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La Chine a-t-elle besoin d’un autre Disneyland ?
Les rumeurs au sujet de la construction d’un parc Disneyland
à Shanghai ont été confirmées. À la
mi-mars, le maire de Shanghai, Han Zheng, a pour la première fois
répondu affirmativement devant le public : « Shanghai a les
moyens de construire un excellent Disneyland et tous les préparatifs
sont en cours. » Le projet attend encore l’approbation du
Conseil des affaires d’État. Peu après, Rober Iger,
P.-D.G. de Disney, a aussi déclaré que sa compagnie était
en train de négocier avec le gouvernement municipal de Shanghai
la construction d’un parc thématique.
Selon
une source sûre, Disneyland à Shanghai s’étendra
sur une superficie de plus de 6 km2, soit 4,7 fois celle de Disneyland
à Hongkong. Il est prévu que l’ouvrage d’un
montant de 30 milliards de yuans démarrera en 2008, et sera ouvert
au public en 2010.
Les négociateurs de Disney ont déjà rencontré
le groupe Lujiazui de Shanghai pour discuter du programme et de la coopération
dans ce projet. Ils sont convenus d’enregistrer conjointement à
Pudong une compagnie dans laquelle la partie étatsunienne détient
51 % des actions avec, comme garantie, son prestige commercial, sa technologie
et ses capitaux, alors que la partie chinoise possède 49 % des
actions en fournissant un terrain. Les deux parties ont préliminairement
décidé de l’emplacement du parc : un bourg à
6 km de l’aéroport international de Shanghai dans l’arrondissement
Pudong.
Le Disneyland de Shanghai sera le sixième dans le monde
et le quatrième à l’extérieur des États-Unis.
D’après une source, Shanghai n’est pas
la seule ville chinoise à demander au gouvernement central l’autorisation
de construire un Disneyland.
Bien que certains soient très excités des retombées
de ce parc sur la ville, les opposants sont très nombreux à
manifester leur inquiétude.
D’une part, ce grand projet commercial pourra apporter
énormément de bénéfices à l’économie
locale et améliorer l’image de la ville ; d’autre part,
ce Disneyland représente une consommation de luxe, si l’on
tient compte des régions sous-développées et de la
nombreuse population pauvre. Le gouvernement doit concentrer ses ressources
financières dans l’amélioration du niveau de vie du
peuple. De plus, la construction d’un nouveau parc similaire au
Disneyland de Hongkong n’est rien d’autre qu’un investissement
répétitif et inutile.
Cependant, une troisième voix vient de se lever. Certains
préfèreraient voir construire un autre Disneyland dans une
région sous-développée du pays au détriment
de Shanghai. À en juger par l’expérience des États-Unis,
le construire dans une région pauvre n’affecterait pas la
rentabilité et encouragerait davantage de gens ordinaires à
le visiter.
Bon nombre d’opposants considèrent l’installation
du parc comme une invasion culturelle. Ils craignent que les forts concepts
de culture et de divertissement étasuniens véhiculés
par Disneyland ne donnent l’assaut à la culture chinoise.
Mais les gens favorables au Disneyland ne prennent guerre au sérieux
cette menace. Selon eux, les échanges culturels entre les différents
pays et régions sont un courant irrésistible, et la Chine
doit accueillir à bras ouverts différentes cultures étrangères.
La construction d’un Disneyland doit être approuvée
He Yongming, Shanghai : Je suis très
heureux de cette nouvelle. Disneyland pourra satisfaire à la demande
de divertissement de la ville, des régions voisines, voire même
du pays entier. De plus, il témoignera de la vitalité de
Shanghai et donnera un élan au développement du secteur
tertiaire local. Cependant, ce projet est vivement controversé.
En réalité, la construction d’un Disneyland
n’est pas en contradiction avec l’amélioration de la
vie du peuple. Certes, le gouvernement doit résoudre d’abord
les problèmes tels que le gagne-pain et la détérioration
environnementale, mais il a aussi pour responsabilité de satisfaire
la demande de vie culturelle. Je suis d’accord qu’il faille
construire davantage d’écoles primaires dans les régions
pauvres afin d’aider les décrocheurs pour raisons financières,
mais cela ne rend pas la construction d’un Disneyland inutile. Les
deux peuvent aller de pair. Disneyland n’est pas seulement pour
les enfants des riches ; il permet à la plupart des enfants de
Shanghai de s’y divertir. Il est injuste de décrire le Disneyland
comme « un paradis pour les enfants riches et un parc de chagrin
pour les pauvres ».
