À l’aube d’une nouvelle campagne

Le “problème des fermiers” cause depuis longtemps des maux de tête aux planificateurs chinois. Depuis le début de la réforme et de l’ouverture en 1979, l’économie s’est surtout développée dans les secteurs secondaire et tertiaire. En 2005, le PIB de la Chine était de 18,2321 billions de yuans, près de trente fois plus qu’en 1979. Mais le secteur primaire est resté en dehors de ce progrès, et sa part dans le PIB est même tombée de 25,6 à 12,4 % pendant la période mentionnée.

Les régions rurales demeurent pauvres et le niveau de vie y est bas. Les efforts pour changer la situation ont porté bien peu de fruits. Le gouvernement chinois a proposé récemment la « construction d’une nouvelle campagne socialiste », l’initiative la plus complète jusqu’à maintenant pour traverser cette « impasse rurale ».

Lan Xinzhen

Avec l’application eu XIe Plan quinquennal (2006-2010), le secteur agricole devrait recevoir un élan vers la modernisation de l’agriculture, la stabilisation de la production céréalière, la hausse du revenu des fermiers, le renforcement des infrastructures rurales, la réforme de la démocratie rurale, financière et institutionnelle.

Il ne s'agit pas de villas pour étrangers, mais d'un village de banlieue à Shanghai. Photo: Zhang Ming

Le premier ministre Wen a dit qu’il faut « appliquer le concept de développement scientifique, améliorer les conditions de vie et de production dans les campagnes, hausser le niveau de vie des fermiers et donner une nouvelle image aux campagnes de tout le pays. »

Chen Xiwen, directeur adjoint du Groupe dirigeant du Bureau central des finances, a ajouté que construire une nouvelle campagne est la meilleure façon de résoudre les problèmes de l’agriculture, des régions rurales et des fermiers.

L’agriculture chinoise a déjà beaucoup apporté au développement social et économique. C’est dans les campagnes qu’ont commencé la réforme et l’ouverture. En 1980, le système de responsabilité des foyers selon lequel chaque famille agricole avait le droit de gérer la terre assignée et le revenu qui en provenait, annonçait la réforme. Cela a beaucoup éperonné la productivité agricole et le pays a connu plusieurs récoltes record successives.

En 1984, la réforme a commencé à cibler les villes. Pendant les vingt années suivantes, le surplus agricole a alimenté le développement industriel et les régions rurales ont appuyé le développement économique urbain. Le développement de l’industrie a peu à peu remplacé l’agriculture comme pilier socio-économique de la Chine.

Et l’agriculture stagnait, les revenus des fermiers demeuraient bas et l’écart ville-campagne s’élargissait. Plusieurs fermiers ne pouvaient se permettre les soins médicaux ou assurer le coût des études de leurs enfants.

Les projets

Le document n° 1 du gouvernement central en 2006 explicite le sens de « construire une nouvelle campagne socialiste ». Il s’agit de construire des zones caractérisées pas une production améliorée, un plus haut niveau de vie, une culture rurale saine, des villages propres et soignés et une administration démocratique.

La Chine met toutes ses énergies dans la hausse de la productivité agricole et des revenus des fermiers.
Photo: Yu Xiangquan

On peut améliorer la production en pratiquant une agriculture moderne, l’innovation, la stabilisation de la production céréalière, la restructuration agricole, la mise en valeur des ressources et l’agriculture environnementale.

Un niveau de vie plus élevé requiert davantage de sources engendrant des revenus pour les fermiers, et une culture rurale saine implique l’accélération de l’instruction obligatoire dans les régions rurales et l’établissement d’industries culturelles.

On n’aura des villages propres et soignés que si l’on renforce les infrastructures rurales et améliore les conditions d’hygiène.

De même, une administration démocratique résultera de l’autogouvernement des villages et d’une meilleure transparence dans la gestion des affaires rurales.

Le gouvernement chinois vise quatorze projets dans les cinq prochaines années pour construire une nouvelle campagne comme établir de vastes aires de production de céréales, coton et huile, résoudre le problème du manque d’eau potable pour 100 millions de fermiers, construire et reconstruire plus de 1,2 million de km de routes, améliorer le système de soins médicaux et trouver le moyen d’absorber le surplus de main-d’œuvre des régions rurales.

