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Cesser de fumer, vraiment?
Le changement d’attitude face à la cigarette
est la clef du succès quand on veut « écraser ».
Li Li
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Un modèle à ne pas imiter.
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Chang a tiré sa première bouffée à
21 ans. C’était il y a vingt ans. Alors étudiante
en journalisme à l’université Fudan de Shanghai, elle
considérait progressif et rebelle le geste de fumer, surtout pour
une femme. « Je trouvais la cigarette amusante et reposante, et
je le pense encore », dit Chang, maintenant journaliste à
Beijing et mère d’un enfant de 10 ans.
Chang fume en présence de son fils, mais elle lui dit
qu’il ne devrait pas fumer avant l’âge de 18 ans. Si
alors il décide de fumer, il ne devra pas devenir dépendant,
ajoutant qu’elle-même fume parfois plus de huit cigarettes
par jour.
Chiffres inquiétants
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Un million de morts par an, en Chine, à cause
de la cigarette, cela ne suffit pas? Photo: Wang Xiang
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Chang ne sait pas ou ne veut pas savoir que chaque bouffée
est un pas vers la mort. Selon l’Organisation mondiale de la santé
(OMS), 5 millions de décès par année sont liés
à la cigarette dans le monde, dont le quart en Chine. La moitié
des fumeurs actuels seront tués par le tabac.
La Pr. Yang Gonghuan, experte dans le domaine, dit que 48,6
milliards de yuans ou 12 % des dépenses médicales totales
en Chine sont allés aux maladies liées au tabagisme en 2000.
« Et la hausse des dépenses médicales est plus rapide
que celle des taxes que rapporte l’industrie du tabac », dit-elle.
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Les fumeurs "passifs" sont des victimes
non reconnues en Chine. Photo Xinhua
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Ses études montrent que le sommet du désastre
de la santé causé par la cigarette se produira en 2030.
Selon Yang, les plus grands tueurs des fumeurs chinois sont le cancer,
les maladies cardiovasculaires et l’asthme.
Le danger infligé aux « fumeurs passifs »
n’est pas pleinement reconnu en Chine. Plus de la moitié
des non-fumeurs sont exposés à la fumée des autres,
y compris les bébés et enfants de parents qui fument à
la maison, comme le fils de Chang. Si l’on reconnaît que les
fumeurs risquent plus que les non-fumeurs la maladie et la mort précoce,
le danger est particulièrement grave en Chine, où les soins
médicaux ne sont pas toujours existants pour la population pauvre
et conduisent souvent les familles rurales à l’endettement
et à la pauvreté.
La cigarette est le seul produit de consommation qui tue intentionnellement
et est indissociable de la pauvreté. Selon le Dr Henk Bekedam,
représentant de l’OMS en Chine, les foyers ruraux du sud-ouest
du pays dépensent environ 11 % de leurs revenus en tabac, bien
qu’ils ne puissent s’offrir le nécessaire.
Bekedam se rappelle une inspection au Tibet en 2004; les gens
se plaignaient que le sel iodé coûtait trop cher. Paradoxalement,
une famille dépensait 1,5 yuan pour un paquet de cigarettes qui
durerait deux jours, plutôt que pour un kilo de sel qui aurait duré
deux mois.
Un pas en avant
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Le sommet du désastre pour la santé
devrait se produire en 2030. Photo: Wang Xiang
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Depuis plusieurs années l’industrie du tabac
est le plus grand fournisseur de revenus pour l’État en Chine.
En 2004, elle a versé 210 milliards de yuans en taxes, 8 % du revenu
fiscal national. La Pr. Yang a dit en juin 2003 en entrevue : «
Nous ne pouvons songer aux intérêts économiques sans
penser à la santé publique. L’économie ne peut
se développer aux dépens de la santé. »
En signant le projet de convention de l’OSM sur le contrôle
du tabac en novembre 2003, la Chine a fait un important pas. La «
convention » est entrée en vigueur en janvier cette année,
et « sa ratification par la Chine montre une fois de plus que le
pays est un leader mondial de la santé publique, tout en confirmant
la détermination du gouvernement chinois de renverser la tendance
et d’avancer vers une société en meilleure santé
», dit Bekedam.
