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La vraie puissance économique de la Chine
Les résultats du premier recensement économique
national aideront à mieux connaître la situation réelle
de l’économie du pays.
Lan Xinzhen
D’après les résultats du premier recensement
sur l’économie nationale rendus publics par le Bureau national
des statistiques en conférence de presse le 20 décembre
2005, la valeur globale du PIB 2004 de la Chine dépasse de loin
le chiffre prévu, passant de 13,6515 billions de yuans à
15,9878 billions, une hausse de 2,3 billions de yuans.
Ce n’est pas un montant minime, car la valeur ajoutée
réalisée par le secteur primaire de la Chine en 2004 n’était
que de 2,0744 billions de yuans.
Li Deshui, responsable du groupe du premier recensement économique
et directeur du Bureau national des statistiques, en était surpris.
« Cela justifie les hypothèses avancées sur l’inexactitude
de la valeur du PIB. Mais on n’aurait jamais pensé que la
différence serait si grande », dit-il.
Les résultats du recensement ont étonné
aussi les étrangers qui pensaient que le PIB de la Chine était
surestimé. Li Deshui a indiqué qu’on réviserait
les données du PIB des dix dernières années sur la
base des résultats du présent recensement. Après
le réajustement, la valeur du PIB de ces ans serait plus élevée.
Le réajustement du PIB 2004 a élevé la
Chine du septième rang mondial au sixième. Mais comme le
niveau moyen par personne se classe après le centième rang
du monde, la Chine reste encore un pays en développement.
Pourquoi 2,3 billions de yuans de plus ?
« Certains ont dit que c’était grâce
au recensement que le PIB avait augmenté de 2,3 bilions de yuans
; ce point de vue n’est pas juste, car le recensement ne crée
pas le PIB. Le PIB de 15,9878 billions de yuans est une réalité
objective. C’est par manque de statistiques que le chiffre préliminaire
était de 13,6515 billions », a expliqué Li.
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Le premier recensement économique général
a débuté le 1er janvier 2005. Photo Xinhua
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Li a qualifié les 2,3 billions de yuans de «
chiffres manquants » devant la presse.
Parmi les 2,3 billions de yuans de plus du PIB 2004, 2,13
billions viennent du secteur tertiaire, soit 93 %.
« En fait, en tant que service responsable des statistiques,
nous avons compris que la valeur du secteur tertiaire a été
sous-estimée et, en tenant compte des restrictions du système
et des méthodes actuels, nous avons pris la décision de
procéder au recensement général. La réalité
a confirmé notre jugement. C’est un fait bien agréable
», dit Li.
Selon lui, cinq raisons pourraient expliquer le problème
de statistiques du secteur tertiaire. Premièrement, avant les années
1980, la Chine a longtemps utilisé le Material Product System (MPS),
développé sous l’économie planifiée
et inclus dans les statistiques de l’économie nationale.
Les statistiques du secteur tertiaire étaient fort déficientes.
Depuis les années 1990, la méthode statistique s’approche
progressivement de la norme internationale SNA, mais les statistiques
de base de ce secteur n’ont pas suivi. Deuxièmement, les
entreprises du secteur tertiaire sont nombreuses, les conditions compliquées,
le système de comptabilité défectueux et la méthode
statistique arriérée. Troisièmement, grâce
à l’approfondissement de la réforme, les éléments
économiques sont de plus en plus variés et les services
privés et individuels ont connu un développement rapide,
mais la dispersion géographique et les changements fréquents
rendent les statistiques difficiles. Quatrièmement, de nombreuses
nouvelles branches du secteur tertiaire sont apparues, mais le manque
d’information a abouti à des statistiques incomplètes.
Cinquièmement, certains services affiliés à des entreprises
industrielles et de bâtiment ont été comptés
dans le secteur secondaire, mais beaucoup d’autres ont été
omis dans les statistiques des secteurs secondaire et tertiaire.
Li a dit qu’une nouvelle méthode de statistique
serait adoptée, c’est-à-dire que le Bureau des statistiques
du gouvernement central sera responsable des statistiques provinciales
et les services du niveau provincial s’occuperont des données
des villes et districts. Des mesures seront prises pour résoudre
les problèmes du secteur tertiaire en statistiques.
Le développement rapide de l’économie
privée
D’après le recensement, il y avait environ 3,25
millions de compagnies dans les secteurs secondaire et tertiaire à
la fin de 2004 dont les entreprises publiques ne représentaient
que 6 %, tandis que 94 % étaient des entreprises collectives, privées
et à capitaux étrangers.
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Un atelier de montage automobile à Xi'an. Photo:
Ding Haitao
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Selon Li, en comparaison avec les résultats du deuxième
recensement général de 2001 sur le nombre de compagnies,
on constate que leur nombre a augmenté de 223 000, soit de 7,4
%. Toutefois, le nombre d’entreprises publiques a baissé
à 192 000, soit une diminution de 177 000 ou 48,2 % ; celui des
entreprises collectives à 456 000, une baisse de 402 000 ou 46,9
%, tandis que les compagnies à responsabilité limitée
ou par action ont augmenté de 106 000 pour atteindre 406 000, une
croissance de 35,2 %, et le nombre d’entreprises privées
a atteint 1 982 000 (+658 000 ou 49,7 %), celui des autres compagnies
à investissement chinois de 62 000 (+25 000 ou 66,5 %), celui des
entreprises à investissement de Hongkong, de Macao et de Taiwan
et à investissement étranger de 152 000 (+13 000 ou 9,6
% de plus).
