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2006: Année de l’Afrique en Chine
Xiao Fang*
Si l’on appelle l’année 1960 l’«
année de l’indépendance de l’Afrique »,
pendant laquelle dix-sept pays d’Afrique ont proclamé leur
indépendance, alors, on a bien raison de considérer 2006
comme l’« année de l’Afrique en Chine »,
marquée par une série d’activités comme la
visite du ministre des Affaires étrangères Li Zhaoxing dans
six pays d’Afrique, la publication du Document sur la politique
africaine de la Chine, la célébration du 50e anniversaire
de l’établissement de relations diplomatiques entre la Chine
et l’Égypte et le 3e Forum sur la coopération sino-africaine
qui se tiendra l’automne prochain.
Coopération tous azimuts
Chaque année, le lieu de la première visite
à l’étranger du ministre des Affaires étrangères
de Chine est l’Afrique. C’est une règle tacite appliquée
depuis plusieurs années.
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En 2003, la deuxième réunion ministérielle
du Forum de la coopération Chine-Afrique s'est tenue en
Ethiopie. Et la troisième sera tenue cette automne à
Beijing. Xu Xianhui.
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Au début de 2006, Li Zhaoxing a visité le Cap-Vert,
le Sénégal, le Mali, le Libéria, le Nigéria
et la Libye, manifestant que la Chine accorde toujours de l’attention
à son amitié avec l’Afrique.
L’ex-ministre des Affaires étrangères,
Qian Qichen a écrit dans Dix histoires d’un diplomate
: « Après le Nouvel An de 1991, j’ai visité
l’Éthiopie, l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie. En
janvier 1992, j’ai encore visité six autres pays d’Afrique
soit le Mali, la Guinée, le Sénégal, la Côte
d’Ivoire, le Ghana et la Namibie, et suis passé par l’Afrique
du Sud. Depuis lors, il s’est formé une habitude, la visite
en Afrique en début d’année. » Selon Dai Yan,
diplomate posté en Afrique pendant longtemps, la visite en Afrique
du ministre des Affaires étrangères chinois au début
de l’année a commencé avec Qian Qichen et s’est
poursuivie avec Tang Jiaxuan et Li Zhaoxing. Il serait possible qu’on
la continue. Les pays d’Afrique apprécient beaucoup cette
visite qui traduit l’importance que la Chine attache à leur
continent.
Par ailleurs, au début de 2006 a été
publié le Document sur la politique africaine de la Chine qui,
pour la première fois depuis cinquante ans, expose sous forme de
document gouvernemental les principes des relations sino-africaines et
fait un bilan stratégique de ces relations. Le sous-ministre des
Affaires étrangères Lu Guozeng a également indiqué
que la Chine met l’accent sur le développement des relations
avec l’Afrique.
Les pays d’Afrique suivent attentivement ce Document.
Ils estiment que la Chine est une partenaire équitable. L’ambassadeur
de Zambie en Chine, David Clifford Saviye, a dit lors d’une interview
: « L’économie chinoise est en redressement, tandis
que le développement constitue un problème urgent pour l’Afrique.
Nous pouvons utiliser des capitaux chinois pour développer notre
économie. Ce serait une situation d’avantages réciproques.
» Bien sûr, le Document ne souligne pas seulement la coopération
économique ; il avance un principe de coopération tous azimuts,
par exemple dans le domaine de la paix et de la sécurité.
Le Document note quatre secteurs : la coopération militaire, la
résolution des conflits et le maintien de la paix, la coopération
judiciaire et policière, et la coopération dans le secteur
des nouvelles menaces à la paix. C’est une première
dans l’histoire des relations sino-africaines.
Les échanges culturels entre la Chine et l’Afrique
sont en plein essor. Le 28 janvier 2006, Radio Chine Internationale (CRI)
a ouvert sa station à modulation de fréquence à Nairobi,
au Kenya. C’est la première station de CRI à l’étranger
; elle diffuse dix-neuf heures par jour en anglais, chinois et swahili,
permettant aux peuples chinois et africains de mieux comprendre leur culture
mutuelle.
En automne 2006, la 3e Conférence ministérielle
du Forum sur la coopération sino-africaine se tiendra à
Beijing. Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères
de Chine a souligné que la Chine a l’intention de faire de
cette conférence un sommet. Le gouvernement chinois intensifie
cette année les échanges politiques avec l’Afrique,
y compris les visites mutuelles de haut niveau et les échanges
de personnel de divers niveaux. La coopération économique
et commerciale sera également approfondie.
Selon Dai Yan, cela promet des progrès décisifs
des relations sino-africaines cette année.
Coopération sans condition
Lors de la première Conférence au Forum sur
la coopération sino-africaine tenue à Beijing en 2000, les
deux parties ont signé plus de 40 contrats commerciaux. De 2000
à 2005, le commerce bilatéral a connu un développement
rapide. Seulement en 2004, les exportations chinoises vers l’Afrique
étaient de 13,08 milliards de USD, soit une augmentation de 36
% par rapport à l’année précédente.
La Chine est devenue le troisième partenaire commercial de l’Afrique
après les États-Unis et la France.
