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La Chine rêve de gratte-ciel
Face à la vogue de construction de gratte-ciel dans
le pays, des experts préviennent que les pièges sont aussi
nombreux que les avantages.
Tang Yuankai
« La taille du mont Qomolangma est naturelle, et le
bâtiment le plus haut du monde peut être créé
par l’homme », a dit avec fierté un ingénieur
du Groupe de construction de Shanghai. Actuellement, ce groupe et la Société
générale de construction de Chine construisent conjointement
le Centre financier mondial de Shanghai.
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Machine à enfoncer les pieux sur le chantier
du Centre financier mondial de Shanghai. En arrière-plan,
le Jinmao. Photo: Chen Fei
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Le 16 novembre 2005, les travaux ont commencé. Le bâtiment
le plus haut du monde devrait s’achever au début de 2008.
Le projet a été approuvé en 1995 et la
pose de la première pierre s’est tenue le 27 août 1997.
Cependant, le plan a été suspendu vers la fin de 1997 en
raison d’un problème de financement et de rivalité.
En novembre 2004, Ron Klemencic, président de l’Association
tour du monde, a attribué le certificat de « Bâtiment
le plus haut du monde » au Centre commercial de la tour Taipei 101
(480 m). Afin de maintenir le premier rang du monde, les dimensions du
Centre financier sont passées de 94 étages et 466 mètres
à 101 étages et 492 mètres , et tout l’investissement
a grimpé de 700 millions à 1,1 milliard de USD.
Les propriétaires - la SARL du Centre financier mondial
de Shanghai et le plus grand actionnaire - Mori Building Co., Ltd., en
plus d’avoir révisé la conception à plusieurs
reprises, ont concentré leurs efforts sur l'appel de fonds.
Un gestionnaire supérieur de la succursale à
Shanghai d’une banque japonaise a dit à Beijing Information
qu’en raison de l’attaque terroriste du 11 septembre et des
difficultés d’exploitation de quelques gratte-ciel, beaucoup
de compagnies tant en Chine qu’à l’étranger
sont peu disposées à investir dans le projet. Actuellement,
le gratte-ciel, qui a été conçu par la société
étatsunienne bien connue Kohn Pedersen Fox, est financé
en commun par plus de 40 entreprises de Chine, du Japon et des États-Unis.
Situé dans la zone financière et commerciale
Lujiazui à Pudong, le Centre financier se dresse à environ
40 mètres du bâtiment Jinmao - actuellement le plus haut
sur la partie continentale de Chine (88 étages et 420 m). Parmi
les dix gratte-ciel principaux du monde selon l’Association tour
du monde, sept se trouvent à Hongkong, Taiwan et Macao.
Symbole de puissance
Pendant longtemps, les gratte-ciel ont été considérés
comme un symbole de civilisation industrielle, de puissance économique
et technologique et de richesse. Beaucoup les voyaient simplement comme
symboles de modernisation qui pourraient augmenter la dignité et
la fierté des citoyens.
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Vue de la zone financière Lujiazui de Shanghai.
Photo: Chen Fei
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Bien que plusieurs experts aient exprimé leur inquiétude
concernant la prolifération des gratte-ciel, la plupart des villes
chinoises sont encore intéressées aux bâtiments hauts,
et certaines visent un record de hauteur provincial, régional ou
municipal. Par ailleurs, bien que la hauteur des bâtiments soit
strictement limitée dans des villes antiques telles que Beijing
pour préserver son style spécial, elle ne cesse d’augmenter.
« La construction des gratte-ciel dans beaucoup d’endroits
en Chine indique que l’économie s’est considérablement
développée », a dit Zheng Shiling, académicien
de l’Académie des sciences de Chine et directeur adjoint
de l’Association d’architecture de Shanghai. « Les gratte-ciel
sont absolument nécessaires au cours de la mondialisation. »
Quelques experts défendent également le grand
bâtiment en raison de son « efficacité ». Étant
donné l’afflux des travailleurs migrants dans des zones urbaines,
si les villes ne construisaient pas de bâtiments hauts, beaucoup
plus de terre agricole devrait être occupée pour répondre
aux besoins de la population croissante.
« Le développement de l’économie
à Shanghai nous donne confiance. Même dans des conditions
de récession économique mondiale, des capitaux étrangers
coulent sans cesse dans la ville. Je pense qu’il est temps de remettre
en marche le projet du Centre financier mondial de Shanghai », a
dit Mori Minoru, président honoraire du conseil d’administration
du Centre et président de Mori Building Co., Ltd. « Les Jeux
olympiques de Beijing en 2008 et l’Exposition universelle de Shanghai
en 2010 apporteront un flot énorme des personnes et des occasions
commerciales à notre Centre financier. » Il a révélé
qu’actuellement beaucoup de sociétés transnationales
renommées ont exprimé leur intention de s’établir
dans le Centre financier. « Par conséquent, j’ai confiance
dans le taux d’occupation des bureaux et des salles d’hôtel
dans l’avenir », a ajouté Mori Minoru.
