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À quand la grande consommation ?
Dans les cinq ans à venir, le gouvernement chinois
vise l’augmentation des revenus des habitants et l’encouragement
de la consommation. Cependant, cette politique affrontera des obstacles
provenant de l’inégalité dans la distribution des
biens sociaux et des lacunes du système de sécurité
sociale.
Lan Xinzhen
Certaines voix du milieu économique veulent que les
Chinois dépensent très peu et préfèrent plutôt
l’économie.
Ce point de vue a rencontré de vives protestations.
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Dans une banque de Zhengzhou au Henan, des employés
manipulent les épargnes. Photo: Xiao Xiao
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Zhou Fugui vend des légumes dans un marché de
Beijing. Certes, il ne dépense pas beaucoup, mais il dépense
tout ce qu’il gagne et il lui faut encore emprunter. Depuis quatre
ans qu’il est à Beijing, il n’a rien déposé
en banque.
Zhou gagne quelque mille yuans par mois, trois fois plus que
ce qu’il obtenait de l’agriculture dans son village. Si son
revenu annuel est de 10 000 yuans, il a dépensé plus de
20 000 en 2005, seulement dans les domaines de base : 200 yuans par mois
pour la nourriture, 230 pour le loyer, plus de 4 000 par an pour la scolarité
et l’entretien de son fils, et les frais médicaux de sa femme
dépassent 5 000 yuans par an.
En fait, Zhou mène une vie très dure à
Beijing. Un pain, de l’eau et des légumes qu’il n’a
pas vendus pendant la journée constituent son alimentation quotidienne.
Lorsqu’il a tout vendu, il consomme quelques feuilles défraîchies
laissées par les clients. Il loue une maison délabrée.
Un tricycle, une balance, un fourneau et un téléviseur désuet
font toute sa fortune. Il se lève à 4 h pour s’approvisionner
en légumes dans un marché de gros à 30 km, dans la
banlieue. Il doit arriver au marché de détail avant 7 h,
car les clients arrivent tôt.
Wu Xiaofeng est beaucoup plus heureux que Zhou parce qu’il
est plus jeune et a une profession enviable. Comme programmeur de jeux
d’ordinateur, il gagne 6 000 yuans par mois. Mais il n’a pas
non plus de dépôt bancaire. Il a acheté un appartement
à crédit et son remboursement mensuel est de 2 300 yuans.
Son transport mensuel requiert 1 000 yuans. De plus, Wu collectionne des
disques de musique et des DVD, et participe à des activités
mondaines entres amis. « Maintenant, il ne reste que 8,6 yuans dans
mon compte de salaire. Voilà tout ce que j’ai à la
banque, rigole-t-il. La plupart de mes collègues et amis dépensent
80 % de leur revenu.»
En Chine, Zhou et Wu représentent deux catégories
de consommateurs dont les dépenses surpassent les revenus.
Malgré cela, des données publiées par
la Banque populaire de Chine et le Bureau national des statistiques montrent
que les épargnes individuelles demeurent énormes et que
le taux de consommation des Chinois reste bas. En 2005, les épargnes
des Chinois ont atteint 14 billions de yuans, deuxième rang mondial,
tandis que le taux de consommation final n’a été que
de 53 %, soit 20 points de moins que le niveau moyen des pays avancés,
et il diminue d’année en année.
Apparemment, il existe un rapport de cause à effet
entre l’épargne et le taux de consommation. Mais cela ne
peut expliquer le cas des consommateurs comme Zhou et Wu. Quel embarras
pour les analystes !
La consommation des minoritaires
Certains économistes expliquent ledit point de vue
par le manque de confiance des habitants dans la consommation.
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Foire de l'immobilier à Nanjing au Jiangsu.
Photo: Dong Jinlin
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Mais pour Liu Fuxiang, professeur à l’université
des Relations économiques et commerciales avec l’étranger,
ce qui manque, ce n’est pas la confiance mais l’argent.
« Les 14 billions de yuans d’épargnes bancaires
n’appartiennent qu’à une minorité », a-t-il
révélé.
Un bruit court que 20 % des Chinois disposent de 80 % de la
fortune du pays et que 60 % des paysans n’ont pas d’épargnes
bancaires.
