La Chine en 2010

Aider les régions rurales, protéger et restaurer l'environnement naturel, améliorer le système d’économie de marché et encourager l’innovation scientifique et technologique, voilà les priorités du gouvernement pour les cinq prochaines années.

Lan Xinzhen

« Comment sera la Chine dans cinq ans ? »

À cette question, Shen Jilan, une fermière de 77 ans de la province du Shanxi, répond avec confiance : « La vie des fermiers sera sûrement beaucoup meilleure. »

Shen, la seule membre de l’Assemblée populaire nationale élue pour dix mandats consécutifs depuis la fondation de l’APN en1954, a pris part aux discussions concernant le XIe Plan quinquennal pour le développement économique et social (2006-10) le mois dernier.

Témoin des changements depuis cinquante ans, elle croit que de même que la situation actuelle est meilleure qu’il y a cinq ans, l’avenir apportera de nouvelles améliorations.

Mais les fermiers ne seront pas les seuls à jouir d’un meilleur niveau de vie, selon Ma Kai, président de la Commission nationale pour le développement et la réforme. Dans cinq ans, on aura accompli d’autres grands pas et le PIB de la Chine sera plus élevé, on consommera moins d’énergie par point de PIB, et l’environnement écologique comme les services médicaux et l’éducation se seront améliorés.

Ralentissement de la croissance économique

Le plan de développement approuvé le 14 mars par l’APN, organe suprême de législature, parle d’une croissance annuelle de 7,5 % en moyenne et estime que le PIB atteindra 26,1 billions de yuans en 2010.

La culture "scientifique" permet d'obtenir des tomates en serre et améliore sensiblement la vie des agriculteurs. Xinhua

Le Pr. Liu Fuxiang de l’université d’Économie et Commerce extérieur croit toutefois que les chiffres sont trop bas. Il rappelle que la croissance a été de 9,9 % l’an dernier, et que l’investissement fait il y a des années dans certains projets économiques portera fruit dans les prochaines années, amenant le PIB à 8 % au minimum.

De plus, une nouvelle revalorisation du yuan semble inévitable. « Alors, même si les agrégats monétaires parviennent à 26,1 billions de yuans, la position de la Chine dans le monde suivant cet indice pourrait monter de trois échelons », dit Liu. La Chine vient actuellement après les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France.

On verra aussi se moderniser la structure économique de la Chine. Selon le récent plan quinquennal, les industries de hautes technologies seront au sommet des priorités, et l’accent portera sur la capacité d’innovation et l’optimisation de la production, de la structure industrielle et de la répartition des industries.

Bien que la Chine ait déjà atteint un certain niveau, l’amélioration de la qualité générale et de la structure de ses industries constitue une tâche urgente.

Le 20 mars, Xu Guanhua, ministre de la Science et de la Technologie, a signé un accord de coopération financière avec Chen Yuan, gouverneur de la Banque de développement de Chine, selon lequel le prêteur fournira un prêt de 50 milliards de yuans pour aider au développement national des sciences et technologies.

L’innovation sera largement encouragée en fabrication électronique et informatique, bio-ingénierie, technologie spatiale et nouveaux matériaux.

Avec un taux de croissance de 20 % depuis plusieurs années, le secteur des hautes et nouvelles technologies contribuera toujours davantage au progrès économique du pays, prédit le Plan quinquennal.

Encouragé par le gouvernement chinois, le secteur des services orienté vers la consommation jouera un rôle plus important dans la croissance du PIB.

En 2010, la Chine aura achevé la transformation de son modèle économique basé sur l’investissement et l’exportation en modèle basé sur la consommation. Les dépenses des consommateurs, qui représentent actuellement 46,5 % du PIB, seront de 60 % et deviendront le moteur de l’économie nationale selon le plan gouvernemental.

Viser le développement social

Au début des années 1980, le gouvernement encourageait certaines personnes a s’enrichir d’abord pour aider ensuite les moins fortunés à le faire. Ce concept a toutefois conduit à un résultat inattendu : l’élargissement de l’écart entre les riches et les pauvres, lequel est susceptible de causer des conflits sociaux.

Vue aérienne du Wuhuanlu, aussi appelé "Boulevard olympique de Beijing". D'ici cinq ans on jouira de plus de ciel bleu quand davantage d'arbres auront été plantés. Xinhua

Par conséquent, on encourage maintenant l’« enrichissement commun » afin d’éviter la polarisation des riches et des pauvres.

Le progrès social bénéficiera donc d’au moins autant d’attention que le développement économique. Le gouvernement espère ainsi parer aux inégalités sociales qui résultent de la trop grande importance accordée au développement économique dans un passé récent. Les pauvres et les groupes désavantagés jouiront de mesures de bien-être social, et certains domaines comme science et technologie, éducation et santé seront appuyés par des mesure et de l’aide financière.

Les régions rurales sous-développées constituent un problème crucial pour la Chine. C’est pourquoi le gouvernement a fait une priorité de « construire une nouvelle campagne » en augmentant l’investissement et offrant davantage d’aide au développement du potentiel de ces régions.

Le revenu net annuel des résidants des villes qui était de 3 255 yuans en 2005 devrait grimper à 4 150 en 2010.