Certains disent que l’achèvement de Disneyland
marquera l’ouverture complète du marché culturel chinois
à Disney, ouverture similaire pour l’essentiel au quota d’import
des films de Hollywood, opinion sensationnelle peut-être mais à
laquelle on accorde trop d’importance. Il y a une totale différence
entre la construction d’un Disneyland et l’importation illimitée
de films de Hollywood. La première n’est rien d’autre
qu’un ajout d’installation de divertissement, alors que la
seconde est une impossibilité car le marché cinématographique
de Chine ne pourra jamais donner accès à tous les films
étatsuniens. Par ailleurs, ce n’est pas mauvais d’ouvrir
complètement le marché culturel du pays à Disney.
Symbole de joie et de nouveauté, le parc Disneyland attire les
touristes du monde entier, quel que soit leur âge. Est-il injustifié
de le construire ? En tant que métropole d’influence mondiale,
Shanghai a de bonnes raisons d’ouvrir une autre fenêtre au
monde sur son image magnanime.
Wu Xiangdou, chroniqueur du Journal Lianhe Zaobao:
Bien que je ne puisse accepter les préjugés des opposants,
je pense que le gouvernement municipal de Shanghai doit les prendre au
sérieux.
Les avis négatifs peuvent rappeler aux urbanistes du
Disneyland de Shanghai d’écouter l’opinion populaire
et d’éviter de commettre des erreurs en prenant en considération
les facteurs suivants.
Primo, Disneyland devra être rentable ou au moins réaliser
l’équilibre entre dépenses et recettes dès
le début, et quelques années après, entraîner
le développement des industries concernées et créer
des emplois pour locaux.
Secundo, le prix d’entrée devra être raisonnable.
Enfants et adolescents devront bénéficier d’un rabais
pour tous les sites à l’intérieur. Il faudra rejeter
ce qui se fait dans certains lieux touristiques où les visiteurs
doivent acheter des billets supplémentaires pour les différentes
sections.
Tertio, les départements gouvernementaux devront utiliser
les médias et l’internet pour sensibiliser le public au courant
irrésistible d’échanges culturels entre les pays et
régions. L’introduction de diverses cultures étrangères
excellentes et conformes à la loi chinoise devra être encouragée.
Si certains qualifient cette introduction d’« invasion culturelle
», considèrent-ils aussi la construction de jardins de style
chinois et l’engouement pour le kongfu à l’étranger
comme une invasion culturelle ? S’ils ont vraiment cette idée
en tête, je leur suggère de quitter leurs ordinateurs immédiatement
car ils ont aussi été fabriqués à l’aide
de technologies importées.
Wu Lai, résidant de Beijing : Religion
importée, le bouddhisme s’est intégré à
la culture chinoise et est devenu la première religion de Chine
alors que le taoïsme qui est originaire de Chine vient au deuxième
rang. Mais la Chine reste toujours un pays de grande civilisation. Disneyland
peut-il modifier la culture chinoise ? Je ne pense pas que ce soit possible.
Le charme universel de Disneyland réside dans le divertissement
et l’atmosphère agréable. La Chine a aussi construit
un grand nombre de parcs thématiques basés sur la culture
locale, mais aucun n’a été couronné d’autant
de succès que Disneyland. Cela ne veut pas dire que la culture
chinoise est inférieure. La Chine a une culture très riche,
bien accueillie dans le monde, mais elle manque de divertissement.
De ce fait, il ne faut pas craindre l’invasion de Disneyland,
car il pourra s’intégrer à la culture chinoise au
lieu d’en modifier la racine. Je souhaite que notre roi des singes
Sun Wukong devienne un personnage très connu de Disneyland.
La Chine continentale n’a pas besoin d’un Disneyland
Su Nan, pigiste : Je pense que la Chine continentale
n’a pas besoin de construire le deuxième Disneyland au moins
d’ici cinq ans.
