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Ériger un village
Bienvenue à Dayingjie, le village le plus riche d’une
des provinces les moins favorisées du pays. Il semble incarner
la vision du gouvernement central d’une « nouvelle campagne
socialiste ». Mais comme la Chine change continuellement, la bonne
fortune de ce village se maintiendra-t-elle ?
Liu Yu
Xie Meihuan travaille à Dayingjie, le village le plus
prospère du Yunnan, mais comme la plupart des travailleurs, elle
n’y habite pas. Xie, dans la vingtaine, doit parcourir environ 2
km pour aller venir des vêtements pour bébé dans sa
boutique louée à Dayingjie.
Les visiteurs y arrivent par les nouvelles routes pavées
bordées de lits de fleurs de villas aux colonnes de style grec.
Là où vit Xie, les conditions de vie sont typiquement du
Yunnan rural, une des provinces les plus pittoresques de la Chine mais
aussi des plus pauvres, avec une piètre infrastructure et peu d’occasions
de développement.
« Je ne veux pas supporter le dur travail de la ferme
sans fin comme les générations antérieures. Je suis
ici pour faire quelque chose de nouveau et de différent »,
explique-t-elle.
Xie est une des 7 000 personnes qui viennent des alentours
travailler à Dayingjie, où la population est de 5 012 habitants,
dans l’arrondissement de Hongta, à Yuxi, zone mieux connue
comme quartiers généraux du groupe Hongta, la plus grande
usine de tabac du pays.
Les fonctionnaires locaux vantent Dayingjie comme modèle
de « nouvelle campagne socialiste », slogan actuel du gouvernement.
Selon le XIe Plan quinquennal (2006-2010), le gouvernement chinois prévoit
investir davantage dans les infrastructures, les soins de santé
et l’éducation afin de créer de meilleures conditions
de vie pour la population rurale.
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Selon Ren Xinmin, poursuivre l'enrichissement commun
est la clef du succès de Dayingjie. Photo: Erin Conway-Smith
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Dayingjie constitue une exception pour avoir réussi
à accomplir ce que d’autres villages arriérés
du Yunnan n’ont pu réaliser : la transition vers un village
moderne à l’industrie et aux infrastructures de pointe où,
comme l’affirment les dirigeants, on s’occupe des résidants,
l’instruction est gratuite et les personnes âgées jouissent
d’une pension.
Avec son succès, Dayingjie fait tout de même
face à des défis futurs. Comme ses habitants sont relativement
à l’aise et choyés par le gouvernement, ils ont moins
tendance à travailler fort et sont moins sensibles à la
concurrence. Une fois leurs études terminées, les jeunes
sont souvent attirés par les lumières plus brillantes des
grandes villes.
Par ailleurs, d’autres régions rurales cherchent
à imiter Dayingjie avec l’encouragement du gouvernement central.
Les fonctionnaires locaux disent que le village doit continuer de moderniser
ses entreprises et prévoir la concurrence de demain dans un environnement
en évolution.
Un village s’épanouit
Il y a vingt ans, Dayingjie ne se distinguait pas des autres
villages du Yunnan. C’était un endroit obscur, pauvre, qui
manquait d’eau et où les récoltes étaient maigres.
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Le Yunnan central est renommé pour la production
du tabac, l'entreprise majeure de Dayingjie. Photo: Erin Conway-Smith
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La réforme économique et l’ouverture de
la Chine, qui ont fait que les régions urbaines et côtières
se sont beaucoup plus développées que les régions
rurales et occidentales, ont apporté des changements positifs au
village à partir des années 1980.
Après l’application du système dans lequel
l’État loue la terre aux paysans pour une certaine période,
le manque de nourriture qui affectait le village s’est transformé
en bonnes récoltes plusieurs années de suite. La pauvreté
a sensiblement diminué et une amélioration considérable
de la quantité et de la qualité de nourriture s’est
produite, ce qui a amené les autorités de Dayingjie à
songer au développement.
Ren Xinmin a fait fortune à la tête d’une
entreprise de construction en zone urbaine loin de Dayingjie. Au début
de la décennie 1980, il a décidé de retourner au
village, partager ce qu’il avait appris avec les habitants de son
village en fondant un groupe de construction à partir de ses propres
économies.
Ren dit que le concept de prospérité commune
était profondément enraciné dans l’esprit des
chefs du village, et malgré la tendance à la privatisation
alors en vogue, les entreprises sont restées de propriété
commune.
« Je travaille toujours pour l’enrichissement
de mes frères et sœurs qui vivent ici, dit Ren, un homme courtois
qui est à la tête de Dayingjie depuis 1993. La plupart de
nos profits ont servi à l’expansion industrielle, et une
partie, à l’amélioration des conditions de vie des
villageois », ajoute-t-il.
Sous l’égide de Ren et après avoir accumulé
suffisamment de fonds, le comité du village a ouvert une usine
de bonbons au sésame et une autre de briques, faisant profiter
un petit investissement initial.
En 1988, on a établi une fabrique de filtres pour cigarettes
et de papier filtre, avec l’appui du groupe Hongta et d’un
prêt bancaire de 40 millions de yuans. Les deux usines ont réalisé
des revenus bruts de 3,9 millions de yuans et des profits impressionnants
dès la première année.
En 1992, le revenu total de Dayingjie dépassait 100
millions de yuans, et le village était devenu le plus riche du
territoire sous la juridiction de Yuxi. En 1993 on y comptait 28 entreprises
allant de la fabrication d’encre d’imprimerie au papier d’aluminium,
de la fonte du cuivre et de l’acier à l’énergie
solaire.
Par ailleurs, l’emploi au village a connu un tournant
; les fermiers ont laissé leurs champs pour travailler dans les
usines et les autres secteurs non-agricoles.