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La cigarette tue par le cancer, les maladies cardio-vasculaires
et l'asthme. Photo: Wang Xiang
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Dans ce but, le Bureau national du monopole du tabac a émis
un règlement appliqué dès le 1er janvier 2006 stipulant
que la quantité de nicotine et de goudron, l’émission
de monoxyde de carbone et l’avertissement « Fumer nuit à
la santé » apparaissent clairement sur chaque paquet de cigarettes
et produit du tabac. Les termes précédemment employés
comme « léger », « environnemental », «
faible taux de goudron » et « doux » sont maintenant
bannis.
Ces décisions sont conformes à l’article
11 de la « Convention ».
Peut-être faudra-t-il davantage d’efforts pour
détruire l’image de « sans danger » propagée
par les leaders comme Mao Zedong et Deng Xiaoping, qui fumaient en chaîne
et ont vécu longtemps.
Le seul moyen de changer cette idée est que les leaders
actuels donnent le ton. « Il est très important que les grands
dirigeants s’impliquent dans la lutte », dit Bekedam, qui
s’est senti encouragé à la promesse du premier ministre
Wen Jiabao que les Jeux olympiques de 2008 seraient des « JO sans
fumée ». C’était un message clair pour le pays
: le tabac ne peut être associé au sport.
Il faut changer d’attitude
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Environ 67 % des hommes fument et 4 % des femmes.
Photo: Wang Xiang
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Bekedam dit que le gouvernement chinois doit mener la lutte
sur quatre fronts. Premièrement, en haussant la taxe sur le tabac,
une des façons les plus efficaces de réduire la consommation
sans perdre de revenus, appliquée dans plusieurs pays industrialisés.
Deuxièmement, en appliquant des règles strictes d’interdiction
de publiciser le tabac. Troisièmement, en renforçant les
règles d’emballage et d’étiquetage des produits,
et enfin, en intensifiant les efforts pour régler les problèmes
des fumeurs passifs.
Il ne faut pas s’illusionner, la tâche est très
ardue dans un pays où vivent le tiers des fumeurs du monde. Quand
quelqu’un allume une cigarette au restaurant, en Chine, personne
ne dit mot. Dans les petites villes, on sert même des paquets de
cigarettes avec les mets. À travers le pays les cigarettes sont
considérées comme un cadeau ordinaire aux amis et parents
à l’occasion des fêtes et il est considéré
comme impoli de ne pas offrir une cigarette à un homme dans une
réception formelle.
Bekedam dit que le changement de comportement culturel nécessitera
du temps, des investissements et des campagnes efficaces.
Il existe une aide médicale pour ceux qui veulent vraiment
abandonner. À Beijing, les hôpitaux Anzhen et Chaoyang ont
organisé des sessions de consultation une demi-journée par
semaine, prescrivant une thérapie avancée de remplacement
de la nicotine et offrant un secours psychologique aux fumeurs qui ont
besoin d’aide.
La Chine participe au concours biennal de cessation de fumer,
International Quit&Win, depuis 1996. En 2004, près de 60 000
fumeurs chinois se sont enregistrés. Le gagnant a été
Chai Jianguo, un chauffeur de camion de 33 ans.
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Environ 67 % des hommes fument et 4 % des femmes.
Photo: Wang Xiang
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Xu Guihua, vice-présidente de l’Association de
contrôle du tabac de Chine, une ONG de Beijing, dit que la raison
de la tendance actuelle à l’augmentation du nombre de fumeurs
parmi les adolescents et les jeunes femmes, surtout les collets blancs
diplômés d’université, est le manque d’esprit
antitabagisme de la société. Pis encore, dit-elle, les scènes
de films ou de téléfeuilletons montrant des vedettes qui
fument donnent aux jeunes la fausse idée que fumer, c’est
être dans le vent.
Il y a cinq ans, l’association de Xu a lancé
une fructueuse campagne nationale auprès des écoliers du
primaire et du secondaire pour les inciter à « refuser la
première cigarette et à devenir une génération
de non-fumeurs ». En avril 2005, au moins un million d’écoliers
avaient signé leur engagement à ne jamais fumer.
Le personnel médical chinois donne un mauvais exemple
puisque 58 % des médecins masculins fument. Voyant le fait comme
un problème urgent, l’Association de contrôle du tabac
de Chine a lancé une campagne pour créer des hôpitaux
sans fumée, avec l’hôpital Chaoyang et l’hôpital
Beijing comme pilotes. Dans les pays développés, moins de
2 % des médecins fument.
