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La grippe aviaire : calamité naturelle ou désastre
causé par l’homme ?
En automne dernier, le virus H5N1 a détruit le beau
souvenir des migrations d’oiseaux. Selon des experts, ce virus causant
la mort massive des volailles dans beaucoup de régions est transmis
par les populations aviaires en déplacement et est susceptible
de provoquer une épidémie plus grave chez les êtres
humains que le SRAS en 2003.
Presque
150 millions de volailles sont mortes depuis la découverte du premier
cas de grippe aviaire en 2003 jusqu’à une nouvelle éruption
cet automne, auxquelles s’ajoutent d’innombrables oiseaux
abattus. Sur 121 personnes infectées, 62 ont succombé à
la maladie. La perte économique est évaluée à
3 milliards de USD dans le monde entier.
La propagation de la grippe aviaire fait peur aux gens et
engendre la destruction massive des oiseaux. Ce phénomène
donne ainsi à réfléchir. Certains pensent qu’il
faut prendre d’abord la sécurité humaine en considération
dans la lutte contre l’épidémie, tandis que d’autres
proposent de traiter toujours gentiment les animaux, quitte à les
tuer en cas d’obligation. D’autres encore pensent que l’apparition
d’une série d’épidémies a probablement
pour origine la destruction de l’équilibre écologique
résultant du traitement inhumain des animaux. La grippe aviaire
serait plutôt un désastre causé par l’homme
qu’une calamité naturelle.
Il ne faut jamais négliger le bien-être animal
Shen Rui, professeur assistant au Gettysburg College
des États-Unis. Avec le développement du mouvement
de bien-être et droits des animaux, on a maintenant abouti à
un consensus : les animaux, qui sont aussi des habitants de notre planète
comme les hommes, ont leurs droits.
La tendance à suivre de près les droits et le
bien-être des animaux avance avec le temps. L’homme se préoccupe
de plus en plus des animaux et se considère comme une espèce
parmi les autres. L’écologie et la chaîne biologique
sont complexes et ne peuvent exister l’une sans l’autre. L’idée
de prendre l’homme comme maître de la Terre est radicalement
rejetée.
Actuellement, la grippe aviaire constitue une menace pour
la santé humaine. Je pense que nous pouvons nous en inspirer.
D’abord, la différence entre l’homme et
l’animal. Plusieurs pensent que l’homme se distingue de l’animal
par sa noblesse. Si on leur demande pourquoi les êtres humains sont
supérieurs aux animaux, ils répondent que l’homme
a le sentiment et la raison mais pas les animaux. Mais quiconque est expérimenté
dans l’élevage d’animaux de compagnie peut rétorquer
catégoriquement à cette opinion déjà profondément
contestée par la zoologie qui se développe depuis cent ans.
En réalité, les animaux ont aussi le sentiment et la raison
comme nous malgré une différence de degré. Mais les
hommes se distinguent aussi les uns des autres par l’échelon
rationnel et émotionnel. Ceux qui sont plus sentimentaux ou plus
raisonnables ont-ils le droit de se croire supérieurs aux autres
et de décider de leur destin ?
Ensuite, nous devons réexaminer les rapports entre
l’homme et l’animal, en sachant de quelle manière l’homme
traite l’animal, envisage ses relations avec la nature, et interprète
sa propre place dans l’environnement. Dans les principales universités
occidentales, les facultés de sciences philosophiques ont toutes
un cours de « Philosophie des droits des animaux ». Le mouvement
de bien-être et droits des animaux en Occident est aussi synchronisé
avec la théorie philosophique en la matière. Nos philosophes
et penseurs doivent-ils aussi faire de la recherche à ce sujet
?
Il est nécessaire de procéder à un certain
traitement des volailles infectées par la grippe aviaire. Du fait
que nous n’avons aucun rapport avec les basses-cours, nous ne pouvons
faire rien d’autre que de supplier les autorités compétentes
d’adopter une attitude humaniste envers les animaux malades, quitte
à les tuer mais avec compassion.
Les droits des animaux sont étroitement liés
à ceux de l’homme. Dans la société actuelle,
il est impossible de garantir les droits des animaux sans attacher de
l’importance aux droits de l’homme. Par contre, ceux qui préconisent
les droits des animaux sont pour la plupart des défenseurs des
droits humains.
Wang Pei, volontaire de la protection des animaux
à Beijing. À cause de la grippe aviaire, d’innombrables
poulets, oies et canards ont été abattus cruellement. Dans
les informations internationales, nous voyons les volailles battre désespérément
des ailes en essayant de se sauver, avant d’être incinérées
ou enterrées vives par les gens qui portent un masque à
gaz.
Par crainte de l’épidémie, on passe sa
colère sur les oiseaux migrateurs innocents. Dans certains pays,
les zones où vivent les oiseaux sauvages sont détruites
ou brûlées, des filets sont dressés pour empêcher
les hirondelles de construire leurs nids sous les toits.
On peut dire qu’on n’a pas d’autre choix
que de prendre ces mesures pour prévenir la propagation de l’épidémie,
mais une question se pose : a-t-on trop confiance en soi pour se croire
maître de tous les êtres, allant jusqu’au droit absolu
de les tuer ?
