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Pourquoi la fonction publique est-elle l’emploi le plus
convoité par les étudiants chinois ?
Face à la pression croissante de l’emploi, de
plus en plus de jeunes veulent accéder à la fonction publique
en raison de l’amélioration rapide du niveau de vie et du
statut social des fonctionnaires. Cependant, l’opinion n’est
pas unanime.
Feng Jianhua
Depuis l’abolition du mandarinat il y a un siècle,
le concept de « s’engager dans une fonction après avoir
suffisamment étudié » revient aujourd’hui à
l’esprit des jeunes. Mais l’engouement des jeunes pour la
fonction publique est né dans un contexte social plus complexe
qu’auparavant.
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Le 4 janvier 2005, les candidats forment une queue
de plusieurs kilomètres à Jinan (Shandong) pour
s'inscrire à l'examen d'admission aux organismes d'État.
Photo: Zhou Qingxian
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Selon le ministère du Personnel, presque un million
de personnes se sont inscrites à l’examen de recrutement
des fonctionnaires en novembre 2005, soit le double de l’année
précédente. Mais seulement de 365 000 ont effectivement
passé l’examen, le taux d’admission avoisinant 48 :
1, contre 37 : 1 en 2004. Quant à certains postes très convoités,
la proportion s’est élevée à 1000 : 1.
Dans les années 1980, l’examen de recrutement
des fonctionnaires a été introduit avec l’approfondissement
de la réforme du système politique en Chine. La Loi sur
la fonction publique, qui entrera en vigueur en 2006, stipule que l’État
doit compléter son effectif au moyen d’un examen.
Mais l’effervescence s’est produite il y a deux
à trois ans seulement. Depuis l994, où le premier examen
du genre a eu lieu, jusqu’en 2000, les candidats inscrits n’étaient
que 40 000. En 2001, seulement 30 000 postulants se sont inscrits à
l’examen des organismes d’État relevant de l’autorité
centrale. Pendant les quatre années suivantes, leur nombre a décuplé,
et ceux qui détenaient un diplôme de haut niveau étaient
de plus en plus nombreux.
Selon un rapport sur l’emploi des jeunes chinois publié
le 20 mai 2005, 21 % et 22 % des interrogés ont respectivement
exprimé que les postes idéaux sont dans les départements
gouvernementaux et les entreprises publiques, soit 43 %, alors que seulement
20 % souhaitent créer leur propre entreprise, contrairement aux
jeunes occidentaux.
Le changement d’idée résulte du contexte
social compliqué. Dans les années 1980, les jeunes Chinois
n’avaient pas d’enthousiasme pour les organes publics. Une
enquête sur les problèmes d’emploi a montré
qu’en 1984, plus de 90 % des étudiants s’intéressaient
aux sciences physiques et naturelles et aspiraient à devenir scientifiques
ou ingénieurs.
À la fin de cette décennie, les jeunes Chinois
ont commencé à priser le salaire en raison de l’économie
de marché montante. Selon l’enquête précitée,
moins de 50 % des étudiants de l’époque avaient une
prédilection pour les sciences physiques et naturelles, tandis
que 89, 3 % préféraient des postes à haut statut
social et bon salaire.
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L'amélioration du salaire et du statut social
des fonctionnaires attire de plus en plus de jeunes vers la fonction
publique. Photo: Li Ziheng
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En 1992, l’économie de marché était
en plein essor en Chine, les jeunes éprouvaient un besoin urgent
d’« augmenter leur revenu et d’améliorer leur
vie ». Beaucoup d’étudiants ambitieux et dynamiques
affluaient vers les zones côtières développées,
cherchant à entrer dans les entreprises à capitaux étrangers
à haut salaire. Certains ont créé leur propre entreprise
après avoir accumulé suffisamment de capitaux et d’expérience.
En même temps, bon nombre de fonctionnaires ont démissionné
pour se lancer dans le commerce.
Avec l’amélioration progressive de l’économie
de marché et la compétition acharnée, la difficulté
de gagner de l’argent s’accroît proportionnellement
au risque. La plupart des Chinois sont encore sensibles aux concepts traditionnels,
tandis que les aventuriers sont peu nombreux. On recommence à apprécier
la stabilité de l’emploi et la couverture sociale qui en
résulte. Ceux qui s’étaient jetés dans la mer
du commerce reviennent sur la berge, alors que ceux qui hésitaient
encore devant la mer s’arrêtent définitivement.
Selon Li Shouxin, directeur du Bureau de développement
social de la Commission nationale pour le développement et la réforme,
le nombre de diplômés de 2004 s’élève
à 2, 6 millions, et à 3, 2 millions en 2005. Si l’on
calcule selon le taux d’accès au premier emploi, il y a respectivement
800 000 et 1 million d’étudiants au chômage.
Dans la situation actuelle, de plus en plus d’étudiants
qui ont de la difficulté à trouver du travail jettent leur
dévolu sur la fonction publique, qui est aussi bien rémunérée
que stable. Poussés par l’idée de changer leur destin,
beaucoup se sont inscrits à l’examen surnommé «
la plus dure épreuve » de Chine.
