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Le royaume de la bicyclette
Bien que la popularité de la voiture dépasse
rapidement celle de la bicyclette, il est prématuré d’annoncer
la disparition de ce mode de transport autrefois favori.
Zhang Zhiping
Tandis que les énormes groupes de cyclistes chinois
sont devenus chose du passé, de longues files de voitures se voient
partout. Cela signifie-t-il que la bicyclette cessera d’être
le principal moyen de transport au pays ?
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Deux ou quatre roues? Li Shigong
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L’image populaire de masses de cyclistes en Chine a
promu le pays au rang de « royaume de la bicyclette ». Toutefois,
les bicyclettes sont maintenant délogées par le nombre croissant
des voitures et les autoroutes, et dans certaines villes elles sont même
accusées de causer les embouteillages. On pourrait les croire destinées
à disparaître tôt ou tard.
Li Sen, qui travaille pour le ministère de la Construction,
est arrivée à Beijing il y a vingt ans. Il ne se souvient
plus quand il a utilisé sa bicyclette la dernière fois,
mais se rappelle très bien avoir dépensé son premier
mois de salaire pour l’achat de ce véhicule qui lui permettait
d’aller occasionnellement à la place Tian’anmen.
« À ce moment-là, Beijing était
encore libre de gaz d’échappement et c’était
un plaisir de se rouler à bicyclette », dit-il.
Mais depuis qu’il a acheté une voiture, il y
a cinq ans, Li a totalement abandonné sa bicyclette. En fait, même
auparavant, il trouvait déjà ennuyeux de se rendre au travail
à bicyclette. À cause du développement urbain rapide
de la capitale, les rues s’élargissent au détriment
des voies réservées aux bicyclettes. Et l’air que
les cyclistes respirent est mauvais.
Mais la voiture n’a pas rendu moins ennuyeux le transport
de Li au travail. Aujourd’hui, il est aux prises avec les fréquents
bouchons de circulation.
L’expérience de Li est typique dans plusieurs
villes. Depuis les années 1980, le nombre de voitures augmente
au rythme de l’urbanisation. Avant 1980, ce rythme n’était
que de 19 % tandis qu’il atteint actuellement 30 % et sera de 50
% en 2010.
Déjà 60 millions de voitures parcourent la Chine,
et ce nombre croît de 10 % par an. On comptera donc 130 millions
de voitures en 2010.
L’augmentation rapide des voitures contraste avec la
réduction de l’usage de la bicyclette. Selon l’Association
de cyclisme de Chine, en 1998, on comptait 180 bicyclettes par 100 foyers.
Actuellement, le nombre est tombé à 140.
Il y a dix ans, 60 % des Pékinois allaient au travail
à bicyclette tandis que seulement 20 % le font maintenant. Le royaume
de la bicyclette est-il en voie de disparition ?
Néanmoins, la sensibilisation accrue à la protection
de l’environnement et à la santé encouragera certaines
personnes à retourner à leur véhicule silencieux
et non polluant qui les aide aussi à protéger leur santé
physique. De plus, la bicyclette pourrait attirer de plus en plus de jeunes
fascinés par les sports extrêmes et d’autres activités.
Un véhicule irremplaçable ?
Les problèmes de circulation des grandes villes causes
des maux de tête au monde entier, mais sont plus graves en Chine,
pays en développement. Bien que la propriété d’une
voiture soit encore limitée à une minorité, la population
croissante des villes, des systèmes de transport public dépassés
et la piètre gestion ont engendré des problèmes de
circulation sérieux et une grave pollution environnementale. À
Guangzhou, au sud du pays, la voiture est responsable de 87 % des émissions
de monoxyde de carbone et de 67 % du dioxyde de nitrogène.
Actuellement, les grandes villes comme Beijing, Shanghai,
Wuhan, Xi’an et Guangzhou subissent de fréquents embouteillages.
Dans ces mégapoles, la vitesse de circulation est passée
de 20 à 12 km/h en vingt ans. Les pertes économiques qui
en résultent totalisent des dizaines de milliards de yuans.
Le problème en Chine est que la voiture devient populaire
dans les villes densément peuplées alors que les réseaux
de circulation sont sous-développés. Avec l’ouverture
en grand de la Chine sur l’extérieur, il est devenu plus
facile pour la population de profiter de l’industrie automobile
transnationale, même si les régions urbaines n’ont
pas eu le temps de s’ajuster au changement.