Avec plus de 2 100 gratte-ciel, dont quelque 140 de plus de
100 mètres, Shanghai est appelée « ville verticale
». Les statistiques prouvent que pendant une dizaine d’années
depuis l’établissement de la zone financière Lujiazui,
un bâtiment d’environ 30 étages a été
construit tous les douze jours en moyenne. On peut dire que dans la décennie
écoulée, la construction des gratte-ciel a répondu
aux exigences de Shanghai qui a connu un développement rapide sur
le plan social et économique. Zhou Yupeng, maire adjoint de cette
ville, a indiqué que la construction du centre financier tombe
bien. « Après l’entrée de la Chine dans l’OMC,
beaucoup d’investisseurs étrangers portent leurs regards
sur Shanghai. Il n’y a aucun doute que le centre financier mondial
de Shanghai donnera une poussée importante pour que la ville atteigne
un niveau mondial et ce sera un nouveau symbole de la ville du futur »,
a dit Zhou.
Refroidir l’ardeur du gratte-ciel
Des experts croient qu’une ville devrait tenir compte
de ses particularités, de ses conditions de développement
et de sa puissance réelle afin de décider si elle doit construire
un gratte-ciel.
Pan Shiyi, président de la société SOHO
de Chine, a dit qu’aujourd’hui, considérer le gratte-ciel
comme un symbole de la ville est démodé. Wang Shi, président
du groupe Vanke, a dit sans détours : « La construction des
gratte-ciel ne doit pas ignorer les conditions réelles et excéder
le niveau de développement économique local, sinon ces gratte-ciel
ne seront plus des jalons mais des pierres tombales. » Même
des personnages du milieu critiquent la morbidité de la société
industrielle « détruisant sauvagement le ciel urbain ».
Les investisseurs et constructeurs raisonnables doivent considérer
la fonction d’un bâtiment avant leur fierté.
Pour les grands bâtiments, l’effet meurtrier de
possibilité d’explosion, de séisme, d’incendie
et de propagation de gaz nuisibles s’accroît avec la hauteur.
Le bâtiment Jinmao de Shanghai a fait une expérience : faire
descendre à la course un groupe de pompiers du 85e étage
; le plus rapide a mis 35 minutes. En outre, la hauteur de l’échelle
d’incendie la plus avancée au monde est actuellement inférieure
à 100 mètres. Ainsi, les pompiers ne jouent pas un grand
rôle en situation critique.
D’autres experts indiquent que la construction de gratte-ciel
aggrave la pression de la ville, causant probablement le manque d’approvisionnement
en eau et en gaz, la difficulté de la pose de tuyaux, le changement
de champ thermique partiel, la subsidence géologique, etc. Les
petits problèmes des bâtiments ordinaires se voient centuplés.
Par exemple, il faudrait un an à deux machines à laver les
vitres travaillant sans arrêt pour entretenir le Jinmao.
Le retour imprévisible de l’investissement énorme
est également une des raisons principales de l’opposition
de beaucoup d’experts à la construction de gratte-ciel. L’investissement
du Jinmao atteint 20 000 yuans par mètre carré et le coût
d’entretien quotidien excède le million de yuans. Aux yeux
de quelques experts, quand un bâtiment dépasse 300 mètres,
il perd son avantage d’économie de terrain. Yin Minda, directeur
adjoint de l’Association de structures métalliques de la
construction de Chine, croit que le gratte-ciel devrait être inférieur
à 200 mètres.
Les opinions de Yin sont partagées par beaucoup d’autres.
Ils ont noté qu’au pays, le taux de location de bureaux est
actuellement bas dans plusieurs gratte-ciel, et leur coût d’entretien
quotidien souvent très élevé, de sorte que bon nombre
d’entre eux ont été fermés. En fait, hormis
l’attraction touristique, les gratte-ciel n’ont rien de plus
que les bâtiments ordinaires en termes de location, d’équipement
de conférence, de restauration ou de divertissement.
La forte densité des gratte-ciel apporte d’autres
problèmes. Ces dernières années, « l’effet
d’île de chaleur » provoqué par ces bâtiments
a rendu Shanghai plus chaud en été que Nanjing, qui est
pourtant un des « quatre fours » de la Chine.
« Les gratte-ciel obstruent également le soleil
sur les bâtiments voisins plus bas », a dit Qi Kang, architecte
de Nanjing et académicien de l’Académie des sciences
de Chine. « De plus, Nanjing est une ville de jardins. Nous n’avons
aucun droit de détruire sa beauté.»
Le problème de circulation causé par les gratte-ciel
est un autre vrai casse-tête. Jiang Huancheng, académicien
de l’Académie d'ingénierie de Chine et inspecteur
général de conception du bâtiment Jinmao, a remarqué
que la zone financière Lujiazui de Shanghai rassemble beaucoup
de gratte-ciel, de banques, de Bourses et de compagnies commerciales.
Mais le problème de circulation épineux joue contre l’investissement
dans la zone.
Les gratte-ciel peuvent augmenter la pollution si les constructeurs
et les investisseurs prêtent surtout attention à l’aspect
d’un bâtiment et négligent son influence sur le milieu.
Liu Jiaping, directeur de l’Institut de recherche sur les sciences
architecturales de l’université de Technologie architecturale
de Xi’an, a indiqué qu’avec l’accélération
de la modernisation, tout en construisant des bâtiments plus confortables,
on devrait réduire la consommation d’énergie et la
pollution de l’environnement. « Il est essentiel de refroidir
l’ardeur du gratte-ciel, sinon, les problèmes de sûreté,
de consommation d’énergie et de pollution deviendront plus
remarquables d’ici quinze ans », a dit Liu.
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