Les gouvernements locaux devront donc fournir un minimum de sécurité aux travailleurs migrants et une assurance couvrant les blessures et accidents de travail.

Il y a actuellement 940 millions de résidants ruraux permanents enregistrés. Mais le nombre de personnes qui vivent dans les campagnes est d’environ 750 millions. On estime que 200 millions de fermiers sont devenus des travailleurs migrants dans les villes.

Le premier ministre dit que la priorité pour améliorer les campagnes consiste à développer une agriculture moderne et la hausse régulière de la production céréalière, et à soutenir l’augmentation des revenus des fermiers.

En 2010, la capacité de production de céréales en Chine devrait atteindre 500 millions de tonnes. En 2005, on a produit 480 millions de tonnes, alors que la demande était de 499,5 millions. Avec 500 millions, la Chine s’autosuffira.

Du Qinglin, ministre de l’Agriculture, a dit que dans les cinq prochaines années, la Chine tentera de hausser sa production, d’optimiser l’utilisation des ressources, de couper les coûts de production, de hausser les profits globaux et comparatifs de l’agriculture, de devenir plus compétitive dans le domaine et de maintenir une augmentation annuelle supérieure à 5 % des revenus des fermiers.

Appui financier

« Les dépenses du budget central pour l’agriculture, les régions rurales et les fermiers atteindront 339,7 milliards de yuans cette année, 42,2 milliards de plus que l’an dernier », a dit Wen Jiabao dans son Rapport sur le travail du gouvernement. Ce chiffre dépasse celui de l’an dernier de 14,2 %.

D'ici deux ans, tous les frais seront abolis pour l'instruction obligatoire dans le pays entier. Photo: Xie Huanchi

Il a ajouté que la Chine doit absolument réorienter son investissement vers les infrastructures rurales, ce qui veut dire renforcer le développement de la terre arable, en mettant l’accent sur les petites installations de conservation de l’eau ; améliorer le contrôle des inondations, la résistance à la sécheresse et la réduction des calamités ; construire des infrastructures comme des routes, des installations de ravitaillement en eau potable, méthane, électricité et communications ; améliorer le milieu de vie en zone rurale ; développer les services publics comme l’éducation, la santé et la culture.

Pour ce faire, il faut prendre les mesures suivantes : hausser les allocations et les crédits des gouvernements central et locaux, intégrer tous les investissements agricoles pour améliorer le rendement des capitaux, amener les fermiers à investir des fonds et de la force de travail dont ils profiteront eux-mêmes, encourager et guider l’investissement privé dans le développement rural et établir progressivement un mécanisme d’investissement approprié, stable et efficace.

Des plans spécifiques ont été établis pour les ressources du budget central.

Éducation rurale : D’ici deux ans, les frais d’études et frais divers de tous les écoliers ruraux seront abolis. Le budget central pour les neuf années d’études obligatoires augmentera de 218,2 milliards de yuans dans les cinq ans à venir.

Soins de santé : Un système adéquat sera établi dans les régions rurales. Plus de 20 milliards de yuans serviront à restaurer les hôpitaux des cantons et bourgs et à renouveler l’équipement à certains endroits.

On établira aussi un nouveau type de coopérative rurale de soins de santé. Les essais couvriront 40 % du pays dès cette année. Les gouvernements central et locaux augmenteront leurs allocations aux fermiers participants de 20 à 40 yuans. Le budget central a réservé 4,73 milliards de yuans à cet effet, soit sept fois plus que l’an dernier. En 2008, ce nouveau système devrait couvrir toutes les régions rurales du pays.

Subventions : Des subventions directes pour la production des céréales, pour la culture de grain de qualité supérieure et pour la machinerie et les outils agricoles seront versées aux fermiers. Cette année, les subventions directes pour la production céréalière seulement dépasseront d’un milliard de yuans celles de l’an dernier.

Allégement de la pauvreté : Le gouvernement central accordera plus d’appui financier aux régions les moins développées, comme le Centre et l’Ouest. Ce budget atteindra 135,9 milliards de yuans, 23,8 milliards ou 21,2 % de plus que l’an dernier. L’aide aux ethnies minoritaires totalisera 20 milliards de yuans (+4,077 milliards ou 25,6 %). Le budget central réservera 13,7 milliards de yuans à l’allégement de la pauvreté (+700 millions). La construction d’infrastructures dans les villages pauvres recevra une aide majeure, et des fonds iront aussi à l’industrialisation agricole et à la formation des travailleurs pauvres à rediriger vers des secteurs non agricoles.

