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Sauver l’histoire
La protection des sites du patrimoine culturel se poursuit
en Chine parallèlement au grand projet de déviation de l’eau.
Lu Ling
Pendant 48 ans, il est resté submergé au fond
d’un réservoir. Maintenant, complètement reconstruit,
le palais Jingle, le plus magnifique des neuf bâtiments taoïstes
du Patrimoine mondial de l’Unesco, dans les monts Wudang, vient
d’ouvrir aux touristes en mars dernier.
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Le palais Jingle reconstruit a retrouvé sa
gloire originale. Xinhua
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Lieu de naissance de l’empereur Zhenwu, déité
suprême du taoïsme, le palais Jingle fut construit, en 1418,
dans l’ancienne ville de Junzhou près de Danjiangkou d’aujourd’hui.
La construction originale, sur le modèle des bâtiments officiels
de l’époque, comprend quatre grands palais et des centaines
de corridors, pavillons, cabinets et autres pièces, et couvre une
superficie de 120 000 m2. Érigé presque en même temps
que le palais impérial de Beijing, le Jingle est surnommé
« petite Cité interdite » à cause de sa splendeur
royale.
En 1958, un réservoir a été construit
à Danjiangkou dans la première phase de travaux de déviation
de l’eau du sud afin de remédier au manque d’eau dans
le nord du pays, noyant le palais Jingle en même temps que l’ancienne
ville de Junzhou. Pour préserver les aspects importants de l’architecture,
deux immenses tablettes bixi (créature légendaire censée
être le fils du dragon), ainsi que 800 magnifiques sculptures de
pierre ont été apportées dans la banlieue de Danjiangkou.
La reconstruction du palais Jingle a commencé dans
un nouvel endroit il y a déjà quelques années avec
l’appui du gouvernement. Le projet a pour but de préserver
l’intégrité du site du patrimoine mondial et de la
tradition culturelle taoïste de Chine.
Ramené à la lumière
Avant la démolition du palais Jingle, des centaines
de travailleurs ont sorti du palais les deux tablettes bixi pesant
chacune 102 tonnes, au moyen de troncs d’arbres et de leviers. Les
800 sculptures ont aussi été transportées de cette
façon « artisanale ».
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Le pavillon des Parents du palais Jingle. Photo: Hao
Tongqian
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Pendant la Révolution culturelle qui a éclaté
en 1966, ces vestiges historiques ont subi de sérieux dommages
et ont fait l’objet de vol. La situation ne s’est pas améliorée
avant 1984 quand le Renmin Ribao (Quotidien du peuple), organe
du Parti communiste chinois, a publié une lettre signée
par plusieurs délégués à l’Assemblée
populaire nationale, le plus haut organisme législatif du pays,
et intitulée « Où sont passées les vestiges
du palais Jingle - perdus dans les champs, enterrés sous les murs
ou sous un tas de compost ? »
« D’inestimables trésors nationaux ont
été jetés comme des déchets, disait la lettre.
La nation chinoise a-t-elle perdu ses traditions raffinées ? »
Plus tard, l’Agence de presse Xinhua et d’autres
médias ont aussi publié des reportages sur l’urgence
croissante de sauver les vestiges du palais Jingle. Grâce à
cette sensibilisation, plusieurs centaines de sculptures de pierre ont
été retirées des monceaux de déchets, des
tas de compost et des porcheries, pour être nettoyées, numérotées
et cataloguées.
À la fin d’aout 2000, l’Institut d’architecture
du Centre-Sud a élaboré un plan de reconstruction du palais
Jingle. Le gouvernement de Danjiangkou a fait reconstruire la porte Lingxing,
une arche de pierre monumentale, en mars 2001. L’année suivante,
la compagnie de développement immobilier Zhenhai de Beijing a investi
70 millions de yuans dans le projet. La construction du nouveau palais
Jingle, de 63 000 m2 de surface, était complétée
pour l’essentiel en 2005.
« La plupart des bâtiments du palais Jingle ont
été reconstruits selon le plan original. Ils abritent aussi
beaucoup de vestiges originaux comme l’arche de pierre et les tablettes
bixi », dit Zhu Jianhua, chercheur du Bureau du Hubei du patrimoine
culturel. « Les concepteurs sont allés étudier l’architecture
taoïste aux monts Wudang dans le but de rendre le nouveau palais
aussi près que possible de l’original. Au moment de décider
de son emplacement, on a tenu compte du principe taoïste d’unité
entre l’homme et la nature et du plan d’ensemble de l’ancienne
construction. »
Sauver le patrimoine
La zone submergée par le réservoir de Danjiangkou
était une région densément peuplée comportant
de nombreuses constructions. Quand le réservoir a été
creusé, les agences de protection du patrimoine culturel ont pu
excaver 23 sites culturels et quelque 200 tombes anciennes dans 15 différents
endroits, déplacer 11 sites hors sol et recueillir des données
sur une autre centaine de sites qui ne pouvaient être déplacés.
Toutefois, la protection était loin de suffire vu le manque de
fonds. Par conséquent, outre le palais Jingle, 173 anciens ensembles
architecturaux comme le palais Ying’en et le couvent Zhoufu ainsi
que des dizaines de milliers d’anciennes tombes ont été
submergées à jamais.
