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Coopération sans attaches
En janvier, la Chine a annoncé son désir
d’augmenter sa coopération avec l’Afrique en publiant
son Document sur la politique africaine de la Chine (ci après
appelé « Politique »), destiné à guider
les relations en poursuivant une stratégie de non-ingérence
et détachée de liens idéologiques. Christopher Mutsvangwa,
ambassadeur du Zimbabwe en Chine, a bien voulu répondre aux questions
de notre reporter Ni Yanshuo et commenter les critiques des pays occidentaux
qui lient la coopération à la démocratie et aux droits
humains.
Le Zimbabwe est un pays important aux yeux de la Chine.
Que pensez-vous de la coopération sino-zimbabwéenne ces
dernières années ?
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Christopher Mutsvangwa, ambassadeur du Zimbabwe en
Chine. Xiao Ying
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Vingt ans se sont écoulés depuis l’ouverture
de la Chine. La Chine vit une nouvelle transformation pour devenir une
des puissances économiques et commerciales du monde, suscitant
de grands espoirs économiques. Cette nouvelle vague d’occasions
favorables s’étend jusqu’en Afrique, continent toujours
considéré comme retardataire.
Jusqu’ici, l’Occident a mis l’accent sur
le pessimisme africain. Les observateurs sociaux et politiques qui voyaient
le « continent noir » à la façon des anthropologistes
du XIXe siècle sont en train d’être écartés
par une vague d’optimisme africain. La montée économique
de la Chine, entre autres pays, ouvre de nouvelles avenues qui pourront
sortir l’Afrique de la pauvreté.
Tout comme la Chine a ouvert un espace politique et diplomatique
à l’Afrique dans les années 1970, Beijing lui ouvre
maintenant un espace économique et commercial. Je peux dire sans
me tromper que le chemin de développement économique choisi
par le Zimbabwe offre maintenant des perspectives de succès. Il
en est ainsi parce que l’étranglement imposé par les
grandes puissances d’autrefois se relâche dans un environnement
plus ouvert et plus compétitif du monde des affaires.
Le Zimbabwe profite pleinement de ce meilleur climat économique
mondial pour trouver sa juste place parmi les partenaires de coopération
internationale, anciens et nouveaux. Le président Mugabe a traité
éloquemment de cette question au Sommet de coopération sino-africaine
d’Addis-Abeba en 2003. Son discours prophétique prend tout
son sens maintenant que le rythme du commerce entre l’Afrique et
la Chine fait la Une des journaux avec des chiffres astronomiques. Le
Zimbabwe va suivre le courant en ouvrant ses secteurs minier et agricole
à la compétition et en accélérant son programme
d’investissements d’État. Le Zimbabwe va établir
son propre marché mondial par ses valeurs propres et ses capitaux
variés.
De plus, nous attendons davantage de participation chinoise
dans notre industrie minière riche en platine, or, diamant, charbon,
nickel, méthane, etc.
Déjà notre aviation commerciale prend une tournure
nouvelle avec les appareils MA60 provenant de Xi’an. Nos routes
voient circuler de nouveaux autobus FAW de Changchun. Nos fermiers bénéficient
de la réforme agraire et disposent de tracteurs de Tianjin. Des
commutateurs électriques de Shanghai sont installés dans
nos maisons et usines. Du matériel de télécommunication
de Shenzhen permet à nos concitoyens de contacter avec le monde.
Et ce n’est qu’un début.
Le secteur agricole est celui où la coopération
entre la Chine et le Zimbabwe est la plus intense, et ce secteur est mentionné
spécialement dans la nouvelle politique. Comment voyez-vous l’avenir
de cette collaboration ?
Il y a beaucoup de coopération en agriculture depuis
que nous poursuivons la réforme agraire, grâce à laquelle
nous deviendrons les véritables maîtres de notre pays. Et
maintenant, nous ouvrons à tous.
La Chine fournit l’équipement agricole le moins
cher. À cause du bas coût de la Chine et de la meilleure
infrastructure, notre agriculture peut accéder plus facilement
qu’avant au marché international. Si nous achetons d’Europe,
nous n’obtiendrons qu’un tracteur pour le prix de deux ou
trois en Chine. La Chine est donc devenue très importante dans
notre réforme agricole et agraire. C’est un des avantages
de coopérer avec elle.
Je vois l’avenir très brillant. Il y a d’autres
domaines aussi. La Chine connaît une rapide croissance économique.
Son peuple s’enrichit et la structure de sa consommation change.
On ne se contente plus de porc, ni même de bœuf. C’est
un immense marché qui s’offre à nos produits. Le Programme
alimentaire mondial de l'ONU a fermé son bureau de Beijing parce
que la Chine n’a plus besoin de ses services désormais. Nous
pouvons nous inspirer du succès spectaculaire de la Chine pour
exterminer la faim. Nous espérons que le bureau à Harare
pourra aussi fermer dans un proche avenir.
Comment pensez-vous que la coopération sino-africaine
se développera après la publication de la Politique ?
La vaste Chine qui compte 22% de la population mondiale marche
d’un pas assuré sur la voie du progrès. Elle a soif
d’énergie, de biens de consommation et de minéraux.
L’Afrique a beaucoup à offrir dans ces domaines.
