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Nouveau démarrage pour l’automobile chinoise
Feng Jianhua
L’histoire de l’automobile s’est révélée
dans toute sa splendeur lors d’une exposition à Détroit,
aux États-Unis, le 8 janvier. Le fabricant chinois Geely a conduit
sa 7151 CK sous les réflecteurs. C’était la première
fois en cinquante ans que la Chine présentait un produit «
maison » à la prestigieuse exposition.
Selon
Li Shufu, président de Geely, le produit est conçu et fabriqué
entièrement par des ingénieurs chinois et Geely possède
tous les droits de propriété intellectuelle.
En octobre 2005, un autre débutant chinois, Chery Automobile,
a développé le moteur ACTECO qui dessert la série
Dongfang Zhizi (fils de l’est). La naissance d’une nouvelle
voiture avec un « cœur chinois » indiquait que la compagnie
maîtrisait les technologies de base de la fabrication.
Pendant plus de dix ans, les multinationales géantes
et les coentreprises ont dominé la scène chinoise dans le
domaine. Malgré certaines réussites, les marques chinoises
se faisaient toujours couper l’herbe sous le pied par la compétition
étrangère. Plusieurs analystes croient que le gros de l’industrie
glisse vers le modèle brésilien caractérisé
par la domination de l’investissement étranger et la transformation
de l’industrie en un immense parc d’exportation pour les marques
étrangères. Ainsi, le projet de la Chine de développer
sa propre industrie automobile a-t-il échoué.
L’industrie de l’automobile chinoise est enrobée
de confusion et de pessimisme. À un sommet international en septembre
2005, des observateurs ont déclaré que le progrès
des marques chinoises serait lent, si progrès il y avait, pour
les trente prochaines années, et sans changements substantiels.
Toutefois, les plus optimistes ont dit qu’il faudrait encore trois
ans pour voir si la Chine peut accomplir quelque progrès.
Jusqu’en 2001, seulement trois des principales marques
du marché chinois étaient fabriquées en Chine. Au
cours des cinq dernières années, plus de 200 modèles
de dizaines de marques sont entrées dans le marché.
Gagner de la vitesse
En 2005, les ventes de marques chinoises représentaient
25 % du marché. Durant le premier semestre, les voitures de fabrication
chinoise atteignaient 55 % des ventes des dix premières voitures
économiques du marché chinois. La Chine domine pour les
voitures de 0,8 à 1,4 litre et de coût inférieur à
60 000 yuans. Ces modèles répondent à la demande
du gouvernement de diminuer l’émission de gaz nocifs et la
consommation d’essence. Parmi les 33 nouvelles voitures qui seront
lancées en 2006, 15 sont développées en Chine.
En
ce qui concerne les ventes mensuelles par modèle en 2005, la Xiali
est en tête de peloton, suivie de Chery et Geely. Pendant les onze
premiers mois de l’année, le volume de vente de Geely s’est
accru de 30 % comparativement la même période de 2004, augmentation
de beaucoup supérieure à la moyenne nationale. La banque
d’investissement Bear Stearns & Co. soutient que Geely est en
train de passer du bas de gamme à des voitures de haut rapport
qualité/prix.
En 2006, plusieurs fabricants nationaux visent la moyenne
gamme et la haute gamme. Chery a annoncé son intention de construire
une « Rolls-Royce » chinoise dont la conception est déjà
en cours. Des experts pensent que grimper dans l’échelle
de la valeur ajoutée pourrait constituer une seconde révolution
de l’auto en Chine.
Certaines marques jettent leur filet sur l’océan
du monde. De janvier à août 2005, la Chine a exporté
100 000 véhicules assemblés, une augmentation de 148 %.
Par ailleurs, l’importation de voitures en Chine décline
; de janvier à septembre, la Chine en a reçu 94 000, première
fois de son histoire où l’exportation dépassait l’importation.
