|
Révision de la politique fiscale de consommation
Zhang Zhiping
D’après le ministère des Finances et l’Administration
nationale des affaires fiscales, le taux de taxe sur la consommation a
été ajusté à partir du 1er avril dernier,
à savoir qu’on taxe les objets de luxe tels que yachts, limousines,
montres-bracelets, cosmétiques de luxe, le matériel de golf,
ainsi que les baguettes jetables en bois et le bois pour plancher. C’est
le changement le plus profond de l’imposition sur la consommation
depuis 1994 et on le considère comme la première étape
d’une réforme globale de la taxation dans le pays.
Les prix de consommation en Chine comprennent la taxe sur
la consommation et la taxe sur les marchandises importées perçue
par la Douane. En Chine, la taxe sur la consommation est incluse dans
le prix des produits, de sorte que le public a une idée vague du
concept de ce genre de taxation.
Contrairement à l’établissement de l’impôt
sur consommation en Chine en 1994, cette révision a suscité
une grande répercussion. Pendant les douze dernières années,
tout en connaissant un développement économique rapide et
une grande amélioration du niveau de vie du peuple, la Chine a
fait face à des problèmes graves tels que la détérioration
de écosystème, le manque d’approvisionnement en énergie
et un écart grandissant entre les riches et les pauvres. C’est
dans ce contexte que l’ajustement de l’impôt tente de
« protéger l’environnement et économiser l’énergie
» et d’« aider les pauvres en imposant les riches. »
Selon le ministère des Finances, favoriser la protection
de l’environnement et l’économie des ressources, ainsi
que guider rationnellement la consommation et redistribuer indirectement
les revenus du peuple sont les deux points majeurs de l’ajustement
de l’impôt, afin de résoudre les problèmes économiques
et sociaux actuels.
Mais ceci produira-t-il les résultats désirés
? L’impact de l’imposition sur des prix du marché est
déjà évident dans quelques secteurs. Comme réaction
instinctive à cette taxe, les fabricants concernés ont vite
rejeté le coût de production augmenté sur les consommateurs.
Le marché entre en action
L’ajustement du taux d’accise des voitures attire
une grande attention parce qu’il se conforme à l’idée
du gouvernement d’encourager l’utilisation des petites cylindrées
et de décourager l’achat de grandes, moins favorables à
l’environnement.
 |
Salon de voitures importées, à Shanghai.
Photo: Chen Fei
|
Pour les voitures inférieures à 1,0 litre de
cylindrée et entre 1,5 et 2,0 litres, le tarif ne change pas. Pour
les voitures entre 1,0 et 1,5 litres, le tarif diminue de deux points
; et au-dessus de 2,0 litres, il s’élève à
20 % au maximum.
L’ajustement du tarif augment l’accise des voitures
de grande cylindrée de 8 % à 15 % ; de là, le prix
d’une BMW importée à Beijing et Shanghai a grimpé
en flèche, de 1,15 à 1,3 million de yuans, du jour au lendemain.
Cependant, Eichhorn, responsable des ventes de Volkswagen-FAW
Audi, exprime sa confiance dans le marché chinois : « Ce
sont les exigences du marché et la capacité de fabricants
de satisfaire ces exigences qui décident des perspectives de développement
des voitures de luxe. Le changement de la politique fiscale de consommation
et la hausse de prix de l’essence ne changent pas fondamentalement
les exigences du marché. »
À la veille de l’ajustement du tarif, la vente
de montres-bracelets de luxe a connu une croissance rapide dans l’ensemble
de la Chine. Parce que, selon la nouvelle politique fiscale, les montres-bracelets
de plus de 10 000 yuans seront taxées à 20 %.
En 2005, les exportations de montres suisses vers la Chine
ont augmenté de 25,7 % par rapport à l’année
précédente, parvenant à 270 millions de dollars.
Un responsable de SWATCH a expliqué : « Bien que la nouvelle
politique fiscale de la Chine puisse mener à la chute des ventes
de montres de luxe, SWATCH essayera de compenser cette perte en mettant
plus de montres de moyenne gamme sur le marché chinois. »
Le porte-parole de Richemont, la plus grande marque de luxe
de Suisse, est prudent au sujet de la nouvelle politique fiscale de consommation
: il est trop tôt pour juger de l’impact. Néanmoins,
l’importance du marché chinois ne serait pas secouée.
« Nous respectons la décision du gouvernement chinois et
il est temps de prouver l’adaptabilité de la compagnie à
un nouvel environnement politique », a-t-il dit.
Lors de la 11e Exposition internationale de bateaux et d'équipement
technique concernés de Chine qui a ouvert ses portes le 6 avril,
quelques participants ont indiqué qu’en dépit de l’influence
négative, sur ce nouveau marché, provoquée par la
taxe additionnelle de 10 % sur les yachts, la grande marge de bénéfice
en Chine est aussi attrayante pour des fabricants et revendeurs étrangers.
