Davantage de femmes participent à la vie politique

Les femmes chinoises sont de plus en plus sensibilisées aux affaires politiques. En nombre croissant, elles font entendre leur voix.

Lan Xinzhen

Le 5 mars 2006, vers 8 h, Duan Liqing, députée à l’APN, est entrée avec les autres députés au Grand Palais du peuple pour participer à la session annuelle de l’organe suprême du pouvoir de l’État. Cette année, elle avait préparé une proposition sur l’égalité d’âge de retraite pour les hommes et les femmes.

Duan Liqing a rappelé que cet âge varie de cinq à dix ans selon les régions. Bien que la loi chinoise stipule la retraite à 60 et 55 ans respectivement pour les employés masculins et féminins, dans beaucoup de régions les femmes sont forcées de quitter leur emploi à 40 ans.

Duan avait une seconde proposition sur le développement rural.

Les 608 autres femmes députées ont apporté comme Duan leurs propositions sur différents sujets, qui seront transmises aux départements pertinents pour discussion et application possible.

« De plus en plus de femmes entrent dans la sphère politique nationale et sont disposées à exprimer leurs propres idées », dit Duan.

Représentation féminine

Duan Liqing est originaire de la province du Shanxi. D’après les règles chinoises, on élit un délégué à l’APN par 240 000 citadins et 960 000 ruraux. Des députés à la Xe APN, 70 venaient du Shanxi, dont 17 femmes (24 %).

La délégation de Beijing compte la plus grande proportion de femmes, soit 32 %.

Selon Gu Xiulian, vice-présidente du Comité permanent de l’APN et présidente de la Fédération nationale des femmes de Chine, dans les dernières APN, la proportion de femmes est restée supérieure à 20 %, environ le double de celle de la première APN tenue en 1954 (11,9 %).

Gu affirme que c’est un droit fondamental des femmes de participer à la vie politique en délibérant des affaires politiques et en participant au gouvernement. La formation des cadres féminins progresse et de plus en plus de femmes commencent à assumer des postes de direction. Le nombre total de femmes cadres atteint actuellement 15 millions, environ 40 % de la totalité. Neuf femmes sont des dirigeantes du PCC et de l’État : une est membre du Bureau politique du Comité central du PCC, une conseillère d’État, trois vice-présidentes du Comité permanent de l’APN et quatre vice-présidentes de la CCPPC. À la Cour populaire suprême, au Parquet populaire suprême et dans les départements du Conseil des affaires d’État, il y a 25 femmes ministres ou femmes sous-ministres. Plus de 5 000 femmes occupent un poste de direction dans les gouvernements de province, de préfecture ou de district, dont 56 dirigeantes au niveau provincial et environ 500 mairesses et mairesses adjointes.

De nombreuses femmes travaillent dans les organisations de base comme chefs de village ou de comité des habitants de quartiers d’habitation.

Parmi les femmes cadres, celles qui ont un niveau d’instruction supérieure technique ou plus élevé représentent environ 60 % de la totalité, d’après Gu.

« La formation des femmes cadres s’est progressivement standardisée et systématisée, ce qui permet une amélioration marquante de leur qualification », a-t-elle ajouté.

Participation par diverses voies

En Chine, les femmes ont plusieurs choix de participation aux affaires politiques. Elles peuvent prendre part à l’examen et à l’élaboration des lois des organes législatifs, ou assumer des fonctions dirigeantes dans les gouvernements à divers échelons pour administrer les affaires publiques et sociales, ou exprimer leurs idées et protéger leurs propres droits en adhérant aux fédérations de femmes et aux syndicales d’ouvrières, ou encore présenter directement aux services compétents du gouvernement leurs opinions et suggestions.

Les femmes chinoises jouissent de droits égaux à l’homme sur le plan de la participation aux affaires politiques, surtout les droits d’élire et d’être élu.

Les députés à l’APN sont élus tous les cinq ans en Chine. Lors de l’élection, chaque femme peut élire d’autres personnes ou mobiliser les autres pour l’élire.

