La publicité du tabac gâte le paysage urbain

Yan Wei

Les noms Baisha, Hongta et Furongwang, les plus grandes marques de tabac en Chine, qui paraissent aux arrêts d’autobus, dans les gares, au sommet des immeubles et même sur les portes des appartement, sont familiers aux habitants de la capitale.

Panneau publicitaire de Baisha à un arrêt d'autobus
Photo: Wei Yao

Le Bureau national de contrôle du tabac a mené une enquête à Beijing, Shanghai, Wuhan et Kunming, toutes envahies par la publicité du tabac. À Beijing, la publicité se trouve dans onze des dix-huit avenues importantes et deux des trois gares principales. À Kunming, l’aéroport est inondé d’images et de slogans publicitaires. Quant à Shanghai, on a prélevé dix revues dont quatre réservent des pages à la publicité sur le tabac.

D’après Zhang Yifang, vice-président de l’Association chinoise de contrôle du tabac, la publicité permet aux entreprises de se disputer le marché, de stimuler la consommation des anciens fumeurs et d’en attirer de nouveaux dont la plupart sont des adolescents. Elle est responsable du taux croissant des fumeurs, des dommages à la santé et de la mort causée par le tabagisme.

La publicité du tabac est devenue populaire depuis les années 1990. Elle est passée d’abord par la télévision, puis le cinéma et enfin les autres médias. Des villes côtières aux villes intérieures, la taille des affiches grandit sans cesse. La publicité indirecte et déguisée est aussi apparue.

Dans la dernière décennie du siècle, l’Association a lancé, dans l’ensemble du pays, une recherche des villes libres de publicité sur le tabac. En 2003, cette campagne a été reconnue par le ministère de la Santé et le Bureau national de l’Administration de l’industrie et du commerce. En 2005, le 31 mai, journée mondiale sans tabac, quatorze villes sans publicité de tabac soit Puyang au Henan, Houma au Shanxi, Taicang, Kunshan, Jiangyin et Lianyungang au Jiangsu, Nanan et Jinjiang au Fujian, Maoming, Huizhou, Huazhou, Zhongshan, Shantou et Lianzhou au Guangdong. Actuellement, l’Association prépare le deuxième tour de nomination.

La Chine est parmi les premiers pays à décréter des restrictions strictes sur la publicité du tabac. Les « Règlements du contrôle de la publicité » élaborés en 1987 par le Conseil des affaires d’État, la « Loi sur le monopole de vente du tabac de la République populaire de Chine » approuvée par le Comité permanent de l’APN en 1991 ainsi que la « Loi sur la publicité de la République populaire de Chine » mise en vigueur en 1995 formulent de telles restrictions. Conformément à la loi sur la publicité, le Bureau national de l’Administration de l’industrie et du commerce a élaboré en 1996 les « Mesures de contrôle provisoires de la publicité sur le tabac » qui interdisent la publicité à la télé, à la radio, au cinéma, dans les journaux et périodiques et les lieux publics comme les salles d’attente, les salles de conférence, les théâtres et cinémas et les stades.

En janvier 2006, le Centre d’observation de la publicité de Beijing a publié la liste 2005 des annonces suspectes de contrevenir à la loi. Les 581 publicités sur le tabac soumises à l’observation ont été accusées. Il est étonnant que 514 d’entre elles soient issues d’entreprises autres que de tabac mais utilisant le slogan, la marque, l’emballage et le nom des tabacs. S’agit-il d’une gestion diversifiée des grands producteurs de tabac ?

Selon Yang Yan, chercheuse adjointe au Bureau national de contrôle du tabac, dans le contexte actuel, la Loi sur la publicité élaborée il y a plusieurs années est assez tolérante pour le tabac, ce qui permet aux sociétés de tabac de « jouer une touche de table ».

« On voit souvent aux arrêts d’autobus la publicité du groupe Baisha. Certes, il existe une compagnie Baisha, mais le groupe gère sous son nom plusieurs domaines dont la pharmacie, la distribution d’articles, la propagande culturelle, etc.. Le simple terme Baisha n’est pas assez précis pour qu’on le lie directement aux cigarettes Baisha. La publicité défie ainsi les moyens d’identification et est considérée légale », a expliqué Shen Erli, vice-président de l’Association chinoise de contrôle du tabac.

Cependant, une enquête a révélé que, parmi les 1 200 questionnés, 67 % des adultes et 50,6 % des adolescents pensent directement à la cigarette de cette marque en voyant le nom. Voilà l’effet de cette publicité. « Elle doit être interdite », selon Yang Yan.

Yang a cité un autre exemple qui profite des lacunes de la loi. Lors de la première F1 tenue en Chine en 2004, les principaux commanditaires étaient de grandes compagnies de tabac. Le Centre national de prévention et de contrôle des maladies, dans une lettre ouverte, a appelé à une F1 sans tabac. Un rajustement a été effectué face à l’opinion publique et la publicité de tabac a été placée sur le costume des pilotes et sur les voitures. « Les entreprises de tabac ont dû se creuser la tête pour ce genre de publicité mobile hors des contraintes de la loi », a-t-elle dit.

Expulsée des pays occidentaux, la publicité du tabac a trouvé de sol fertile dans les pays en voie de développement où la loi est imparfaite et la conscience publique, faible.

La « Convention-cadre sur le contrôle du tabac » adoptée à la 56e Assemblée mondiale de la santé en mai 2003 est entrée en vigueur en Chine en janvier 2006. La convention demande aux pays signataires de prohiber en cinq ans la publicité, la promotion et les commandites de tabac à la télé, à la radio, dans les publications, l’Internet et les autres médias. Yang Yan trouve cet objectif difficile à atteindre puisque les critères d’examen existants formulés par les départements de l’industrie et du commerce restent encore très tolérants.


 
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