Gouvernements ruraux : Ils dépendaient principalement des taxes agricoles, mais comme ces taxes ont été abolies cette année, le gouvernement répartira plus de 103 milliards de yuans par année entre les gouvernements des cantons et bourgs et pour répondre aux besoins de l’instruction obligatoire. Ce chiffre comprend 78 milliards de yuans en transfert de paiements du budget central et plus de 25 milliards de yuans des budgets locaux.

Construction routière : Au cours des cinq prochaines années, le gouvernement allouera 100 milliards de yuans à la construction de routes rurales.

Des chefs de villages instruits

Selon le gouvernement municipal de Beijing, diverses mesures ont été prises pour encourager les jeunes diplômés à prêter leurs services comme fonctionnaires de villages. Cette année, Beijing en a recrutés 2 000 pour assister les villages de banlieues à « construire une nouvelle campagne ».

La Chine rurale compte 480 millions de travailleurs parmi lesquels 37,3 % sont illettrés ou n’ont fréquenté que l’école primaire, 50,2 % le premier cycle du secondaire, 9,7 % le deuxième cycle, 2,1 % sont diplômés d’une école secondaire technique, et seulement 0,6 %, d’institut ou du premier cycle universitaire. Cela signifie que 420 millions ou 87,5 % des travailleurs ruraux n’ont fréquenté que le premier cycle du secondaire ou moins.

« Il est très difficile d’accomplir la restructuration industrielle dans ces conditions, dit Zhang Baowen, sous-ministre de l’agriculture. Les diplômés d’université qui travaillent dans les régions rurales peuvent aider les fermiers à accepter de nouveaux concepts et acquérir de nouvelles technologies. »

Au Henan, par exemple, 3 000 diplômés occupent des postes de fonctionnaires dans des villages, et l’on estime que 80 % d’entre eux ont aidé le développement local.

Zhang Baowen dit que son ministère augmentera les fonds d’éducation et de formation des fermiers comme suit.

Donner aux fermiers des connaissances scientifiques et une compétence. En 2003, 22,96 millions de fermiers ont été ainsi formés. Le but est d’en former 16 millions de plus d’ici 2010 pour assurer une personne compétente par huit foyers ruraux.

Donner aux travailleurs ruraux des compétences requises par le secteur non agricole : Depuis 2005, le ministère de l’Agriculture et cinq autres ministères ont aidé 2,2 millions de travailleurs ruraux à passer au secteur non agricole.

Appliquer le « plan de formation d’un million de diplômés d’école secondaire technique » : Dans les dix prochaines années, le ministère de l’Agriculture appliquera ce plan pour l’agriculture, l’élevage, la transformation ainsi que la gestion rurale et la technologie agricole.

Le ministre de l’Agriculture Du Qinglin a indiqué qu’il faut aussi porter attention aux contradictions qui existent entre l’agriculture et le développement économique rural.

Hausser la productivité agricole est toute une tâche. Il est difficile de maintenir la croissance des revenus des fermiers. La compétitivité internationale en agriculture demeure faible et l’exportation de produits agricoles suscite des conflits commerciaux et des barrières techniques. L’innovation agricole continue de traîner de la patte.

Chen Xiwen dit que fournir une couverture de sécurité sociale aux fermiers est un obstacle majeur dans la construction d’une nouvelle campagne. Les statistiques montrent que dans mille districts de dix provinces, des critères de minimum vital ont été adoptés, dont bénéficient 4,8 millions de villageois ou 2,53 millions de foyers. « Toutefois, le problème n’est pas résolu partout », ajoute Chen.

Le financement rural est un autre casse-tête. Les banques commerciales d’État se sont retirées des régions rurales. Il n’y a pas d’institutions financières, sauf les coopératives de crédit rural, dont la force est limitée.

« La dépendance absolue des budgets central et locaux signifie que les régions rurales se développeront très lentement », dit Chen.


 
24 Baiwanzhuang, 100037 Beijing République populaire de Chine.