Des participants français à l’exposition ont dit qu’ils
essaieraient d’explorer le marché de yachts non actionnés
au carburant fossile, qui ne sont pas touchés par les taxes supplémentaires.
Les ventes de bois à plancher ont également
augmenté depuis le 1er avril. Un impôt de 5 % sur la consommation
a frappé ce produit, il en résulte que le coût de
production augmente de 10 %, menant à une hausse de prix de 10
à 20 yuans le mètre carré. Ceci élargira davantage
l’écart entre les coûts de plancher de bois et de plancher
de contreplaqué.
Selon des statistiques officielles, en Chine, chaque année
plus de 85 millions de m3 de bois sont produits pour les planchers, 10
millions de m3 pour les baguettes jetables, et encore 6 millions de m3
sont utilisés en baguettes pour l’exportation. Le milieu
croit que le profit de ces deux secteurs n’est pas haut, donc, le
fardeau du nouvel impôt sera bientôt rejeté sur les
consommateurs. Désormais, le plancher de contreplaqué est
accepté par de plus en plus de consommateurs.
La réaction des compagnies de produits de beauté
varie. L’Oreal, par exemple, refuse de faire des commentaires, alors
qu’Estée Lauder songe à augmenter ses prix pour alléger
la pression du taux d’impôt accru.
Atteindra-t-on le résultat prévu ?
Depuis que la Chine a commencé à taxer la consommation
en 1994, le revenu fiscal à cet égard s’est élevé
de 51,6 à 163,4 milliards de yuans dès 2005.
 |
Baguettes jetables en bois dans un un petit restaurant
de Taiyuan, au Shanxi. Photo: Cai Yang
|
Les experts indiquent que l’ajustement de la politique
fiscale de consommation peut être considéré comme
une directive pour la restructuration industrielle de la Chine, qui encourage
des industries favorables à l’environnement et à l’économie
d’énergie et celles de haute valeur ajoutée.
« L’ajustement reflète la transformation
de l’économie en un mode de développement soutenu,
à savoir l’économie cyclique et économe »,
a dit Gao Huiqing, directeur du Bureau de planification stratégique
du Centre d’information de l’État. « On taxe
fortement les produits à haute consommation d’énergie
ou les grands consommateurs d’énergie comme les baguettes
jetables, et au contraire on encourage le développement des produits
économisant l’énergie par une réduction du
taux d’impôt, comme les voitures de petite cylindrée.
L’ajustement de la politique fiscale changera le concept de consommation
des masses et stimulera le rajustement de la structure industrielle.
En même temps, par la hausse d’impôt, le
gouvernement espère guider la consommation rationnelle et ajuster
la redistribution du revenu de manière indirecte, afin de réduire
la disparité qui s’accroit de jour en jour entre les riches
et les pauvres.
Les statistiques prouvent que la vente annuelle des produits
de luxe en Chine atteint actuellement 2 milliards de USD. Selon un rapport
de recherche rédigé par Ernst & Young LLP, d’ici
2008, le taux de croissance de la vente de ces produits atteindra 20 %,
puis tombera à environ 10 % jusqu’à 2015. Vers la
fin de cette période, on s’attend à ce que la vente
excède 11,5 milliards de USD, représentant 29 % de toutes
les ventes de produits de luxe du monde
Bien que certains surestiment le pouvoir d’achat chinois,
presque personne ne se doute que pendant que l’économie prend
son essor, se dresse rapidement une classe de nouveaux riches qui s’intéressent
au golf, aux yachts, aux voiture et montres de luxe.
Néanmoins, il y a dans le pays 30 millions de fermiers
qui vivent en-deçà de la ligne de pauvreté. En 2005,
le revenu moyen disponible par habitant urbain était de 10 493
yuans et le revenu net par habitant rural était seulement de 3
255 yuans. Dans ce sens, une montre de luxe équivaut au revenu
de dizaines d’années ou même d’une vie pour un
fermier.
La nouvelle politique fiscale endigue dans une certaine mesure
la consommation de luxe et favorise l’égalité sociale.
D’après le Pr Zhao Hangsheng de l’université
du Zhejiang, bien que la révision de la politique fiscale vise
à optimiser la redistribution des richesses, un certain nombre
de personnes riches ne s’inquiètent pas des prix des produits
de luxe. Selon lui, le gouvernement doit prendre diverses mesures pour
résoudre la disparité croissante entre les riches et les
pauvres.
Certains trouvent regrettable que des maisons, meubles et
divertissements somptueux aient été exclus de la liste des
impôts sur la consommation, car la dépense pour une maison
luxueuse dépasse de loin celle du club de golf. Et si l’on
compare le bois consommé pour la production de baguettes jetables
au bois servant à fabriquer des meubles de luxe, c’est le
curé à côté du pape.
|