Rouler sur les routes étrangères
Les principales destinations de l’exportation chinoise
sont l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie centrale, l’Asie
du Sud-Est et l’Amérique latine. Au premier semestre de 2005,
Great Wall Motor a exporté près de 4 000 véhicules
assemblés, autant que dans toute l’année 2004. Changan
a exporté 700 SUV en Europe, premier fabricant chinois de voitures
à le faire. Chery devient le favori de la Syrie où la clientèle
est impressionnée par les bas prix et la haute qualité.
Auparavant, la présence chinoise était très
modeste dans le marché international. La dépendance de la
Chine des voitures importées et son incapacité d’en
exporter ont entravé le développement de l’industrie.
Zhao Ying, chercheur de l’Institut d’économie
industrielle de l’Académie des sciences sociales de Chine,
a dit que ce n’est qu’en 2005 que l’industrie de l’auto
chinoise a pris son essor. Mais il a fait remarquer que l’exportation
repose sur les voitures de bas de gamme, donc représente une maigre
proportion du commerce international.
Il est vrai que l’industrie fait face à des difficultés
inattendues et des obstacles. Par exemple, peu après que la Land
Wind produite par Jiangling Holding Co. du Jiangxi est entrée dans
le marché européen, elle a été criblée
de questions concernant la sécurité. Les ambitions de Chery
en Malaysia ont aussi connu un recul ; non seulement la vente de voitures
assemblées de Chery est-elle interdite, mais aussi l’assemblage
sur place avec des pièces importées de Chine.
Dong Haiyang, directeur général adjoint de FAW
Toyota Motor Sales Co., une coentreprise entre Toyota et China FAW Group
Corp., exprime son inquiétude face à l’internationalisation
de l’automobile chinoise.
« Pour que le groupe FAW devienne un poids lourd du
marché, la priorité doit être accordée au marché
national d’abord, dit Dong. La gloire d’exporter des voitures
pour les fabricants chinois est superficielle. Je suis contre les compagnies
qui s’empressent d’exporter sans avoir la maturité
voulue. Le coût de l’exportation pourrait être aussi
grand que les pertes du marché national pendant encore des dizaines
d’années. »
Xu Gang, président de Shanghai Maple Automobile, croit
que le secret de la compétitivité consiste à investir
davantage d’efforts dans le développement de marques de propriété
locale. Il est primordial, pense-t-il, d’être indépendant
dans cinq domaines : recherche et développement, production, gestion
de la marque, amélioration du produit et contrôle de la qualité.
« La capacité de développement indépendant
est essentielle, dit Gao Xu, analyste pour McKinsey&Company, et l’on
ne peut parler d’indépendance au sein d’une coentreprise.
»
Trier l’industrie nationale
L’environnement général est un autre obstacle
au développement des marques de voitures au pays. Par exemple,
la base technique des pièces de voiture est faible et tire de la
patte sur la production de véhicules complets par manque d’investissement.
Cette situation mène à l’obligation d’importer,
habituellement à un prix supérieur à celui du marché
international.
L’insuffisance de capitaux en recherche et développement
demande une attention immédiate. Ces capitaux représentent
moins de 1 % du volume des ventes, quand la proportion est de 3 à
5 % pour les fabricants étrangers. General Motor investit de 5
à 6 milliards de dollars par année dans le développement
de nouveaux modèles, quand le budget de développement de
toute l’industrie chinoise de l’auto n’est que de 2
milliards de yuans. De plus, l’industrie souffre d’un grave
manque de personnel en recherche et développement. Chez China FAW
Group Corp., le plus grand producteur automobile de Chine, par exemple,
le personnel technique ne représente que 2,6 % du personnel total,
mais il est de 9,8 % chez Toyota.
Comme dit le chercheur Zhao Ying, bien que 2005 ait connu
une certaine évolution de l’industrie de l’automobile
chinoise vers la scène internationale, la route est encore longue,
très longue.
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