L’abattage est quelquefois le meilleur moyen de protéger
l’homme
Yang Linhong, vice-doyen de la Faculté de sciences
juridiques de l’Université du Yunnan. L’article
12 de la « Loi sur la lutte contre les épidémies animales
» stipule que « l’État doit prendre des mesures
pour prévenir et éliminer les maladies infectieuses affectant
les animaux et nuisant gravement à l’élevage et à
la santé humaine ».
Du point de vue juridique, il faut soigner activement les
animaux affectés d’une maladie susceptible d’attaquer
l’homme. Autrement dit, on peut ajouter certains médicaments
dans leurs aliments. Si cette méthode ne permet pas d’éliminer
le danger éventuel contre l’homme, l’abattage est peut-être
le meilleur moyen de protection.
En général, la loi doit protéger les
animaux sauvages pour réaliser le développement harmonieux
entre l’homme et la nature. Cependant, quand une espèce risque
de porter atteinte à la sécurité humaine, il est
naturel pour l’homme de se protéger avant de prendre en considération
l’animal dangereux. L’abattage prévu dans la «
Loi sur la prévention et le traitement des maladies contagieuses
» et la « Loi sur la lutte contre les épidémies
animales » est une mesure spéciale qu’on est obligé
d’utiliser pour l’autoprotection.
Wu Youwang, chauffeur de taxi de Beijing. Dans
la situation actuelle très critique, parler de bien-être
animal est irréaliste et inutile. Quand l’homme est exposé
à la menace de mort, il doit réfléchir pour faire
disparaître le danger. Les animaux et l’environnement naturel
ne peuvent être protégés sans que l’homme soit
en sécurité. À l’heure actuelle, la meilleure
façon de prévenir la transmission massive de la grippe aviaire
chez l’homme, c’est d’abattre résolument et sans
merci tous les oiseaux infectés. Sinon, la propagation d’épidémie
risquerait d’entraîner une suite de conséquences désastreuses.
L’homme est en train de récolter ce qu’il
a semé
Wang Daming, citoyen de Beijing. Après
la propagation du SRAS, nous avons commencé à mettre au
point des vaccins contre l’épidémie, qui sont déjà
soumis à l’expérimentation humaine. Bien que nous
en soyons un peu rassurés, il nous est impossible de dormir sus
nos deux oreilles. Selon Lai Mingzhao, scientifique taiwanais connu comme
« père de coronavirus », les virus sont plus intelligents
que les virologues, et l’homme n’arrive jamais à les
vaincre parce qu’ils sont en mutation constante. Depuis la découverte
du premier cas de grippe aviaire, la composition génétique
des virus a connu plusieurs modifications, lesquelles attirent l’attention
particulière des scientifiques. He Dayi, scientifique étasunien
d’origine chinoise qui a apporté une grande contribution
dans la recherche du sida, nous avertit : à cause du changement
incessant des virus du SRAS, une nouvelle variante plus infectieuse apparaîtra
dans l’avenir.
Actuellement, nous prenons l’habitude d’abattre
sans vergogne les animaux et de les maltraiter avant de les massacrer.
Nous leur faisons manger des hormones de différentes catégories
qui provoquent la modification de leur composition génétique.
Pour diminuer le coût de l’élevage, nous les enfermons
dans des endroits exigus et sales. Par exemple, les conditions de vie
des cochons d’aujourd’hui sont vraiment beaucoup plus déplorables
que celles de leurs prédécesseurs !
La cruauté et l’indifférence à
l’égard des animaux ont pour conséquence la tension
croissante entre l’homme et les animaux. À ce moment critique,
il nous sera impossible de nous débarrasser de la menace perpétuelle
si nous refusons toujours de rejeter l’égocentrisme et de
respecter les animaux.
Qian Fawen, du Centre de recherche et développement
des animaux et plantes sauvages relevant de l’Administration nationale
des forêts. Qu’il s’agisse du SRAS ou de la
grippe aviaire, il y a toujours une relation de cause à effet car
rien ne vient du néant.
Ces deux maladies attirent une haute attention de la société
en raison de leur contagiosité envers l’homme. Parallèlement,
des incidents tels que la sécheresse, l’inondation, la désertification
qui sévissent fréquemment en Asie orientale et du sud-est
sont aussi liés à elles. Tenant compte de l’évolution
économique dans ces régions victimes de calamités
naturelles, nous pouvons nous rendre compte que plus nous développons
rapidement l’économie au prix de l’environnement, plus
de catastrophes se produisent. En réalité, ces calamités
naturelles peuvent être considérées comme une vengeance
de la nature contre l’homme qui détruit l’équilibre
écologique.
Le meilleur moyen de couper le mal à la racine est
de régler la contradiction entre la civilisation moderne et les
lois de la nature. Tout en développant l’économie,
nous devons respecter la science. C’est seulement en assurant à
la fois le développement économique et le respect de la
nature que nous réussirons à édifier une civilisation
contemporaine élevée.
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