholiques sont actuellement
4 millions, et les autres dénominations chrétiennes, 10
millions. Leur nombre ne cesse d’augmenter. Une telle population
appuie la popularité de Noël.
La traditionnelle fête du Printemps
La
fête du Printemps tombe cette année à la fin de janvier.
Elle demeure la plus importante fête en Chine. Les membres de la
famille se réunissent pour dîner, allumer des pétards
et visiter des amis. Cependant, surtout pour les jeunes, la fête
ne va pas sans certains désagréments.
Comme beaucoup de personnes quittent leur patelin pour travailler
dans les grandes villes, la fête du Printemps devient l’occasion
de revoir leur famille après une longue séparation. On rapporte
pour l’an dernier 1,9 milliard de déplacements pendant la
période de la fête du Printemps, et l’on s’attend
à 2 milliards cette année.
Bien
que la capacité de transport s’améliore d’année
en année, elle ne satisfait pas encore à la demande, et
il en résulte que le transport demeure un problème. Plusieurs
choisissent le train, moins cher que l’avion, et cela cause de gros
maux de tête car il est extrêmement difficile d’acheter
un billet à ce moment de l’année.
Ma Liqiang, secrétaire général adjoint
de la Commission nationale pour le développement et la réforme,
dit que l’insuffisance de moyens de transport ne sera pas comblée
avant cinq ou dix ans, et la période difficile de la fête
du Printemps pourrait durer plus longtemps que par le passé, car
plus de gens voyagent et étirent la période de vacances.
Lin
Xi, au service du ministère de la Construction, croit que plusieurs
personnes éprouvent des sentiments mêlés face à
la fête du Printemps. Il est excitant de se retrouver parmi les
siens, mais trouver un billet de train est tellement harassant et demande
tellement d’énergie !
Pour plusieurs jeunes, la fête du Printemps peut être
une expérience pénible. Pour ceux qui ont une bonne carrière,
la fête constitue une vitrine pour exposer leur succès, mais
ceux qui viennent à peine de commencer à travailler peuvent
ressentir une certaine gêne : leur « valeur » pourrait
être mesurée par les cadeaux qu’ils offrent, explique
Lin.
Comme Lin, d’autres jeunes des villes en ont assez des
rituelles rencontres où l’on mange et boit, et de la série
de cadeaux de la fête du Printemps. Des experts s’inquiètent
: la fête pourrait perdre son importance.
Un héritage à protéger ?
Au
début du mois, Gao Youpeng, un expert en culture traditionnelle,
a rédigé une Déclaration de protection de la fête
du Printemps, notant que ce symbole de la culture traditionnelle chinoise
doit être protégé dans la vague de la mondialisation
qui déferle.
Comparées aux fêtes étrangères
qui gagnent en popularité, les fêtes chinoises attirent moins
la jeune génération, et cela en inquiète plusieurs.
La majorité des Chinois consomment des yuanxiao (boulettes
de riz glutineux) à la fête des Lanternes et des zongzi
(riz glutineux enveloppé de feuilles de roseaux) le jour du Duanwu,
mais le contenu culturel de ces fêtes se perd et l’on est
moins enthousiaste qu’autrefois pour les célébrer.
Selon
le sociologue Wu Ming, les fêtes traditionnelles font face à
une situation difficile étroitement liée aux changements
dans la société. L’urbanisation a modifié la
structure sociale, le mode de vie et les relations humaines. Par conséquent,
plusieurs de ces fêtes, qui sont liées à l’agriculture
et à la vie campagnarde, sont délaissées par les
gens qui vivent dans les villes.
Aussi, le contenu culturel des fêtes a changé
légèrement. Par exemple, la fête de la Mi-Automne,
censée être une journée de charme idyllique, est devenue
l’occasion pour les confiseurs de rivaliser d’habileté
en préparant des « gâteaux de lune » de plus
en plus luxueux. Ces gâteaux coûteux servent non seulement
de nourriture mais de présents qui circulent dans le milieu des
affaires et entre les individus.
En
novembre 2005, l’Unesco a accepté la demande de la Corée
du Sud d’inscrire le festival des bateaux-dragons Gangneung sur
la liste de l’héritage culturel intangible de l’humanité,
mettant fin à un an de discussion entre les communautés
intellectuelles chinoise et coréenne au sujet de cette fête.
La fête Duanwu (festival des bateaux-dragons) était
célébrée en Chine il y a 2 500 ans. Cette tradition
s’est ensuite répandue dans les pays voisins. Le succès
de la Corée du Sud à faire enregistrer cette fête
comme sienne amène la Chine à se demander comment protéger
sa culture traditionnelle. Des experts croient que la culture devrait
jouir d’une protection légale.
Le gouvernement a déjà pris des mesures. Le
31 décembre 2005, le ministère de la Culture a présenté
au public sa première liste d’éléments faisant
partie de l’héritage intangible dont la fête du Printemps,
le Qingming (fête des Morts), le Duanwu, le Qixi (surnommé
Saint-Valentin chinoise), la fête de Mi-Automne et le Chongyang
(fête des Aînés).
Des
médias ont déclaré que le gouvernement est décidé
à protéger complètement l’héritage culturel
chinois. Mais d’autres voient différemment l’intervention
gouvernementale en la matière. Le Modern Express dit que
la fête du Printemps ne devrait pas être protégée
de force. D’abord, elle devrait être un événement
purement folklorique, et alors l’État ne devrait pas organiser
d’activités importantes mais plutôt permettre au peuple
de la célébrer à sa façon. Ensuite, les Chinois
devraient apprendre de la célébration des fêtes étrangères,
selon l’article, et les gens ne devraient pas passer toute la période
de fête à la maison à jouer aux cartes et au majiang.
L’article mentionne aussi que plusieurs fêtes
ont perdu leur signification originale pour bien des Chinois. Ce que l’on
devrait protéger, c’est le charme des fêtes, dit-il,
au lieu des coutumes qui ont perdu leurs caractéristiques. Dans
un sens, les fêtes traditionnelles devraient redevenir de simples
fêtes populaires.
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