Depuis les années 1980, la Chine procède à
la réforme et à l’ouverture, ce qui a permis l’enrichissement
d’une minorité. Et l’écart entre ces riches
minoritaires et les autres Chinois ne cesse de s’élargir.
Les salariés et les pauvres, qui constituent la majorité,
ne peuvent que faire vivre leur famille ou bénéficient d’une
amélioration très limitée. Si un revenu annuel de
865 yuans constitue le seuil de la pauvreté, 90 millions de Chinois
sont encore pauvres. Ils n’ont même pas les moyens de s’instruire
ou de se soigner.
D’après le Pr. Liu, la version « manque
de confiance » dissimule la contradiction entre les énormes
épargnes bancaires et le bas niveau de consommation et déroute
le gouvernement dans la prise des mesures pour élargir la demande
interne et stimuler la consommation.
Au cours des ans, le coefficient Gini, indice international
pour mesurer la distribution des revenus, a atteint 0,447 en Chine, dépassant
déjà la ligne d’alerte internationale. Mais la «
demande interne » ne s’est toujours pas réveillée.
« L’inégalité dans la distribution
des biens sociaux est à l’origine des problèmes »,
selon Fan Gang, secrétaire général de la Fondation
d’étude de la réforme du régime économique
de Chine.
Par ailleurs, les statistiques nationales montrent que de
janvier à septembre 2005, les revenus des Chinois ont été
de 26,19 milliards de yuans tandis que la vente au détail des articles
de consommation a dépassé 4,5 billions de yuans. Évidemment,
les habitants moyens sont loin des forces principales de la consommation.
Des consommateurs émergents
Quand les experts discutent de la confiance des habitants
dans la consommation, les riches jettent de leur argent à l’étranger.
En France comme en Belgique, des magasins développent des services
spécialement pour les touristes chinois.
Sur le marché intérieur, des articles de luxe
du monde entier dont limousines, montres et vins de grande marque, haute
couture et produits de beauté ont trouvé leurs maîtres.
En 2005, le volume de vente quotidienne de voitures à Beijing a
atteint 1 000 unités.
Les Chinois nés vers la fin des années 1970
sont en train de devenir le pilier de la consommation. Ils sont tous des
enfants uniques grâce à la politique de planification familiale
et indépendants économiquement. Dotés d’un
concept de consommation mûr, ils préfèrent la dépense
à l’économie. D’ailleurs, certains d’entre
eux dépensent non seulement l’argent qu’ils gagnent,
mais également celui de leurs parents et grands-parents.
Selon le rapport d’étude de BNP Prime Peregrine,
les premiers enfants uniques nés entre 1977 et 1981 ont dépassé
90 millions. Aujourd’hui, ils sont âgés de 25 ans à
30 ans et gagnent beaucoup plus que leurs parents. Ils constituent la
première génération qui vit la réforme et
l’ouverture, l’économie de marché et la culture
de la mode. Quant aux jeunes nés entre 1982 et 1998, leur nombre
approche 320 millions. Ils vivent dans une situation meilleure et ne sont
pas enclins à l’épargne. Au contraire, ils apprécient
le confort que la consommation leur apporte et cherchent la personnalité
dans les marques. En 2008, ils deviendront les forces principales de la
consommation.
Le rapport prédit également une croissance de
13 % à 14 % du volume de vente en détail dans les trois
prochaines années.
Le système de sécurité sociale imparfait
restreint le désir de consommation de nombreux Chinois. Les parents
de Wu Xiaofeng s’opposent à son concept de tout dépenser.
Ils déposent toujours une certaine somme à la banque pour
des urgences éventuelles.
En Chine actuellement, les coûts du logement, des services
médicaux et de l’éducation montent à un niveau
très haut, ce qui exerce une influence sur la consommation.
Enrichir la majorité
L’investissement, l’exportation et la consommation
constituent le moteur de la croissance économique. La Chine dépend
beaucoup des deux premiers. Il semble que la troïka de l’économie
chinoise soit tirée par deux beaux chevaux et un âne maigre.
Cette réalité préoccupe le gouvernement
qui a décidé, lors de la réunion centrale du travail
économique pour 2006, d’augmenter la demande interne et d’encourager
la consommation des habitants.