Duan Zhiai, une autre députée du Shanxi, dit que les femmes peuvent comme les hommes poser leur candidature ou présenter leurs points de vue et suggestions sur les candidats.

Duan Zhiai est professeur d’école secondaire ; elle a été élue députée à l’APN en raison de son assiduité, sa droiture et son enthousiasme pour les affaires sociales.

Les femmes ont aussi des droits égaux dans l’autogestion des villageois et du comité des habitants des quartiers d’habitation.

En Chine, le Congrès national des femmes se tient tous les cinq ans pour discuter et décider les principes et tâches des femmes à travers le pays, tandis que la Fédération nationale des femmes de Chine se charge d’organiser, d’unir et de mobiliser les femmes pour le développement économique et le progrès social, la protection des droits et intérêts légitimes et l’encouragement de l’égalité entre les sexes.

« Nous nous déplaçons spécialement dans des endroits mal desservis et économiquement retardataires pour recueillir les idées et suggestions des femmes locales et les transmettre aux services compétents du gouvernement », dit Duan Liqing.

Sensibilisation aux affaires publiques

Selon les statistiques de la Fédération nationale des femmes de Chine, ces cinq dernières années, le taux de votation pour l’élection des députés à l’APN a été de 73,4 % chez les femmes et de 77,6 % chez les hommes, un faible écart.

D’après Duan Liqing, dans le passé, les femmes étaient passives pour les réunions des affaires publiques et, chaque fois, les organisateurs devaient aller les chercher. Mais la situation a commencé à changer. « Les femmes d’aujourd’hui prennent une part active aux affaires publiques », dit-elle.

Avant d’être élue à l’APN, Duan avait travaillé quinze ans auprès des femmes et vu de ses yeux l’avancement des Chinoises.

La sensibilité accrue aux affaires politiques est attribuable aux efforts déployés par le gouvernement qui, dès la fondation de la Chine nouvelle, a défini la politique nationale d’égalité entre l’homme et la femme. Les femmes sont donc reconnues comme la « moitié du Ciel » et leur statut s’améliore sans cesse. Dans un environnement social favorable, les femmes ont commencé à recevoir l’instruction comme les hommes et certaines intellectuelles gagnant en confiance ont pris part activement à la vie politique. Avec le développement de l’économie, des femmes rurales se déplacent dans les villes, ce qui leur permet d’élargir leur horizon, d’ouvrir leur esprit et de s’intéresser de plus en plus aux affaires politiques.

Le gouvernement a préparé des conditions favorables à la participation de femmes à la prise de décision et à l’administration des affaires étatiques et sociales. Le « Programme pour le développement des femmes de Chine (2001-2010) » stipule : « L’équipe dirigeante des gouvernements à tous les échelons doit inclure au moins une femme cadre. Dans les ministères, les commissions, et les organes gouvernementaux au niveau de province, de région autonome, de municipalité relevant directement de l’autorité centrale, de préfecture et de ville, plus de la moitié des équipes dirigeantes doivent compter des femmes cadres. Le nombre de femmes qui occupent un poste de haut niveau et assument des fonctions importantes doit augmenter. » La Loi organique sur les comités de villageois, mise en vigueur en 1998, stipule que les membres du comité de village doivent inclure des femmes.

Pour ce faire, les gouvernements aux divers échelons ont pris plusieurs mesures, par exemple, modifier les limites d’âge pour la promotion de femmes cadres ; donner la priorité aux femmes dans la promotion des cadres à qualifications égales, et réserver un certain nombre de postes aux femmes lors de la sélection des cadres. La Commission nationale des affaires ethniques ordonne aux gouvernements locaux de veiller à la formation et à l’élection de femmes cadres d’ethnies minoritaires. Tous les deux ans, la Commission organise, en coopération avec la Fédération nationale des femmes de Chine, une formation à l’intention des femmes cadres d’ethnies minoritaires afin d’élever leur aptitude à prendre part aux affaires publiques.

