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Que lisent les enfants chinois ?
Comme le veut un dicton, seule la lecture compte dans la vie.
Les Chinois sont depuis toujours attachés aux livres. Que lisent
donc les enfants d’aujourd’hui ?
Lü Ling
Dans la chambre de Cheng Qidi, une bibliothèque à
trois tablettes est remplie de livres très variés. Une dizaine
d’autres livres sont empilés sur le bureau. Au mur, des affiches
de Iverson, star de NBA, dégagent un air de jeunesse.
Cheng Qidi est en deuxième années d’école
secondaire dans l’arrondissement Fengtai de Beijing. La situation
l’oblige à combiner le repos et la lecture en une unique
pièce. « Je n’ai d’autre intérêt
que la lecture et le basket-ball. Mais parmi tous ces livres dans ma chambre,
peu m’intéressent vraiment », a-t-il révélé.
Pas le temps de lire ce que j’aime
À travers les vitres de la bibliothèque, on
voit un bon nombre d’ouvrages qui couvrent les trois premières
années d’études secondaires, dont des exercices d’anglais
et des poèmes anciens annotés. Quelques Guide d’examens
d’admission à l’université sont bien en
vue.
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Une enfant feuillette une bande dessinée à
la librairie Chuangxin, à Haikou. Photo: Chen Haitong
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« L’école a donné une liste d’ouvrages
de référence à acheter. Les autres livres ont été
trouvés par ma mère. J’en ai lus très peu.
Surtout les Guide d’examens ; ils sont difficiles pour
moi actuellement. Et quand je serai en troisième année,
ils seront dépassés », se plaint Cheng.
La porte fermée, Cheng déverrouille prudemment
un tiroir de son bureau. Famille de Ba Jin et Norwegian Wood
de Haruki Murakami y sont cachés. « Voilà ce que je
lis maintenant, mais très lentement, parce que je ne peux commencer
qu’à 22 h après mes devoirs et leçons. Mes
parents ne le savent pas. Sinon, ces romans seraient confisqués.
»
« Il me faut deux heures pour mes devoirs. Puis je révise
mes leçons. Selon mes parents, être travailleur ou non dépend
du temps mis dans les études, pas de la qualité ni de la
quantité. S’ils me demandent de me coucher à 22 h,
alors je dois étudier jusqu’à cette heure-là.
Même si j’étais plus efficace et finissais tout avant
l’heure, des exercices supplémentaires m’attendraient
toujours. Le temps dédié à mes livres préférés
est ainsi réduit à bien peu avant de me coucher. Je ne sais
pas si mes camarades ont les mêmes goûts que moi, mais je
suis sûr qu’ils n’ont pas plus de temps libre que moi.
»
« Parfois, je les lis en secret et je peux toujours
cacher le livre avant que mes parents entrent me surveiller », dit-il
avec un sourire rusé.
En plus des romans, Slamdunk, la bande dessinée
japonaise, se cache dans le tiroir. « J’aime le basket-ball
mais je n’ai pas l’occasion de suivre les matchs de la NBA
puisque je suis toujours en train d’étudier. Slamdunk
est très populaire à l’école », a-t-il
expliqué.
« Je comprends les profs et les parents. Je voudrais
les satisfaire. Mais je n’abandonnerai pas mes intérêts.
Quand j’entrerai à l’université, j’aurai
le temps de fréquenter tous les livres que j’aime »,
espère-t-il.
Bandes dessinées et cartoons, les préférés
Que lisent les enfants qui ont le temps de lire ?
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Des enfants choisissent des livres à l'occasion
du "Festival de la lecture" à Guangzhou. Photo:
Chen Xuesi
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À Nanning, au Guangxi, un professeur au secondaire
a procédé à une enquête parmi 100 élèves.
La revue Readers l’emporte sur les autres grâce à
son style humaniste qui combine la valeur idéologique, le savoir
et l’humour. Cependant, l’enquête réalisée
par les élèves eux-mêmes donne des résultats
différents : les bandes dessinées et les romans de Wu
Xia (un type de romans de chevaliers chinois) sont les plus populaires.
Un sondage à Nanning montre que les écoliers
de l’école primaire préfèrent sans exception
les bandes dessinées, les questions pour hâter la réflexion,
les mythes et les recueils de compositions tandis qu’au secondaire,
un choix plus large couvre les divertissements, l’informatique,
les romans de Wu Xia, les jeux, les légendes, les sciences,
les connaissances militaires, les sports, les poèmes anciens ainsi
que les romans populaires. Parmi les 112 livres lus par un jeune de première
année du premier cycle du secondaire, il y a trente et une bandes
dessinées, trente-sept livres sur la mythologie, le suspense, l’amour,
les chevaliers et la vie à l’école, et neuf chefs-d’œuvre.
Quant aux 224 livres abordés par un jeune de première année
du deuxième cycle, les romans de Jin Yong et de Gu Long (une sorte
d’Alexandre Dumas) représentent 25 % ; les revues d’informatique
et les romans fantastiques comme Le Seigneur des anneaux et Harry
Potter, 10 % ; les chef-d’œuvres étrangers, 7 %
; les chefs-d’œuvre chinois, 2 % seulement.
Alors, quel genre de livres fait du bien aux enfants ? Cette
question préoccupe les experts et la société en général.