Il y a des années, le gouvernement a réduit
le taux d’intérêt sur l’épargne et augmenté
le coût de l’éducation afin de forcer les habitants
à dépenser.
Aujourd’hui, on reconnaît que les revenus bas
constituent la raison majeure d’un taux de consommation bas. Alors,
des mesures d’enrichissement remplacent les anciennes. D’une
part, les impôts ont été généralement
réduits ; d’autre part, le système de sécurité
sociale s’améliore. En remplissant les poches des habitants,
on essaie de dissiper leur méfiance face à la consommation.
En 2006, l’impôt agricole a été
aboli. Les frais scolaires des neuf années obligatoires ont été
supprimés dans les campagnes. Un nouveau système médical
coopératif couvrira 60 % des régions rurales. La contribution
accordée par les finances centrales à l'assurance médicale
des paysans dans les régions du centre et de l’ouest passera
de 10 à 20 yuans par personne et par an. Tout cela pour augmenter
les revenus des paysans.
Quant aux régions urbaines, le niveau du minimum vital
a été haussé. Le système de salaire minimal
est strictement appliqué dans les entreprises. En 2006, la politique
continue à s’incliner vers les habitants à faible
revenu dont le salaire augmente sans cesse et le potentiel de consommation
s’accroît. De grands efforts seront investis dans la lutte
contre des prix déraisonnables dans les domaines de l’éducation,
de la santé et des télécommunications. On améliorera
la politique de consommation du logement et de l’automobile, et
encouragera la consommation culturelle, touristique et dans le domaine
de la santé. L’environnement de consommation sera amélioré.
Le crédit à la consommation se standardisera et se développera.
On accélérera l’établissement du système
de crédibilité individuelle.
Depuis 2006, le gouvernement réduit l’impôt
sur les revenus dont le point de départ s’est élevé
de 800 yuans à 1 600 yuans, dans le but de soulager le fardeau
des salariés et de favoriser leur consommation.
Le taux de consommation augmentera-t-il en 2006 ?
La politique d’encouragement de la consommation aura-t-elle
un effet remarquable en 2006 ?
Qi Jingmei, au service d’estimation économique
du Centre national de l’information, croit que vu le ralentissement
de l’économie mondiale et l’effet du macrocontrôle,
la croissance de l’économie de Chine ralentira elle aussi.
L’investissement et l’exportation diminueront inévitablement
à cause de facteurs politiques et environnementaux internes et
externes. En 2006, les investissements dans l’immobilier baisseront
de cinq points par rapport à 2005, le taux de croissance de l’exportation,
de 8 à 9 points, et celui de l’importation augmentera. La
balance excédentaire du commerce extérieur diminuera probablement.
Dans ce cas-là, la croissance économique dépend
de la consommation. Une atmosphère politique favorable a été
créée pour élargir la demande interne en 2006. Le
11e Programme quinquennal souligne que la consommation doit contribuer
davantage à l’économie et qu’il faut augmenter
les revenus des habitants afin de soutenir la croissance de la consommation.
Selon les premières estimations, en 2006, la valeur
de vente au détail des articles de consommation atteindra 6,88
billions de yuans (+13 %). Compte tenu du facteur prix, la croissance
réelle sera d’environ 11,3 %. La valeur réalisée
dans les régions urbaines sera de 4,6 billions (+13,8 %), dans
les campagnes, de 2,27 billions de yuans (+11,4 %). La croissance de la
consommation urbaine maintiendra le niveau de 2005 alors que celle de
la consommation rurale augmentera de 0,3 point. Ainsi, l’écart
de consommation entre les régions urbaines et rurales diminuera
de 2,6 points à 2,4 points.
Malgré ces estimations optimistes, le professeur Liu
indique qu’on verra une année de consommation à condition
que l’augmentation des revenus des habitants dépasse 15 %.
En 2005, les revenus disponibles par citadin ont augmenté d’environ
10 %, et les revenus nets par paysan, de 6 % seulement.
« Même si je gagne davantage en 2006, je ne ferai
pas d’économies. Beaucoup de choses attendent de l’argent
», a dit Zhou Fugui.
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