« Nous espérons conjuguer nos efforts avec ceux
de l’Afrique pour coopérer dans divers domaines, y compris
l’exploitation de l’énergie », a dit Li Zhaoxing
avant sa visite en Afrique. En Zambie, des entreprises d’État
et privées de Chine ont investi plus de 100 millions de USD dans
l’exploitation des mines de cuivre. En Sierra Leone, des entreprises
chinoises ont investi 200 millions de USD dans le tourisme local. L’Angola
et la Chine ont signé un accord commercial d’une valeur de
2 milliards de USD, selon lequel l’Angola vend à la Chine
le pétrole et le droit d’exploitation du pétrole.
Au Soudan, la compagnie chinoise fournit la plupart des techniques pour
construire un barrage hydroélectrique qui a nécessité
un investissement de 1,2 milliard de USD.
Face à la concurrence commerciale, des « rumeurs
» de plus en plus nombreuses touchent la Chine. Des pays occidentaux
se plaignent des investissements et de l’assistance de la Chine
en Afrique, car leurs compagnies ont souvent échoué dans
l’adjudication. Selon Dai Yan, la cause réside dans les pays
occidentaux eux-mêmes. Prenons les États-Unis par exemple
: avant les années 1990, ils considéraient l’Afrique
comme un champ de guerre froide dans leur rivalité avec l’Union
soviétique. Puis, l’administration de Clinton y a entrepris
l’investissement et le commerce, sans toutefois croire à
l’importance stratégique de l’Afrique. Lorsque Bush
s’est porté candidat aux élections présidentielles,
il a dit franchement que l’Afrique n’appartenait pas à
la sphère d’intérêt stratégique des États-Unis.
Alors, pourquoi l’Afrique est-elle devenue stratégique
d’après Washington ? Selon Dai Yan, il y deux raisons. La
première est l’énergie. La région sub-saharienne
est riche en pétrole, le Nigéria, la Guinée équatoriale,
le Cameroun, le Gabon, l’Angola et le Tchad possèdent de
vastes champs pétrolifères. On peut dire que le pétrole
a changé le point de vue des États-Unis sur l’Afrique.
L’autre est liée à l’antiterrorisme. D’après
les États-Unis, le pouvoir politique de certains pays d’Afrique
n’est pas stable, et ces régions pourraient devenir des camps
de terroristes.
Selon un reportage du journal d’Espagne Vanguardia,
la différence fondamentale entre la Chine et les pays occidentaux
est que la première est assidue et active, et son assistance est
sans condition. Les Chinois ne provoquent jamais de problèmes politiques
sur le régime et les droits humains. La Chine n’a non plus
de sombre histoire de colonialisme comme en ont certains pays occidentaux
envers l’Afrique.
Principe inchangé
D’après certains experts occidentaux, dans les
vingt dernières années du XXe siècle, la Chine a
quitté l’Afrique parce qu’elle ne pouvait concurrencer
l’Occident, et qu’elle faisait face aux conflits rigoureux
émanant de sa transformation économique. Wang Qinmei, chercheur
supérieur sur les questions africaines, a indiqué pour sa
part que la Chine attache toujours de l’importance aux relations
amicales avec l’Afrique. Comme amie du peuple africain, la Chine
n’a jamais abandonné l’Afrique. La première
génération de dirigeants chinois, ayant à sa tête
Mao Zedong, sont fondateurs des relations amicales sino-africaines. La
politique à l’égard de l’Afrique qu’ils
ont formulée est dans l’intérêt du patriotisme
et de l’internationalisme. La deuxième génération
de dirigeants ayant à sa tête Deng Xiaoping a poursuivi ce
principe. Deng Xiaoping a précisé que la Chine soutient
les pays en développement à tout moment ; ce principe reste
inchangé, mais la forme pourrait être réajustée.
Selon Wang Qinmei, dans les années 1990, l’assistance
de la Chine à l’Afrique a été réajustée
et améliorée. La forme d’assistance et les capitaux
ont été diversifiés, ce qui peut aider efficacement
l’Afrique à développer l’économie et
apporter des bénéfices aux entreprises chinoises. Pendant
cette période, une caractéristique visible est que la teneur
scientifique et technologique est plus importante.
Quant à l’aide mutuelle sur le plan politique,
selon Wang, les deux parties se soutiennent fermement. En 1989, après
la crise politique suscitée et soutenue par l’Occident, les
premiers chef d’État, chef de gouvernement et ministre des
Affaires étrangères étrangers à visiter la
Chine venaient de l’Afrique. Ils voulaient témoigner de cette
façon que l’Afrique est une véritable amie de la Chine.
Dai Yan a indiqué que, après les années
1980, l’économie chinoise a connu un grand développement.
Mais la Chine respecte toujours les amis et, son assistance économique
aux autres pays en développement demeure sincère et sans
condition. Selon l’ancien ambassadeur des États-Unis en Afrique
du Sud, Princeton Lyman, la Chine attire beaucoup l’Afrique parce
qu’elle peut lui fournir une protection politique exemptée
de sanction internationale, et ses investissements et son assistance sont
sans conditions politiques. Il n’y a donc aucune comparaison possible
entre les compagnies occidentales et chinoises en Afrique.
*L’auteur est un journaliste de Phoenix Weekly.
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