Ces dernières années, alors que le gouvernement
chinois attachait une grande importance au développement des autoroutes,
son apport dans les systèmes de transport urbains a été
inadéquat et le sous-développement des réseaux routiers
urbains est la principale raison des fréquents bouchons.
Selon Li Jing, académicien de l’Académie
d’ingénierie de Chine, à cause des ressources et de
l’espace limités, il n’est pas réaliste en Chine
d’encourager la propriété d’une voiture privée.
Une entreprise de consultation des États-Unis a calculé
que si l’on comptait une voiture par 1,3 citoyen, comme aux États-Unis,
on arriverait à 900 millions, soit 40 % du total mondial, et ces
voitures consommeraient 5 milliards de tonnes de pétrole ou 20
% de la production du monde. Il est évident que la Chine ne pourrait
fournir l’énergie requise.
Aux États-Unis, le tiers du terrain des villes est
voué aux routes et parcs de stationnement, mais avec une énorme
population et une superficie de terre extrêmement limitée,
il est impossible pour la Chine de donner davantage d’espace aux
voitures. La longévité des habitants des villes peu ou pas
polluées est de 26 % de plus que dans les villes très polluées.
Par conséquent, la propreté de l’environnement requiert
aussi la restriction du nombre de voitures.
La Journée sans voiture lancée en 2001 implique
maintenant 800 villes d’Europe. En Allemagne, des bicyclettes colorées
créent une scène magnifique dans les villes et le gouvernement
offre des services spéciaux aux utilisateurs de bicyclettes.
La Chine doit-elle copier ce modèle ? Bao Xiaowen,
de l’Université normale de Huadong, croit que la bicyclette,
non polluante, peu coûteuse et commode, joue un rôle irremplaçable
dans le système de circulation urbain. dans la plupart des villes,
50 ou 60 % de la circulation repose encore sur la bicyclette.
Une remise en valeur
On s’attend aussi à ce que les gens utilisent
la bicyclette, presque devenue symbole de retard, d’une nouvelle
façon. Le Club de cyclisme Hanglun de Beijing organise des excursions
en montagne entre autres activités. Il compte plus de 200 équipes
de 20 à 50 amateurs. Mais Tianjin, Xiamen et Chengdu aussi possèdent
d’importantes organisations de cyclistes.
Une nouvelle piste cyclable de 2 km et d’une largeur
de 2,2 à 2,4 m à Yangpu, à Shanghai, qui a coûté
5 millions de yuans, a été inaugurée le 15 septembre
2005. C’est la première route construite en résine
époxy, à surface antidérapante, qui devrait réduire
de beaucoup les accidents.
Selon le Bureau de planification urbaine de la municipalité
de Beijing, pour régler les problèmes du développement
urbain, les experts concernés ont récemment proposé
des solutions. Le rapport insiste sur l’importance des bicyclettes
comme véhicules environnementaux.
Après quatre ans de débats, le Bureau de sécurité
publique de Beijing a mis fin le 4 janvier 2006 au bannissement des bicyclettes
« électriques » ou à pile établi en 2002.
C’est une preuve d’un changement dans les vues du gouvernement
« pro-voiture » au sein duquel ces véhicules ont toujours
fait l’objet de désaccord.
Les opposants avancent qu’il est difficile de se défaire
écologiquement des piles, et que la rapidité de ces véhicules
cause un problème pour la police routière. Certains gouvernements
locaux s’inquiètent de l’image de leurs villes qui
pourraient apparaître retardataires et dépassées.
Donc, même si 15 millions de personnes utilisent ces bicyclettes
électriques, elles sont encore bannies à travers le pays.
Un point positif est la demande du marché. Pressée
par la pollution et le manque d’énergie, la Chine voit la
bicyclette électrique comme un choix préférable à
la voiture. De plus, les piles usées de ces véhicules sont
moins dommageables que les émanations des voitures. Et le prix
relativement bas rend ces véhicules accessibles à la population
ordinaire.
La Loi sur la sécurité de la circulation routière
en vigueur depuis le 1er mai 2004 accorde à la bicyclette électrique
le statut de « véhicule non motorisé » et stipule
que son enregistrement et son usage relèvent des gouvernements
provinciaux, municipaux et régionaux.
Action la plus influente depuis l’entrée en vigueur
de la loi, la levé du ban sur les bicyclettes électriques
à Beijing pourrait servir d’exemple aux endroits qui maintiennent
l’interdiction, dans l’espoir de protéger l’environnement.
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