Le gouvernement respecte ses engagements envers la «
Convention » mais il s’engage aussi envers le peuple en renforçant
la législation nationale surtout les règles sur le tabagisme
mais selon Xu, les efforts sont insuffisants. Une dizaine de lois et règlements
interdisant de fumer dans les endroits publics ont été émis
depuis les années 1980, mais leur application a échoué
faute de ressources et de surveillance.
| Une bataille familiale
Fille d’un combattant contre le tabac, la
journaliste de Beijing Review, Li Li, se sent mal à l’aise
de ne pas révéler à sa mère la dépendance
probable de la cigarette de sa jeune sœur. Voici l’histoire.
Quand j’ai aperçu l’emballage de
cellophane dans un livre de ma sœur de 18 ans, cela m’a
paru étrange. Dans le paquet, il y avait des miettes de tabac.
Je lui ai demandé pourquoi elle l’utilisait comme signet.
« Ça sent bon », fut sa réponse brève
et directe.
Ma réaction et ma colère sont inspirées
par l’histoire d’une famille hantée par le tabagisme
et une lutte de trois générations où la cigarette
l’emporte toujours.
« Penses-tu devenir une fumeuse ? », ai-je
demandé à ma sœur, alors en première année
d’université à Qingdao.
« Oui, je le pense. »
Malgré sa réponse franche, j’ai
décidé de ne rien dire à notre mère
qui a toujours fait de son mieux pour nous protéger des dangers
de la cigarette.
Comme ma grand-mère paternelle est morte du cancer
du poumon, ma mère a toujours détesté la cigarette
qui était constamment dans nos vies. Ma grand-mère
a fumé pendant trente ans. En 1996, âgée de
73 ans, elle souffrait de cancer avancé. Femme de campagne,
elle roulait ses propres cigarettes avec du tabac de la ferme familiale.
Elle refusait les cigarettes commerciales qu’elle trouvait
trop douces. Neuf mois après le diagnostic, elle est décédée.
Son dernier désir, sur son lit de mort, fut de fumer une
cigarette.
Une tante du côté paternel a pris l’habitude
de fumer dans la trentaine. À 50 ans, elle souffrait de diabète
que les médecins attribuaient en partie à la cigarette
et ils lui ont conseillé de cesser de fumer. Elle a arrêté
six mois puis repris. Maintenant « grand-mère à
temps plein », elle fume loin de son petit-fils de deux ans
trois ou quatre fois par jour, gardant la fumée dans ses
poumons aussi longtemps qu’elle le peut.
Ma mère discute souvent du danger de fumer pour
la santé avec ma sœur, en recourant aux malheureux exemples
familiaux. Malgré l’attitude nonchalante de ma sœur
face à la cigarette, notre mère est soulagée
qu’aucun de ses amis ne fume pour l’influencer et se
réjouit de penser que la prochaine génération
sera non-fumeuse. Elle n’a pas encore vu le signet de cellophane. |
Données sur le tabagisme
en Chine
· Environ 67 % des hommes fument et 4 % des femmes.
· Chez les jeunes, le tiers des garçons
et près de 8 % des filles fument.
· Une cigarette sur trois consommée dans
le monde est fumée en Chine.
· La cigarette tuera environ le tiers des hommes
chinois qui ont actuellement moins de 30 ans.
· Environ 3 000 personnes meurent chaque
jour en Chine à cause du tabac.
· Il y a plus de 300 millions de Chinois fumeurs
- plus que la population entière des États-Unis.
· Les fumeurs chinois consomment 1,7 billion
de cigarettes par an - ou 3 millions de cigarettes par minute.
· La Chine est le plus grand producteur de tabac
du monde, soit environ le quart de la production mondiale de feuilles
de tabac.
· Le tabagisme joue un rôle dans quatre
des cinq principales causes de mortalité en Chine.
· En 1993, l’OMS estimait que pour 5 milliards
de dollars de taxes sur le tabac que la Chine gagne, elle perd 7,8
milliards de dollars en productivité et en coûts de
santé additionnels.
· Selon une étude menée dans l’arrondissement
Minhang de Shanghai, les fumeurs dépensent environ 60 % de
leurs revenus personnels et 17 % des revenus familiaux en cigarettes. |
(Source: OMS/ 2002)
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