L’agriculture alternative

La généralisation de la bioénergie, nouvelle en Chine, suscitera-t-elle une autre révolution
agricole ?

Lan Xinzhen

À cause de la hausse du prix de l’énergie et surtout de la pénurie d’essence apparue en 2005, l’essence d’éthanol produite à partir du maïs remplace de plus en plus l’essence ordinaire dans plusieurs villes chinoises. Depuis le début de 2006, les villes de neuf provinces de Chine, y compris le Heilongjiang et le Shandong, producteurs de pétrole, et les provinces du Jiangsu, Hebei, Hubei, régions où l’économie est assez développée, ne vendent plus d’essence ordinaire mais de l’éthanol.

À Wuhan, les postes de service fournissent de l'éthanol. Photo: Li Li

La Chine a publié en avril 2001 les normes nationales sur l’éthanol. Depuis le 30 juin 2002, les villes de Zhengzhou, Luoyang, Nanyang au Henan et de Harbin et Zhaodong au Heilongjiang ont commencé à utiliser l’essence d’éthanol comme unité pilote. Le résultat a montré que l’éthanol peut remplacer l’essence ordinaire sans modifier le moteur à combustion interne.

La généralisation du diesel biologique est en période de préparation. En mars 2005, les techniques de production du diesel biologique ont connu un grand développement en Chine. D’ici cinq ans, la Chine pourra produire annuellement 20 000 à 50 000 tonnes. L’énergie biologique deviendra un choix de la Chine dans la solution du problème énergétique.

Les ressources bioénergétiques comprennent l’alcool éthylique, le diesel biologique, l’hydrogène biologique, etc. produits de céréales, de patates, de paille, etc.

Wang Hongguang, directeur du Centre de développement et de biotechnique de Chine relevant du ministère des Sciences et de la Technologie, a dit : « Les ressources bioénergétiques possèdent trois atouts : a. Pouvoir régler le problème d’emploi dans les campagnes et augmenter le revenu des fermiers ; b. Augmenter directement l’approvisionnement en énergie de l’État ; c. Diminuer l’évacuation du bioxyde de carbone et améliorer l’environnement écologique. »

Le gouvernement chinois, qui attache de l’importance au développement des ressources bioénergétiques, a élaboré l’objectif de développement. Dans quelques années, la production annuelle d’alcool éthylique en Chine atteindra dix millions de tonnes. Actuellement, elle est de deux millions, soit au 3e rang du monde.

Comme les ressources bioénergétiques dépendent en grande partie de l’agriculture, il faut d’abord développer celle-ci et changer son orientation.

Selon le système traditionnel, élever des porcs, vaches et moutons et cultiver du riz, du blé ou du coton, c’est de l’agriculture ; en dehors de ce cadre, les produits sont non agricoles. La production et la transformation des produits agricoles sont actuellement unifiées, dit Shi Yuanchun, académicien de l’Académie d’ingénierie de Chine.

L’agriculture chinoise se transforme de la simple fourniture d'aliments à celle de produits complets dont les ressources énergétiques.

Les cultures énergétiques

Le gouvernement chinois a démarré le plan des cultures énergétiques, lesquelles se divisent en quatre catégories : a. Cultures annuelles et vivaces destinées à la fabrication de l’alcool éthylique comme le maïs, la canne à sucre, le sorgho sucré, la patate douce, le manioc ; b. Plantes destinées à la production du diesel biologique, de l’hydrocarbure comme le colza, l’euphorbe et le pistachier ; c. Plantes de combustion ; d. Algues ou autres plantes destinées à la fermentation anaérobie. La Chine compte neuf millions d’hectares de champs incultes destinés aux cultures énergétiques.

Alcool éthylique produit à partir de maïs au Jilin. Xinhua

La compagnie de bioénergie Zhenghe Hainan a exploité 110 000 hectares de pistachiers au Hebei. Chaque année, ses récoltes de 20 000 à 30 000 tonnes fournissent 8 000 à 12 000 tonnes de matières premières du diesel biologique. Zhenghe Hainan s’apprête à construire une raffinerie d’une production annuelle de 50 000 à 200 000 tonnes de diesel biologique.

L’ouvrage sur la biologie, l’agriculture et la forêt dirigé par l’académicien Shi Yuanchun de l’Académie d’ingénierie de Chine a démarré en septembre dernier. On prévoit qu’ en 2010 la production du diesel biologique sera de deux millions de tonnes, et en 2020, de douze millions.

Le gouvernement chinois accorde un soutien politique au développement bioénergétique, renforce la généralisation des ressources bioénergétiques, aide les producteurs à régler les problèmes techniques et à diminuer le coût de production, facilite l’accès au marché. Une entreprise bénéficie d'une subvention de 1 800 yuans par tonne de matière première de l’alcool éthylique et d'une exemption de 5 % de taxe sur la consommation. Des bureaux de transport et de contrôle des prix de certaines régions ont lancé une politique d’ensemble afin de généraliser l’usage de l’éthanol.

En octobre dernier, la compagnie Yuanhua de diesel biologique au Fujian est entrée en service ; sa production annuelle sera de 30 000 tonnes. Avec l’approbation de la Commission nationale pour le développement et la réforme, le groupe Fengyuan de l’Anhui, une des quatre entreprises pilotes de production d’éthanol, a une production annuelle de plus de 600 000 tonnes.