« Il est gratifiant pour les villageois de travailler
dans un village aussi moderne, beau et propre, comme les gens des villes
», dit Ren.
La « nouvelle campagne » à l’œuvre
Aujourd’hui, Dayingjie est quadrillée de rues
droites et larges bordées d’arbres et de fleurs, et la superficie
des parcs dépasse celle des champs cultivés. Le village
comporte une zone industrielle à l’ouest, une zone de divertissement
au centre et la partie résidentielle se trouve à l’est,
ce qui lui donne l’apparence d’une petite ville au milieu
de la campagne.
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La vie à Dayingjie suit des critères
de zone urbaine. Photo: Xu Yaping
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L’économie de Dayingjie dépend actuellement
des secteurs de fabrication et de service. Plus de 95 % de la force de
travail se trouve dans les industries comme le tourisme, le divertissement
et le développement immobilier.
À la fin de 2005, le revenu brut du village atteignait
2,1 milliards de yuans dont 151 millions de yuans de profits avant impôt
et des impôts de 85,1 millions de yuans payés à l’État,
soit 1 500 fois plus qu’en 1984. Aussi, le revenu net des villageois
était en moyenne de 10 699 yuans.
Le gouvernement local peut se vanter d’avoir vu à
l’emploi, au logement, à l’éducation et à
la pension de retraite pour tous les résidants. Les enfants locaux
vont au jardin d’enfants gratuitement et ceux des travailleurs venus
des villages voisins paient moitié prix.
Les employés peuvent prendre leur retraite à
54 ans et recevoir une pension de 250 à 660 yuans par mois selon
leur ancienneté et leur occupation. De la naissance à l’âge
de 54 ans, les villageois reçoivent une assistance financière
lorsqu’ils souscrivent à une assurance. Tous les villageois
reçoivent gratuitement des aliments de base comme de la viande,
de l’huile, des œufs et des légumes.
Un vidéo promotionnel de Dayingjie montre des citoyens
âgés qui dansent avec des enfants, jouent d’un instrument
de musique ou font la queue pour percevoir une allocation. Dans les rues
de Dayingjie, on sent la détente ; plusieurs villageois sont assis
et causent ou jouent aux cartes.
Selon le gouvernement local, avec un investissement de plus
de 200 millions de yuans, en 1995, chaque famille du village avait emménagé
dans un nouveau logement de 50 m2 par personne en moyenne, alors que la
superficie était précédemment de 8 m par personne.
Les fonctionnaires ont aussi parlé du processus électoral.
Les dirigeants sont élus tous les quatre ans, et chaque villageois
âgé de 16 ans et plus a droit de vote. De même, chacun
peut se présenter comme candidat, et la participation aux élections
atteint 95 %.
Le chemin à parcourir
En 1998, le village a commencé à restructurer
ses entreprises. Les huit plus grandes entreprises ont sauvegardé
leur puissance par la réforme, et vingt PME sont allées
vers la fusion ou l’acquisition. On accorde beaucoup d’importance
à la planification du village, à la protection de l’environnement
et à l’efficacité de l’énergie.
Le développement de Dayingjie attire des visiteurs
d’autres endroits qui viennent s’inspirer de l’expérience
réussie. Pourquoi Dayingjie a-t-il prospéré tandis
que d’autres villages sont restés bloqués du mauvais
côté de la division riches-pauvres? Qu’arrivera-t-il
quand les villages environnants rattraperont Dayingjie?
Les autorités disent que la réforme doit continuer,
surtout pour les entreprises de bourg, l’ajustement de la structure
agricole et le développement des infrastructures. Ainsi le gouvernement
local en est-il à étudier un nouveau modèle générateur
de profit et un projet de coopérative de production de métal.
On n’a pas oublié la réfection des rues,
la construction d’autoroutes et l’amélioration du transport
en commun.
Selon Zhang, le plus grand défi réside dans
la hausse du niveau d’études et d’aptitudes des dirigeants
comme des résidants, une meilleure efficacité de gestion
et l’amélioration des systèmes économique et
politique. Un meilleur leadership assurera un brillant avenir.
« Nous organisons souvent des formations et des conférences
données par les agronomes », a ajouté Zhang.
Par ailleurs, la situation socioéconomique du Yunnan
est paradoxale : la majorité des habitants sont considérés
« fermiers » par le gouvernement parce qu’ils sont enregistrés
comme résidants ruraux ; l’agriculture représente
seulement 60 milliards de yuans ou 21 % du PIB total de la province du
Yunnan, et moins de 0,1 % à Dayingjie, selon les données
de 2005.
Les secteurs de fabrication et de services sont de loin les
plus gros générateurs de profits, et le tabac Hongta est
le pilier économique des fermiers de Dayingjie. Cette dépendance
apporte aussi l’inquiétude de savoir si le village souffrira
en cas de hausse d’impôts ou de coupure de production.
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Dayingjie, le village le plus riche du Yunnan, sert
de modèle de développement rural. Photo: Courtoisie
du gouvernement local de Hongta
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Maintenir une solide force de production est un autre défi.
Zhang dit que les fermiers les plus instruits ne veulent plus travailler
en agriculture parce que le travail est dur et qu’ils ont d’autres
choix après avoir fait des études. Par conséquent,
le village fait face à un exode des cerveaux. Donc, garder l’esprit
d’ouverture à l’innovation est essentiel.
« Nous sommes assez libéraux pour encourager
l’entreprise privée et laisser les citoyens se développer
et apprendre loin du village, dit Zhang. C’est une partie du succès
de Dayingjie. Ces dernières années, ils ont rapporté
des idées nouvelles, des techniques de pointe et une expérience
de gestion de haut niveau favorables au développement. »
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