Dans le système actuel de coopérative médicale rurale, chaque fermier doit verser 10 yuans par année dans le système de soins médicaux, et les gouvernements central et local, chacun 10 yuans. Dès cette année, les deux niveaux de gouvernement doublent leur apport. Ce système couvrira 80 % des campagnes en 2010.

L’écart en éducation entre villes et campagnes se refermera aussi progressivement et devrait même être éliminé à la fin du quinquennat. Le gouvernement investira 200 milliards de yuans dans l’amélioration des installations scolaires en région rurale ainsi qu’au développement du réseau d’« enseignement à distance ». À partir de cette année, la gratuité scolaire pour les années d’instruction obligatoire s’étend, et les enfants de familles à bas revenu reçoivent une subvention de telle sorte que tous les enfants ruraux puissent fréquenter l’école.

Le gouvernement tentera de coordonner le développement urbain et rural et de porter le taux d’urbanisation à 47 %. Le gouvernement central exige des gouvernements locaux qu’ils aident les travailleurs migrants à bénéficier de la sécurité sociale, aux assurances relatives à l’emploi et aux services publics, et qu’ils établissent un revenu minimum pour ces travailleurs et assurent leurs droits démocratiques et politiques selon la loi.

Dans les régions urbains, on créera 45 millions de nouveaux emplois pour la nouvelle force de travail, et le gouvernement vise à garder le chômage à moins de 5 %.

Ciel bleu et air pur

La protection et la restauration de l’environnement naturel fera partie des tâches importantes des cinq prochaines années.

Le gouvernement cherchera à réduire de 10 % l’évacuation des principaux polluants et d’augmenter de 20 % la couverture forestière du territoire du pays d’ici 2010, ce qui permettra de respirer un air plus pur.

Afin de maintenir l’équilibre écologique, le gouvernement a désigné 22 zones de développement restreint et 1 164 zone de développement interdit. Les premières consistent en déserts, forêts, prairies et marécages tandis que les secondes comprennent, entre autres, des réserves et sites touristiques. Ces zones limitées couvrent 60 % du territoire national.

Dix projets de conservation écologique ont aussi été lancés dont la protection des sources du fleuve Jaune et du Yangtse, le contrôle de la pollution des bassins fluviaux et la désulfuration pour les usines qui utilisent le charbon comme combustible.

Au moins 70 % des eaux usées urbaines devraient être traitées en 2010 et 60 % des déchets, éliminés de façon environnementale.

Le plan quinquennal indique que la consommation d’énergie par unité de PIB de 2005 doit diminuer de 20 % pour 2010.

Comme 21 % de l’augmentation de la demande d’énergie vient de la Chine, le pays est maintenant un des plus importants consommateur de ressources du monde. En 2005, près de 50 % du pétrole nécessaire au pays était importé. Les statistiques montrent que pour chaque unité de PIB calculé en dollars, la quantité d’énergie requise en Chine est 11,5 fois plus élevée qu’au Japon, 7,7 fois plus qu’en Allemagne et en France et 4,3 fois plus qu’aux États-Unis. La réduction de 20 % visée signifiera donc une réduction annuelle de consommation de 4,4 % en moyenne. Selon Ma Kai, la Chine adoptera trois approches pour ce faire. Premièrement, essayer de hausser la part de l’économie vouée aux industries de hautes technologies, à la fabrication d’équipement et au secteur des services, dont la consommation d’énergie est faible, et en même temps, couper le taux des industries grandes consommatrices comme celles de l’acier et de l’aluminium. Deuxièmement, répandre l’utilisation des technologies économes en énergie. Troisièmement, inciter la population à épargner l’énergie dans la vie quotidienne.

Ainsi, la détérioration environnementale devrait être maîtrisée en 2010 en Chine et les importantes ressources en eau et en minéraux, protégées. À ce moment-là, l’eau d’irrigation et les déchets industriels solides seront traités plus efficacement.

Des problèmes persistent

Malgré ces objectifs, le développement rural pourrait demeurer le plus remarquable problème de la Chine dans cinq ans. Même si les revenus des fermiers et l’investissement d’État dans l’agriculture et dans les campagnes augmentent, résoudre le problème rural demande du temps. Bien qu’on arrive à réduire l’écart salarial et social entre villes et campagnes dans une certaine mesure, il ne faut pas s’attendre à des changements notoires, selon le gouvernement.

Selon Zhang Zuoji, gouverneur du Heilongjiang, le plus gros casse-tête des cinq prochaines années est la diminution des ressources/habitant. En 2010, la population chinoise sera de 1,36 milliard, ce qui signifie une diminution rapide des ressources qui nuira au développement ultérieur du pays. Par conséquent, dit-il, il faut tout faire pour former une société qui économise l’énergie et pour établir la recherche sur les énergies alternatives.

Le professeur Zhong Wei de la faculté d’Économie de l’Université normale de Beijing indique que si tous les objectifs du plan quinquennal sont atteints en 2010, les conflits sociaux potentiels issus de l’écart entre riches et pauvres s’allégeront, mais certains problèmes comme le manque de développement du système économique demeureront flagrants.

Le gouvernement aura beau encourager l’investissement privé dans les secteurs des chemins de fer, du pétrole et des télécommunications, on ne verra pas de résultats tangibles car ces secteurs ne perdront pas de sitôt leur statut de monopoles dans l’économie chinoise, dit Zhong.


 
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