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Abolir l’impôt agricole après 2 600 ans
de l’histoire
Feng Jianhua
Éliminer l’inégalité entre les
villes et les campagnes et réaliser le développement harmonique
est la tâche principale du gouvernement chinois actuellement.
Selon la résolution du Comité permanent de l’Assemblée
populaire nationale, la Chine a aboli l’impôt agricole depuis
le 1er janvier 2006.
En mars 2004, le premier ministre Wen Jiabao s’était
engagé à « éliminer l’impôt agricole
en cinq ans » et deux semaines plus tard, le gouvernement exemptait
d’impôt agricole les provinces du Heilongjiang et du Jilin
et diminuait le taux dans onze provinces productrices de céréales.
Au début de 2005, les fermiers de 28 provinces, régions
autonomes et municipalités (sur 31) ont cessé de verser
l’impôt agricole. En réalité, la Chine a réalisé
le projet en deux ans.
Selon Jin Renqing, ministre des Finances, les problèmes
connus de l’agriculture, des régions rurales et des paysans
sont le maillon le plus faible du développement économique
et social de Chine. Abolir l’impôt agricole sert non seulement
au développement de l’agriculture et des régions rurales
et à l’enrichissement des fermiers, mais aussi à la
stabilité durable et au relèvement de la nation.
L’écart entre villes et campagnes
L’agriculture domine la question économique.
L’impôt agricole est une des sources principales du trésor
de l’État. Pendant deux millénaires de société
féodale, « accorder la priorité à l’agriculture
et négliger le commerce » a été le concept
social et les recettes financières nationales venaient presque
exclusivement de l’impôt agricole.
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Des fermiers attendent du travail à Nanjiang,
dans la province du Sichuan. Agence Xinhua
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Depuis la fondation de la Chine nouvelle en 1949, pour assurer
la stabilité du pouvoir d’État et stimuler l’industrialisation,
l’impôt agricole est resté longtemps la source principale
de revenus fiscaux. D’abord, il en représentait 39 % ; puis
entre 1949 et 2000, les fermiers ont versé un impôt en grain
de plus de 700 milliards de kg.
Au début du développement industriel, la Chine
pratiquait le système d’économie planifiée.
Pour économiser le coût de revient et réaliser le
développement rapide de l’économie, on appliquait
une politique en faveur de l’industrie dans la distribution des
ressources. Par exemple, à partir de 1953, la Chine pratiquait
le monopole de l’État sur les achats et ventes de grain et
de coton qu’elle achetait à un prix inférieur au marché
libre pour les fournir à l’industrie comme matières
premières. Parallèlement à la perte due au prix d’État,
les fermiers devaient acheter l’engrais chimique à prix élevé.
À cette époque-à, la Chine bouleversée
par la guerre et l’invasion étrangère, espérait
devenir un pays à l’industrie puissante. Comme coût
du système, l’agriculture devait soutenir sans condition
l’industrie, les régions rurales devaient fournir les villes.
Entre 1953 et 1985, la contribution des fermiers à l’industrialisation
a été de 600 à 800 milliards de yuans.
Le grand écart entre les villes et les campagnes résulte
de l’application de ce système inégal. On évalue
l’écart du revenu urbain et rural à 5 : 1. Dans la
société, la grande majorité des fermiers forment
la « population faible ». Face à l’insuffisance
de la demande intérieur, les régions rurales sont encore
un marché inexploité.
L’industrie alimente l’agriculture
Pour le développement économique et la sécurité
sociale, la Chine doit rectifier la politique qui dissocie les villes
des campagnes. La structure économique et sociale de la Chine fournit
les conditions de cette réforme.
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Fermier heureux de la supression de l'impôt
agricole. Agence Xinhua
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Selon les statistiques sur la part des secteurs primaire,
secondaire et tertiaire, les nouveaux rapports sont respectivement de
13 : 46 : 41, ce qui signifie que l’agriculture est passée
de position première à secondaire et que l’impôt
agricole n’est plus la principale ressource financière du
pays. En 2004, la part de l’impôt agricole ne représentait
que 0,92 % des recettes financières; en 2005, la valeur globale
de la production agricole créée par les fermiers qui constituent
70 % de la population n’était que de 13,2 % dans le PIB.