D’après Peng Junjiao, professeur de chinois à Nanning,
malgré une gamme de lectures assez large, les enfants n’ont
pas formé une bonne habitude de lecture. Certains sont poussés
par la curiosité et ne s’intéressent qu’aux
détails, d’autres se limitent aux bandes dessinées.
En qualité de professeur de chinois, elle espère
que ses élèves liront sur divers sujets afin d’accumuler
des connaissances et de développer leur aptitude à comprendre.
Elle n’appuie pas la lecture de recueils de compositions. Certes,
il y existe de bons exemples, mais il ne faut pas encourager les imitations
sans originalité personnelle. D’après elle, les chefs-d’œuvre
favorisent la formation morale.
Les lectures adaptées aux enfants chinois sont peu
nombreuses
Normalement, les librairies consacrent une grande section
aux livres pour enfants dont histoires, légendes, cartoons, bandes
dessinées, beaux arts, encyclopédies et littérature
enfantine. Cependant, les cartoons et bandes dessinées importés
du Japon, de l’Europe et des États-Unis représentent
une grande proportion et sont ceux qui attirent le plus des regards. Les
encyclopédies pour enfants, les poèmes anciens et les œuvres
littéraires comme le Pavillon rouge, le Pèlerinage
vers l’Ouest et Les Trois royaumes même adaptés
en bandes dessinées, sont peu prisés.
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"Pendant toute ma carrière de prof, je
n'ai jamais vu un livre présenté avec des joujoux
comme celui-ci", dit Mme Liang, face aux emballages de plus
en plus luxeux sur le marché. Photo Xinhua
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« J’ai déjà lu l’histoire
du roi des singes Sun Wukong et de Zhu Bajie le cochon quand j’étais
très petit », dit un écolier qui termine le cours
primaire. « Maintenant, je lis principalement les bandes dessinées
japonaises et les contes de Zheng Yuanjie, écrivain chinois. Les
autres ne m’intéressent pas. »
D’après un employé de la librairie Xinhua,
les petits enfants préfèrent les cartoons, les bandes dessinées
et les romans policiers qui viennent principalement de l’étranger.
Les plus âgés s’intéressent aux œuvres
littéraires. Mais les maisons d’édition se contentent
d’adapter les anciennes œuvres au lieu de produire quelque
chose de nouveau.
Les éducateurs trouvent que les lectures pour enfants
ne s’adaptent pas à la mentalité des enfants. Leurs
intrigues sont peu attrayantes, et leur style, hermétique. Par
ailleurs, les intérêts des enfants ont changé. Sous
l’influence du rythme accéléré de la vie sociale,
la culture pour enfants devient elle aussi une sorte de « service
rapide ». Les enfants sont de plus en plus attirés par la
télévision et l’internet et consacrent de moins en
moins de temps à la lecture. S’ils lisent, c’est pour
s’amuser et se détendre, ce qui oriente les contenus et styles
des livres pour enfants. Les bandes dessinées japonaises et coréennes
sont en vogue.
Deng Lidong, vice-président de l’Institut des
sciences pédagogiques de Nanning, a souligné l’influence
négative du manque de livres appropriés aux enfants. D’après
lui, l’atmosphère sociale est défavorable à
la lecture. Les bons écrivains manquent. Des livres non appropriés
comme des romans d’amour et des éditions illégales
même en ont profité pour exercer une mauvaise influence sur
la morale des enfants, et encore, à un âge précoce.
Pas le temps de lire ou pas accès aux livres appropriés
?
Dans la grande librairie de Xidan à Beijing, Guo Hong
et son fils de dix ans sont en train de choisir les livres. L’enfant
s’intéresse à un livre intitulé Les cent
mille pourquoi. Mais le prix, des centaines de yuans, a fait reculer
la maman.
« Je ne comprends pas pourquoi ces livres pour enfants
sont tellement chers », se plaint Guo. « Le moins cher coûte
20 ou 30 yuans, les livres en série dépassent 100 yuans,
sans parler des livres à présentation spéciale. »
Il y a quand même des parents qui achètent pour
satisfaire leurs enfants. Mais la plupart des enfants lisent sur place
sans acheter.
« Franchement, je n’ai pas les moyens de m’offrir
ces livres », a avoué un garçon accroupi dans un coin
avec Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne. «
La bibliothèque de mon école ne dispose que d’une
petite collection tandis que les grandes librairies offrent un peu de
tout et renouvellent leurs livres très vite. Je viens lire ici
tous les week-end. Une fois, j’y ai même passé toutes
mes vacances d’été. J’ai un goût très
large dans la lecture, mais je ne peux acheter tout ce que j’aime
à cause du prix. D’ailleurs, il est agréable de lire
dans une grande librairie climatisée. »
Qui pis est, le prix ne suit pas la qualité. Sous une
couverture splendide, on peu avoir un pauvre contenu. Meng Hongxia, mère
d’un enfant de trois ans, a acheté un livre bien relié.
Sous le titre des Contes de Grimm, le livre n’a qu’une
quarantaine de pages et ne comprend que cinq contes. À part quelques
lignes de caractères et leur transcription phonétique, on
n’y trouve que quelques caricatures.
Certes, avec l’amélioration du niveau de vie
des Chinois, les parents peuvent investir davantage dans l’éducation
de leurs enfants. Mais on n’est pas prêt à payer seulement
pour un bel emballage ou des illustrations simplistes ; ce qui vaut le
prix, c’est un contenu riche.
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