Selon Li Rongjie, président du conseil d’administration du groupe Fengyuan, deux tonnes de céréales peuvent remplacer une tonne de pétrole. Si le prix du pétrole n'est pas inférieur à 35 dollars le baril, et si le prix des céréales ne dépasse pas 1 400 yuans la tonne, la transformation des produits agricoles en produits pétroliers et chimiques est rentable pour l’entreprise. La technologie destinée à l’utilisation des matières premières, soit le blé, le maïs et autres céréales, pour la production d’éthanol est mûre et sans danger pour l’environnement.

La Chine est un des grands producteurs de maïs du monde avec vingt millions d’hectares. Une fois déduites la quantité destinée à l'alimentation au fourrage et à la fabrication de l'alcool, le surplus est de quatre à six millions de tonnes par an.

Par ailleurs, le colza hybride de Chine se classe au premier rang du monde pour la superficie cultivée et la production totale. L’abondante graine de colza est la matière première du diesel biologique. Parallèlement, la Chine est le plus grand producteur de coton du monde ; chaque année, la graine de coton dépasse treize millions de tonnes pouvant servir à la production du diesel biologique.

La technologie est mûre et les matières premières, abondantes. Le coût d’investissement est de beaucoup inférieur à celui que requièrent l’exploitation du pétrole et le développement de l’énergie nucléaire, dit Wang Hongguang.

En utilisant des ressources bioénergétiques, on peut diminuer la dépendance des ressources sur le marché international. Depuis 1993, la Chine est devenue importatrice de pétrole brut. En 2004, elle en a importé 120 millions de tonnes, une dépendance de 40 %. Selon la vitesse du développement actuel, en 2020, le degré de dépendance sera de 60 % - point critique du risque pour la sécurité énergétique, dit Shi Yuanchun.

Utilisation de la technologie transgénique

"Nous pouvons augmenter la production céréalière par la technologie transgénique, afin de fournir davantage de matières premières", a dit Jiang Zhenghua, vice-président de l’APN de Chine, lors de la réunion relative au développement de l’agriculture tenue le 11 novembre dernier à Beijing.

Les produits alimentaires transgéniques provoquent toujours une vive controverse en Chine. Par conséquent, l’agriculture chinoise n’utilise pas encore la technologie transgénique. Mais le développement des ressources bioénergétiques présente une grande demande de production céréalière.

La sécurité alimentaire est assurée

Les problèmes d’habillement et de nourriture en Chine sont maintenant réglés, mais la sécurité alimentaire demeure une menace pour 1,3 milliard de Chinois. Développer l’énergie par les céréales peut-il menacer la sécurité alimentaire de la Chine ?

Champ de colza en Mongolie intérieure. Photo: Li Xin

Un malentendu persiste dans la société à ce sujet. En réalité, les ressources bioénergétiques ne disputent pas les céréales à l’homme ni la terre aux céréales. Elles consomment les restes de la transformation des céréales et utilisent des montagnes dénudée, des plages et des terres en friche, dit Wang.

En Chine, le colza est surtout cultivé l’hiver, ce qui n’enlève rien aux autres cultures. Li Rongjie, président du conseil d’administration du groupe Fengyuan de ressources bioénergétiques, croit que la sécurité alimentaire ne sera pas un facteur de restriction. Premièrement, les matières premières de ressources bioénergétiques sont les grains moisis et les déchets du traitement des céréales et du fourrage. Ces ressources sont abondantes et abandonnées. Deuxièmement, on cultive des plantes à haut rendement énergétique soit le topinambour, le sorgho sucré, la patate douce, le manioc, etc. sur des terres incultes, ce qui en plus de fournir abondance de matières premières et d'améliorer l'environnement, augmente le revenu des fermiers. Un contrôle rationnel permet de développer les ressources bioénergétiques sans menacer la sécurité alimentaire, et de l'assurer même.

Li Shizhong, professeur à l’université d’Agriculture de Chine, croit que les déchets agricoles peuvent atteindre 100 millions de tonnes par année, permettant de produire cinquante millions de tonnes de pétrole brut, après quoi 30 % des résidus sont encore destinés au fourrage. La production de maïs sucré de 70 tonnes par hectare peut produire plus de six tonnes d’essence d’éthanol. Le Jatropha curcas, arbre oléagineux, se développe rapidement dans le sud-ouest de la Chine. Le taux d’huile de ses grains atteint 50 %. La superficie plantée est actuellement de 100 000 mu (un mu égale 1/15 hectare) et sera en 2010 de 10 millions de mu. De plus, chaque année, la paille des cultures et les déchets forestiers abandonnés peuvent atteindre 1 milliard de tonnes, permettant de produire 100 millions de tonnes d’essence combustible.

La terre labourée totalise 130,04 millions d’hectares, et la terre inculte, 108 millions d’hectares en Chine. Les cultures énergétiques ne requièrent pas beaucoup de l’environnement et demandent peu d’investissement, pour une production assez haute. Elles s’adaptent aux conditions chinoises : grande superficie des terre inculte et de montagnes dénudées, et manque de ressources hydrauliques, surtout dans le nord du pays.

Si l’on se fait du souci, c’est qu’en 2004 la Chine a manqué de céréales à court terme ; les grains moisis sont donc entrés illégalement dans le marché. En Chine, le blé, le riz et le maïs sont les trois céréales importantes. Actuellement, seul le maïs a une offre qui dépasse la demande.


 
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