L’impôt agricole est encore la principale ressource
du gouvernement local dans les régions pauvres. Dans le système
actuel, la réduction du revenu financier des zones côtières
développées causée par la suppression de l’impôt
agricole se comble en principe par elles-mêmes, mais dans les régions
productrices de céréales et les régions du centre
et de l’ouest, le manque à gagner est subventionné
par les finances centrales au moyen de transferts sociaux. Par exemple,
en 2005, le Comité central a versé 66,4 milliards de yuans
aux gouvernements locaux, et cette année, la subvention augmentera
de 1,5 milliard de yuans. Les finances nationales sont en mesure d’assumer
cette dépense.
Ces dernières années, les finances centrales
ont versé beaucoup à l’agriculture, aux régions
rurales et aux paysans. En 2005, l’investissement a connu une augmentation
de plus de 50 % par rapport à 2002. Le Conseil des affaires d’État
est aussi décidé à supprimer à partir de 2006
les frais divers et d’études de l’instruction obligatoire
de neuf ans des régions rurales de l’ouest, et à partir
de 2007, les régions du centre et de l’est bénéficieront
du même traitement. D’ici cinq ans, les finances centrales
et locales investiront 218,9 milliards de yuans dans la scolarisation
obligatoire rurale.
Abolir l’impôt agricole peut alléger le
fardeau des fermiers de 100 milliards de yuans, soit 120 yuans par personne
pour 800 millions de fermiers. En 2004, le revenu moyen des fermiers était
de 2 936 yuans par personne. Une réduction d’impôt
de 120 yuans représente donc une somme appréciable.
Wan Baorui, spécialiste en agriculture, croit que la
suppression de l’impôt agricole signifie que l’industrie
commence à alimenter l’agriculture.
La société agricole a toujours accordé
la priorité à l’agriculture ; en réalité,
elle l’accordait à l’impôt agricole, non aux
intérêts des fermiers. Abolir l’impôt et s’attacher
aux intérêts des fermiers est un changement de la pensée,
dit Zeng Yesong, spécialiste en agriculture. Le destin des fermiers
commence à s’améliorer.
Le rempart entre les villes et les campagnes
Si abolir l’impôt agricole est une mesure pour
résoudre les problèmes de l’agriculture, des régions
rurales et des paysans, il faut savoir que nous faisons face à
plusieurs éléments indéterminés.
Nous avons dit que l’impôt agricole est la source
principale de finances locales des régions pauvres. Par conséquent,
sa suppression pourrait poser un défi rigoureux au pouvoir à
l’échelon de base de certaines régions. La dette des
bourgs et villages est estimée à 600 milliards de yuans.
La Chine n’a pas encore trouvé de mesure efficace pour régler
ces dettes et contrôler le risque financier.
Bien que les finances centrales aient renforcé les
transferts sociaux, plusieurs districts et bourgs du centre et de l’ouest
vivent encore aux dépens des finances. Ces transferts sont destinés
principalement au paiement des salaires, très peu aux dépenses
administratives. Si on n’entreprend la réforme institutionnelle
(réduction de l’appareil administratif), le fardeau des fermiers
existe encore dans les autres frais perçus sous le couvert de l’impôt
agricole. Par exemple, au Hebei, les fermiers doivent payer l’enregistrement
du mariage ou divers documents permettant de chercher du travail en ville.
Ces frais sont des revenus hors budget du gouvernement local destinés
aux dépenses administratives.
Le gouvernement central pourrait aussi rencontrer des pressions
de divers domaines dans l’établissement du budget entraînant
un « avortement » ou une « réduction »
du plan budgétaire, les représentants des régions
rurales et des fermiers à l’Assemblée populaire nationale
étant en minorité. L’établissement et l’examen
du budget ne peuvent couvrir tous les intérêts des fermiers.
Par conséquent, il faut augmenter le nombre de représentants
des paysans.
Des gens du milieu croient que réduire le nombre de
fermiers est un moyen essentiel pour régler les problèmes
de l’agriculture, des régions rurales et des fermiers. Mais
pour déplacer des fermiers vers les villes, il faut d’abord
éliminer la barrière entre les villes et les campagnes afin
d’assurer les droits et intérêts des fermiers et de
leur permettre de vivre au même niveau que les habitants urbains.
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