Avec la croissance économique rapide des dernières
années, la demande de consommation culturelle du public s’accroît
chaque jour. Nous avons besoin de Disneyland mais d’autres choses
aussi. Donc, nous devons garder la tête froide pour éviter
de construire aveuglément un Disneyland comme « image ».
Gui Linzi, pigiste: Les partisans de la construction
d’un Disneyland à Shanghai prennent sans aucun doute en considération
l’occasion commerciale. Mais dans la perspective culturelle, cela
équivaut à construire une plateforme de publicité
pour la culture étatsunienne à long terme dans une mégapole
chinoise. Bien que les opérateurs aient déjà acquis
une certaine expérience d’adaptation des parcs Disneyland
en France et au Japon, l’essence demeure étrangère
à l’exception de certaines décorations et images locales.
Poursuivre l’ouverture et accroître les échanges
culturels avec les autres pays sont une force motrice en faveur du progrès
de la nation chinoise. Cependant, il n’est pas juste d’importer
une culture étrangère seulement pour les bénéfices
économiques. Quand la France a décidé de construire
un Disneyland, les milieux culturels du pays s’y opposaient unanimement.
Donc, pourquoi les divers milieux sociaux de Chine ne devraient-ils pas
prêter d’attention au projet de Disneyland à Shanghai
?
Shanghai est le cœur du delta du Yangtse, région
économiquement la plus développée de Chine, et ville
organisatrice de l’Exposition mondiale de 2010. Construire un grand
parc thématique avant 2010 pour attirer les touristes n’est
pas infaisable. Introduire des capitaux considérables et un système
de gestion avancé d’une compagnie de divertissement multinationale
semble important, mais n’est pas essentiel. Capitaux mis à
part, pourquoi les opérateurs du tourisme chinois et les promoteurs
de parcs thématiques ne pourraient-ils pas faire valoir leur esprit
d’initiative pour construire un parc aux caractéristiques
chinoises pour Shanghai ?
Zhao Guohong, Sichuan : L’introduction
illimitée de la culture étrangère prépondérante
risque de menacer la culture chinoise. À quelque degré que
se développe la mondialisation, un monde plein de parcs Disneyland
et de films de Hollywood n’est pas intéressant. Ce qui mérite
plus d’attention, c’est que l’industrie de divertissement
étrangère cible la jeune génération et sollicite
l’esprit de la nation. Si la Chine est envahie par la culture étatsunienne,
elle se trouvera en position désavantageuse.
L’industrie culturelle est une mine d’or revêtant
une portée stratégique au XXIe siècle. Du fait que
l’industrie culturelle de Chine a débuté avec beaucoup
de retard, elle se trouve encore à l’étape primaire.
La compagnie Walt Disney a un actif supérieur à 50 milliards
de USD et un revenu annuel dépassant 30 milliards de USD. Ces deux
chiffres sont plus importants que le total de ceux des 50 premières
entreprises de divertissement de Chine. Sans des mesures de protection
prises conformément aux règles de l’OMC et à
la procédure internationale, l’entrée massive des
géants multinationaux sur le marché intérieur risquerait
de porter des coups désastreux aux entreprises de divertissement
de Chine.
De plus, avec la mondialisation, les autres cultures sont
de plus en plus intégrées d’une part, et démontrent
une tendance à la diversification d’autre part. Face à
la théorie de la « civilisation occidentale prépondérante»,
les autres civilisations sont confrontées au danger de mort après
la perte de leurs propres caractéristiques. C’est pourquoi
chaque civilisation cherche à protéger et mettre en valeur
son avantage unique, de manière à résister à
l’érosion par la culture occidentale et à trouver
sa propre identité.
Bien que nous devions régler l’investissement
étranger dans l’industrie culturelle en vertu de la loi,
il nous faut adopter une attitude ouverte face au développement
de notre industrie culturelle, cherchant à absorber les bons éléments
des autres cultures et à les intégrer à la nôtre.
C’est ainsi que nous pourrons créer des produits culturels
attrayants, populaires, compétitifs, aux caractéristiques
chinoises pour satisfaire à la demande du peuple.
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