Le développement des ONG féminines est aussi attribuable au changement de mentalité des femmes. Depuis les années 1980, plusieurs organisations du genre ont été établies dans les différents secteurs d’activité, y compris l’Association des entrepreneures de Chine, la sous-association des mairesses de l’Association des maires de Chine, l’Amicale des travailleuses scientifiques et techniques de Chine, l’Association des femmes juges de Chine, l’Association des femmes procureurs de Chine, l’Association des photographes féminins de Chine, l’Amicale des entrepreneures affiliée à la Fédération nationale d’industrie et de commerce de Chine, l’Association des femmes médecins de Chine, ainsi de suite. Ces organisations participent activement à la prise de décision et à l’administration des affaires étatiques et publiques, stimulant dans une certaine mesure la participation des femmes à la vie politique.

Le développement rapide des médias pour les femmes depuis la réforme et l’ouverture de la Chine sert de catalyseur à leur participation aux affaires publiques. Jusqu’ici, plus de 100 publications s’adressent aux femmes. La CCTV, le Quotidien du peuple, Radio Chine Internationale et d’autres médias gouvernementaux ont créé des rubriques ou des émissions spéciales à l’intention des femmes. Par ailleurs, de nombreux sites web de femmes sont apparus ces dernières années. Tous ces médias aident à généraliser les politiques nationales sur l’égalité des sexes et à populariser la cause de femmes.

« Avec le développement de la société et l’augmentation des possibilités d’accès à l’instruction supérieure, les femmes auront une conscience de plus en plus forte de la participation politique», conclut Duan.

Problèmes à résoudre

Le 1er mars dernier, l’Institut de recherche sur les affaires des femmes affilié à la Fédération nationale des femmes de Chine a publié son « Livre vert sur les femmes », le premier sur l’égalité des sexes et le développement des femmes publié par un établissement de recherche. La publication de ce livre qui recueilli des points de vue, les résultats de la recherche et l’expérience pratique des experts et des personnes travaillant dans les domaines liés aux femmes, a pour but d’aider les divers milieux sociaux à connaître la situation générale du développement des femmes chinoises, et d’offrir des références pour l’avancement du processus.

Le livre vert note que malgré l’influence croissante des femmes dans la vie politique, on fait encore face à des défis. Par exemple, la proportion des députées à l’APN ne s’est améliorée depuis longtemps, celle des femmes cadres, surtout au niveau supérieur du gouvernement, est toujours relativement faible, et la plupart des femmes cadres occupent un poste d’adjointe.

Le livre vert note également que la proportion de membres féminins des comités de villageois a chuté après l’application de la politique d’élection directe dans les années 1990.

Par ailleurs, selon Duan Liqing, la Chine fait aussi face à une pénurie de cadres féminins pour prendre la relève. Beaucoup de fonctionnaires féminins du gouvernement approchent la retraite, mais la nouvelle génération n’est pas prête à leur succéder. « Pour certaines organisations où le travail convient à une femme, telles que la Fédération nationale des femmes de Chine et les bureaux de planification familiale, il est difficile de trouver un nombre suffisant de cadres féminins qualifiés », dit Duan.

Dans les vastes régions rurales, les femmes reçoivent moins d’instruction que les hommes et beaucoup moins que les femmes urbaines. La majorité des femmes rurales manquent de connaissances et ne sont pas touchées par la vie politique. Par exemple, lors des élections, plusieurs donnent leurs bulletins de vote à d’autres. Quelques-unes n’ont aucune idée de ce qu’est une élection.

Pour remédier à la situation, le gouvernement chinois renforcera et accélérera la formation des cadres féminins dans les cinq ans à venir pour que, en 2010, les femmes cadres représentent environ la moitié de la totalité.

Et Gu Xiulian d’ajouter que dans les prochaines cinq années seront formées 50 000 femmes rurales désireuses de développer des activités productive ou commerciale, 10 000 courtières rurales, 20 000 pionnières d’affaires et 3 100 fonctionnaires féminins de fédérations de femmes locales au niveau de préfecture et de district. La formation les aidera à acquérir de nouveaux modes de production, de vie et de pensée. La réalisation de ces objectifs favorisera l’amélioration de la situation économique des femmes rurales et leur enthousiasme de participer aux affaires publiques.


 
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