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Un archéologue nettoie un pot excavé
d'une tombe ancienne au réservoir de Danjiangkou. Photo:
Hao Tongqian
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La deuxième phase de travaux de déviation de
l’eau du sud au nord a débuté à la fin de 2005.
Les bords ont été rehaussés et le niveau de l’eau
du réservoir de Danjiangkou devrait monter de 157 à 172
m. selon Yin Jin, directeur du Bureau de Danjiangkou du patrimoine culturel
; toutes les régions à moins de 172 m seront submergées.
On croit que la seconde phase représentera un défi encore
plus grave que la première pour la protection du patrimoine. Toutefois,
Yin croit aussi qu’elle représente une occasion valable de
compenser les regrets passés.
La nouvelle campagne de protection du patrimoine, dit Yin,
concerne des vestiges qui sont déjà sous l’eau. En
saison sèche, le niveau d’eau du réservoir baisse
à moins de 157 m, avec un minimum record de 146 m, ce qui permet
de sauver quelques vestiges. Ces dernières années, les autorités
de la protection du patrimoine ont accordé la priorité à
la sauvegarde des vestiges du réservoir.
De plus, on s’est occupé du problèmes
de fonds. La Commission nationale pour le développement et la réforme,
le ministère des Eaux, la Commission du projet de déviation
sud-nord de l’eau relevant du Conseil des affaires d’État
et l’Administration nationale du patrimoine culturel ont émis
un mémorandum conjoint indiquant qu’une somme sera réservée
à la couverture des dépenses de sauvegarde des vestiges
qui n’étaient pas convenablement protégés pendant
la première phase des travaux.
« Aujourd’hui nous sommes plus conscients de notre
devoir de protéger les vestiges et nous avons de meilleurs moyens
de le faire », a dit Niu Xinqiang, président de l’Institut
Changjiang, une institution engagée dans le projet de déviation
sud-nord de l’eau. En comparaison avec la première phase,
dit-il, davantage de sites historique seront placés sous protection.
Certains seront déplacés intégralement, d’autres
seront reconstruits ailleurs selon leur modèle original.
Niu a ajouté que l’équilibre entre la
protection du patrimoine culturel et la construction d’infrastructures
pour parvenir à des résultats équilibrés est
une tâche importante mais ardue. Selon les spécialistes de
la compagnie de Niu, pendant la seconde phase, les vestiges qui ne nécessitent
pas un déplacement seront renforcés. Les zones de vestiges
souterrains seront inaccessibles aux personnes relogées dans le
cadre de ces travaux. Les vestiges à déplacer seront transportés
intacts. Ceux qui devront être submergés par la montée
de l’eau du réservoir de Danjiangkou seront aussi protégés
et adéquatement administrés.
Niu a dévoilé que les concepteurs de l’itinéraire
de déviation d’eau ont vu à ce que cette route ne
traverse pas les sites de patrimoine culturel sous la protection nationale
et provinciale et d’autres sites identifiés comme importants
par les experts. Selon lui, si l’on découvre des vestiges
valables pendant la construction, les ingénieurs feront de leur
mieux pour réviser leurs plans. Jusqu’ici, un certain nombre
de sites précieux comme les Ruines de Yin, les Ruines des États
de Zheng et Han, les ruines de Fucheng, la tombe de Luwang, l’ancienne
cité Handan et le Mausolée impérial de l’État
de Zhao, les Ruines de Beipinggao, celles de Shanyangcheng et de Jiangwucheng
ont été sauvées de la destruction.
Participation générale
Le Conseil des affaires d’État a désigné
le deuxième samedi de juin comme Journée du patrimoine culturel
afin de sensibiliser la population à la protection du patrimoine
culturel de la Chine.
Selon Shan Jixiang, directeur de l’Administration nationale
du patrimoine culturel, on sous-estime l’importance de protéger
le patrimoine culturel dans l’économie nationale et le développement
social. Ces dernières années, le gouvernement a augmenté
l’investissement dans la protection du patrimoine, tandis que la
population manifeste davantage d’intérêt à cet
égard. Cependant, les dommages causés aux sites de vestiges
culturels sont encore fréquents. La Journée du patrimoine
culturel vise à inculquer à la société entière
le sens de la protection de cet héritage, à encourager les
gens à prendre part au programme et à aider à former
un nouveau mécanisme qui mette l’accent sur la protection
et appelle à la participation de tous les milieux, a dit Shan.
Et il a ajouté que le gouvernement devrait jouer un
rôle d’entrainement dans l’organisation des évènements
de la Journée du patrimoine culturel, et que la société
est aussi invitée à y participer. Il a indiqué que
tous les niveaux de gouvernement mèneraient des activités
comme honorer les efforts de protection, faire connaitre les principaux
dommages faits aux sites culturels, classifier les sites et nommer les
« villes historiques et culturelles reconnues ». Il a aussi
suggéré des symposiums, séminaires, conférences
et concours de connaissances pour instruire le public, surtout les jeunes,
à ce sujet. Par ailleurs, il a dit que des efforts doivent être
déployés pour encourager la population à «
développer l’intimité » avec le patrimoine culturel
et à prendre part à sa protection.
Toutefois, Wang Xueli, un archéologue renommé
du Shaanxi, a demandé au gouvernement de redoubler d’efforts
pour lutter contre le vol, le trafic illégal et l’endommagement
des vestiges historiques et en même temps de récompenser
plus
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