Selon un reportage du Nanfang Daily, depuis l’application
du système de démission et de licenciement de fonctionnaires
en 1996 jusqu’en 2003, 19 374 fonctionnaires incompétents
ont été renvoyés dans l’ensemble du pays, soit
environ 2 500 par an ou 0,05 % des 5 millions du pays, en plus des 30
000 qui démissionnent de leur plein gré. Le taux de mouvement
dans les organes d’État avoisine 1,25 %, beaucoup inférieur
à celui des entreprises (10 %).
De 1998 à 2003, le salaire légal des fonctionnaire
s’est accru en moyenne de 10 % par an, allant jusqu’à
24,6 % en 2001. Ce pourcentage est de beaucoup supérieur à
celui des autres professions.
D’après le Rapport sur la stratification sociale
de la Chine contemporaine, en 2002, la société chinoise
se divise en dix strates, et les fonctionnaires supérieurs et les
agents ordinaires se trouvent respectivement à la première
et à la quatrième. Trois ans se sont écoulés,
mais l’auteur pense encore que les fonctionnaires se situent à
juste titre au somment de la société.
Au début de 2005, un sondage effectué par un
département gouvernemental de Shanghai sur 19 organismes d’État
locaux montre que presque 80 % des femmes fonctionnaires sont satisfaites
de leur revenu, et 84 % des interrogées précisent qu’elles
choisiraient toujours la fonction publique si elles avaient à refaire
leur choix.
Dans le cadre de la recherche intitulée « Réajustement
de l’attitude mentale des fonctionnaires à Nanjing »
lancée par l’Académie des sciences sociales de la
même ville, une enquête auprès de fonctionnaires donne
le même résultat : 31,9 % préfèrent travailler
dans les organes d’État, et 44,2 % jugent leur poste assez
bien. Plus on monte dans la hiérarchie, plus on est satisfait.
En réalité, le gouvernement chinois a aussi
connu sans tambour ni trompette un changement considérable. Zhan
Ming, 30 ans, a déjà travaillé dans un ministère
pendant deux ans. Durant le stage destiné aux dirigeants au niveau
ministériel, il a découvert, à son étonnement,
que beaucoup de fonctionnaires supérieurs étaient encore
jeunes, mais très expérimentés dans la résolution
des problèmes.
« Auparavant, j’avais peur d’être
immobilisé par le système de la fonction publique. Mais
aujourd’hui, je me rends compte que les nouvelles générations
poussent le gouvernement à évoluer », dit Zhang Ming.
« Dans les années à venir, l’examen
de recrutement des fonctionnaires restera un point chaud », indique
Li Jianzhong, directeur du Bureau de recherche politique relevant de l’Institut
des sciences du personnel de Chine. Il précise que les jeunes sont
encore sensibles aux milieux officiels qui véhiculent leur rêve
ou l’espoir de leurs familles.
« L’intérêt des étudiants
pour cet examen est un phénomène positif. Cela prouve au
moins que l’image du gouvernement s’est améliorée
», dit Shi Zhifu, professeur à l’Institut de gestion
gouvernementale de l’Université de Beijing.
Selon un commentaire du China Youth Daily, la participation
massive des étudiants diplômés permettra de former
un contingent de fonctionnaires érudits, jeunes et spécialisés,
et d’améliorer la prise de décision et le service
du gouvernement.
Mais certains spécialistes expriment aussi leur inquiétude
à cet égard : bien que les jeunes puissent apporter du sang
neuf et de l’air frais dans les organismes d’État,
l’assimilation excessive de travailleurs hautement qualifiés
par les départements gouvernementaux aura pour conséquence
le gaspillage des cerveaux ; ceux qui auraient dû déployer
leur talent de spécialisation et de créativité dans
d’autres services seront bloqués par les affaires politiques.
Par manque de cerveaux, l’économie de marché manquera
de dynamisme pour relever le défi du nouvel environnement.
Selon des experts, le fait que l’élite s’acharne
à entrer dans les milieux officiels s’explique par le concept
traditionnel qui met l’accent sur l’ordre hiérarchique.
« Beaucoup de postes exigent un diplôme de haut
niveau, ce qui montre que l’État attache de l’importance
à la compétence des fonctionnaires. Que le gouvernement
dispute des cerveaux à la société n’est pas
favorable au mouvement des compétences vers les entreprises, les
établissements de recherche scientifique et les postes de base,
affectant le développement harmonieux de la société
», dit Hu Wei, détentrice d’un doctorat de l’Institut
de recherche en gestion administrative de l’université Renmin.
Toujours selon Hu, avec la réforme de la gestion administrative,
la Chine exige de plus en plus de compétence de ses fonctionnaires
et doit aussi sensibiliser les officiers à servir les intérêts
publics, lesquels méritent davantage d’attention du gouvernement.
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