« Cela montre que les entreprises non publiques se sont
développées plus rapidement que les entreprises publiques
», dit Li.
Le développement de l’économie privée
a été aussi joué un rôle dans l’investissement.
À la fin de 2004, le montant global des investissements réellement
effectués par toutes les entreprises était de 18,2 billions
de yuans, dont 8,7 billions effectués par l’État (48,1
%), 1,4 billion par les collectivités (7,9 %), 5,1 billions par
des particuliers (28,0 %), 1,3 billion par les investisseurs de Hongkong,
Macao et Taiwan (7,3 %), et 1,6 billion par les investisseurs étrangers
(8,7 %). Tandis qu'en 2002, la part des investissements publics représentait
plus de 50 %. En deux ans seulement, l’investissement des entreprises
non publiques a dépassé celui des entreprises publiques.
L’amélioration de la structure économique
Après le réajustement du PIB, le rapport entre
les trois secteurs dans le PIB a changé : la part du secteur primaire
était de 13,1 %, 2,1 points de moins par rapport au chiffre préliminaire
de 2004 (15,2 %) ; celle du secteur secondaire a baissé de 52,9
% à 46,2 %, soit de 6,7 points ; celle du secteur tertiaire a augmenté
de 31,9 % à 40,7 %, une hausse de 8,8 points.
« La forte augmentation de la part du secteur tertiaire
montre que la structure de la croissance économique est plus rationnelle
et saine que celle qui transparaissait dans les statistiques antérieures.
Le présent recensement montre que la croissance économique
de la Chine n’a pas été promue totalement par la manufacture
ou l’exportation comme le concluaient certains. L’industrie
des services a, elle aussi, beaucoup contribué à la croissance
économique du pays. Comme les services ont un lien direct avec
la consommation, nous pouvons dire que le rôle de la consommation
avait été aussi sous-estimé », dit Li.
Grâce à l’augmentation de la part du secteur
tertiaire, la contribution de la consommation au PIB s’est élevée
de 36,3 % à 37,8 %, tandis que le capital immobilisé a baissé
de 52,9 % à 48,1 %, l’exportation nette de 9,1 % à
6,3 % et la proportion entre le montant des investissements dans les biens
immobiliers et le PIB de 51,5 % à 44,1 %.
Certains macro-indicateurs ont aussi connu un changement.
Par exemple, la consommation d’énergie pour 10 000 yuans
de PIB a baissé de 1,58 TEC à 1,39 ; le coefficient d’élasticité
de l’électricité de 1,53 % à 1,44 % ; la part
des recettes financières dans le PIB de 19,3 % à 16,5 %
; et celle des dépenses financières de 20,8 % à 17,8
%.
Politiques macro-économiques
D’après la décision du Conseil des affaires
d’État, les résultats du présent recensement
général seront utilisés comme base de comptabilité
économique et de compilation du XIe Plan quinquennal de développement
et du plan annuel de développement économique et de progrès
social de 2006 des gouvernements locaux. D’où une inquiétude
face au changement potentiel de politiques macro-économiques de
la Chine.
Li a expliqué : « Les anciennes statistiques
n’ont pas affecté les politiques macro-économiques
et le présent recensement général ne les changera
pas non plus. »
Il a poursuivi que le présent recensement général
montre qu’il existe des problèmes saillants dans l’économie
chinoise. Par exemple, la baisse légère de la consommation
unitaire d’énergie ne peut changer fondamentalement la situation
générale.
Cependant, quelques spécialistes et fonctionnaires
diffèrent d’opinion. Bai Zhong’en, professeur à
la Faculté de la gestion économique de l’université
Qinghua, estime que l’augmentation de 2,3 billions de yuans (16,8
%) du PIB a une valeur importante de référence pour la prise
de décision économique. Selon lui, après le réajustement,
le ratio du secteur tertiaire dans le PIB s’est élevé
à plus de 40,7 %. Bien qu’il existe encore un certain écart
avec les pays développés, ce pourcentage témoigne
que le secteur tertiaire a connu un développement rapide. «
La part des investissements, des dépôts bancaires, des exportations
et de la consommation d’énergie dans le PIB ont aussi changé,
les politiques macro-économiques concernées devraient être
réajustées en conséquence », conclut Bai.
Jia Kang, expert en finance et impôt du ministère
des Finances, a indiqué qu’après le réajustement,
la proportion de déficits financiers dans le PIB continuerait à
baisser, passant de 2,5 % en 2004 à moins de 2 % en 2005, et que
cela veut dire que le risque financier des services publics a diminué.
La baisse du ratio de dettes des services publics dans le PIB et de la
charge d’impôt aboutirait au changement du budget des dépenses
financières du pays.
Selon Yuan Gangming, de l’Académie des sciences
sociales de Chine, comme le secteur tertiaire est plus développé
dans les régions de l’est qu’au centre et à
l’ouest du pays, et qu’il a beaucoup contribué à
l’augmentation du PIB enregistrée dans le recensement général,
l’écart de revenus entre ces régions pourrait s’élargir.
Cela obligera le gouvernement central à élaborer des politiques
favorables pour les régions du centre et de l’ouest.
Actuellement, les spécialistes et experts désignés
par le gouvernement chinois sont en train d’analyser les données
du recensement économique général. L’influence
de ces données sur les politiques économique de la Chine
reste à observer.
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