Il est encourageant de voir le Nigeria riche en énergie
atteindre le niveau de pourvoyeur de pétrole raffiné pour
l’Afrique. L’Angola riche en ressources verra bientôt
son système ferroviaire en service après la reconstruction
d’après-guerre. La Zambie et la République démocratique
du Congo riches en cuivre et cobalt sont en train de s’ouvrir. Ces
quelques exemples montrent une caractéristique commune : la Chine
a besoin de ressources et s’apprête à travailler avec
les Africains.
Même chose dans le développement de l’agriculture.
Le rôle prépondérant de la Chine dans l’industrie
du textile aide au consensus mondial équitable dans la dispute
du commerce du coton. Avec les États-Unis qui abandonnent les importantes
subventions accordées à leurs cultivateurs de coton, il
y aura des gains importants pour l’Afrique où les producteurs
les plus efficaces travaillent dur pour accroître les 400 000 tonnes
d’exportation de coton vers la Chine de 2005.
La croissance de la classe moyenne chinoise apporte des changements
dans les goûts en faveur des fibres naturelles, une influence positive
sur l’Afrique sub-saharienne. Pour plusieurs cultivateurs de la
région, le coton est la seule clef sûre de survie et d’interaction
économique mondiale.
La Chine a pris l’initiative d’annuler les dettes
des pays les plus pauvres d’Afrique, et levé les droits de
douane sur les produits de ces pays, un geste qui devrait être imité
par les pays économiquement riches.
Selon la Politique, la Chine « établira
et développera un nouveau type de stratégie de partenariat
avec l’Afrique, caractérisé par l’égalité
et la confiance mutuelle, la coopération économique gagnant-gagnant
et les échanges culturels. » Que pensez-vous de ce type de
partenariat ?
En tant que pan-africain, je suis offusqué quand certaines
institutions occidentales tentent de dépeindre la Chine comme un
nouveau pouvoir colonial en Afrique. Ces « penseurs » devraient
relire leur propre histoire en Afrique. La Chine n’a jamais blessé
ou tué des Africains par mitrailleuses ou armes blanches, ni imposé
sa volonté. Elle n’a pas d’appareil d’État
pour maintenir l’ordre colonial sur le continent. Elle n’est
pas membre du Club de Paris qui fait le malheur du continent. Son pouvoir
dans le FMI et la Banque mondiale est encore infime ; elle dispose toujours
de moins de votes que les petits pays d’Europe. Ce sont là
les attributs de coercition d’un pouvoir colonial ou néo-colonial,
et Beijing est dépourvue de tous.
La relation entre la Chine et l’Afrique a une sorte
de base politique. C’est notre droit, à la Chine et à
l’Afrique, de choisir nos partenaires, et personne en Europe ou
en Amérique ne peut juger cette relation.
En tant qu’Africain, comment voyez-vous la Politique
africaine de la Chine ?
Elle est empreinte de respect mutuel. Quand la Chine devient
une puissance commerciale et technologique, nos relations acquièrent
une nouvelle dimension. La Politique indique la capacité de la
Chine de voir l’Afrique s’élever à un nouveau
palier. Elle indique aussi une plus grande aptitude de l’Afrique
à choisir ses partenaires internationaux. Nous voyons cela comme
un grand avantage de l’ouverture et de la réforme de la Chine
depuis vingt ans.
La Politique est progressive et respecte les désirs
de l’Afrique. La Chine ne se mêle jamais des affaires des
pays d’Afrique. La Chine croit totalement en la diversité
de l’humanité. Elle ne croit pas en un modèle unique
de politique nationale qui s’adapte à tous. Elle ne cherche
pas à exporter sa conception de la démocratie et des droits
humains.
Que pensez-vous du rôle du Forum sur la coopération
sino-africaine ?
Le forum a créé un milieu juste où les
ministres des pays d’Afrique peuvent échanger leurs idées
avec leurs homologues chinois. Les Africains peuvent aussi montrer à
la Chine de grand potentiel de l’Afrique. La Chine a le marché,
la technologie et les ressources financières.
En très peu de temps, nous avons vu doubler le commerce
entre la Chine et l’Afrique. Auparavant il fallait deux ans, maintenant
dix-huit mois suffisent pour doubler, et bientôt ce sera douze,
puis six mois.
Le but de la coopération sino-africaine est très
grand. Plusieurs Africains viennent faire leurs études en Chine.
Plus il y a d’Africains qui viennent, plus ils voient ce que la
Chine peut offrir. Cela est devenu possible à cause du forum.
Ce forum est le plus important véhicule de coopération
entre la Chine et l'Afrique. Maintenant, il offre une nouveauté
: il permet la concurrence à l’Europe. Auparavant, les Européens
pouvaient dire : « Emporte-le, peu nous importe », mais maintenant,
ils ont un concurrent - la Chine. Il y a aussi l’Inde et d’autres
économies émergentes. Nous avons besoin d’un modèle
économique avantageux pour toutes les parties. Les Africains ne
disent pas que la Chine devrais évincer l’Europe, ou que
l’Europe devrait chahuter la Chine, ou que les États-Unis
devraient être le seul joueur. L’Afrique veut amener tout
le monde sur la piste de danse de son économie et de son commerce
afin que chacun puisse choisir le partenaire qu’il désire.
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